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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 16:41
SAMEDI SAINT : MÉDITATION PAR Mgr HERBRETEAU

Jésus le Vivant


Méditation pour le Samedi Saint

 

C’est le jour du travail silencieux. Chacun est renvoyé à sa solitude. Vous allez penser : « Pas difficile d’être seul avec ce confinement contraint ! »

 

Est-ce si sûr ? Le silence et la solitude supposent un climat, une exigence dans la durée. Il faut prendre le temps en effet de s’interroger : comment la mort de notre Seigneur est-elle possible ? C’est un véritable travail de deuil que nous avons à effectuer.

 

Ce samedi est le temps où la mémoire est sollicitée pour trouver une cohérence intérieure, une logique aux événements. Temps des pleurs, temps aussi de relecture et de discernement. Les disciples ont fait ce travail de discernement, de deuil, de remaniement intérieur pour se préparer au jour de Pâques.

 

L’autre soleil

 

Au début de son autobiographie spirituelle intitulée L’autre soleil, Olivier Clément raconte l’histoire rapportée par Dostoïevski dans L’Adolescent. Un homme avait tout perdu : sa jeunesse, sa maison, sa femme. Et il va, il va, errant, sans feu ni lieu, vivant de rien, dormant à la belle étoile. Et cet homme s’est réveillé en plein champ, un matin très tôt, un matin quand tout est léger, neuf, originel. Quand le soleil éclaire, comme pour un jour sans déclin. Et pour la première fois, il entend, perçoit quelque chose d’autre. Il s’est réveillé au soleil, il s’éveille à l’autre soleil, le soleil de Dieu.

 

L’histoire de cet homme rappelle l’expérience de ces hommes et de ces femmes au matin de la Résurrection. Eux aussi ont tout perdu et portent le poids lors de leur tristesse, le lourd souvenir de leur passé. Ils avaient misé sur un certain Jésus, en qui ils fondaient un espoir pour leur peuple. Ce Jésus, ils l’avaient vu cloué sur une croix. Jésus était mort et morte leur espérance. Ils voyaient tout s’écrouler comme une vieille ruine. Finie l’existence pleine d’enthousiasme, la vie pleine de promesse.

 

Une femme, ce matin-là, est la première à se lever, à s’arracher à son sommeil, à sortir de la nuit : Marie de Magdala. Elle se lève pour aller rendre les derniers devoirs à un mort, et sans le savoir, elle a rendez-vous avec un vivant, « l’autre soleil ».

 

La joie de consentir à la vie

 

Une lettre de Simone Weil adressée à un homme résistant au régime de Franco et prisonnier en Algérie est un hommage à la vie. Cette lettre pleine de douceur à un homme inconnu d’elle est la preuve que dans une prison, dans un grand confinement, comme c’est notre cas en ce moment, on peut continuer à aimer la vie, à acquiescer à la vie :

 

« Cher ami, il fait un temps merveilleux ; il y a des flots de lumière sur la mer et les arbres se couvrent de feuilles. Je suis heureuse de savoir que tu trouves la joie à regarder les montagnes. Tant qu’on a des choses telles que la mer, les montagnes, le vent, le soleil, les étoiles, la lune, le ciel, on ne peut pas être tout à fait malheureux. Et même si on était privé de tout cela et mis dans un cachot, savoir que toutes ces choses existent, qu’elles sont belles, que d’autres en jouissent librement doit toujours être une consolation. »

 

Cet acquiescement à la vie, on le découvre chez un enfant lorsqu’il se réjouit tout simplement de vivre. Sa joie de grandir, d’apprendre à marcher, à parler.

 

Pour illustrer cet acquiescement, je pense au poète Silesius qui disait dans Le Pèlerin chérubinique : « Mon esprit est un grain de sénevé ; que son soleil l’éclaire, il grandit à la taille de Dieu dans une félicité débordante de joie » (Livre 1, 52) ; « Voyez cette merveille ! Dieu ne naît que dans la joie et ne doit quitter ce monde que dans la peine ; nous venons au monde dans les larmes, et mourons en riant, si nous avons bien son Esprit » (Livre III, 243).

 

Mais alors devant des vies écrasées sous le poids du sort, de la maladie, de l’injustice et de la misère, comment oser affirmer la bonté a priori de la vie ? C’est parce que la vie vaut en elle-même d’être vécue que
la misère morale et matérielle est un scandale. C’est parce que la vie est par elle-même un joyau qu’il est honteux de naître dans des conditions qui lui sont indignes. Le grand message de Pâques, cette année encore, est d’affirmer que la vie l’emporte sur la mort et que l’espérance chrétienne est de retrousser nos manches pour que le monde soit plus beau, plus juste, plus fraternel.

 

Quelques pistes pour la prière :

 

Nous pouvons vivre la fête de Pâques avec deux prières :

 

• Une prière de joie. Nous nous rappelons que le Christ notre Seigneur, mis à mort par l’injustice des hommes, est ressuscité à cause de son obéissance à Dieu son Père. La mort n’a plus aucun pouvoir sur lui. Dieu lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom (cf. Ph 2, 9).


• Une prière de confiance. À Pâques nous apprenons que le Christ ressuscité est le premier-né d’une humanité nouvelle et nous attendons, avec la confiance que donne la foi, ce jour où nous ressusciterons avec notre corps et où l’univers entier sera transformé en Royaume définitif de Dieu. C’est à nous, en répondant à la grâce du baptême et en profitant de la nourriture eucharistique, de consentir à devenir des êtres nouveaux.
 

 

+ Hubert Herbreteau
Évêque d’Agen

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