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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 17:20
VENDREDI SAINT : MÉDITATION PAR Mgr HERBRETEAU

Jésus obéissant


Méditation pour le Vendredi Saint

 

C’est un jour de grand silence, dans notre confinement. Toute notre méditation converge vers Jésus traversant l’épreuve et Jésus compatissant. C’est l’épreuve de vérité de Celui qui donne sa vie en obéissance au Père. Pour soutenir notre prière, lisons un passage de la Lettre aux Hébreux :

 

« Il en est bien ainsi pour le Christ : il ne s’est pas donné à lui-même la gloire de devenir grand prêtre ; il l’a reçue de Dieu, qui lui a dit : Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré, car il lui dit aussi dans un autre psaume : Tu es prêtre de l’ordre de Melkisédek pour l’éternité. Pendant les jours de sa vie dans la chair, il offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance » (He 5, 5-8)

 

Il faut comprendre l’offrande de Jésus comme une solidarité avec les petits, les souffrants et les pécheurs. Solidarité qui conduit à la Croix. Notons aussi l’idée d’« apprendre » l’obéissance (obéir = écouter la Parole de Dieu et la mettre en pratique). Le Vendredi Saint est chemin, apprentissage de la vraie compassion.

 

L’office des ténèbres

 

Très tôt le matin, il faut se lever pour l’office des ténèbres. Cet office, composé de trois nocturnes, se déroule selon un schéma sobre : après le Notre Père, le Je vous salue Marie, le Je crois en Dieu, nous chantons des psaumes ; des lectures prolongent la méditation des psaumes en faisant appel à l’Ancien et au Nouveau Testaments, ainsi qu’à l’enseignement des Pères de l’Église ; un répond après chaque lecture (le chant Mystère du calvaire) ; une oraison finale.

 

Un rite suggestif est connexe à la célébration de cet office des ténèbres. On peut allumer sept bougies. Après chacun des neuf psaumes, une bougie est éteinte. Ce symbolisme très fort de la lumière évoque le mystère de la vraie lumière du monde qu’est le Christ, enseveli dans la mort et ressuscité pour la vie éternelle. Les psaumes sont les suivants : 1ère nocturne : psaumes 2, 21 ; 2e nocturne : psaume 39 ; 3e nocturne : psaume 37, 87.

 

Ces psaumes font entrer dans l’âme du Sauveur, aident à le rejoindre au plus intime de sa souffrance. Ils dépeignent vraiment une personne qui souffre, qui se plaint, mais surtout qui aime. Au-delà de ces tourments, on sent aussi une paix souveraine, une douceur et déjà la victoire de l’amour. Au cours de ces trois nocturnes, on peut se rappeler la solitude de Jésus, sa miséricorde à l’égard du bon larron, son passage au jardin des Oliviers, son cri sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? », la trahison de Judas, le reniement de Pierre…

 

Les lectures offertes à notre méditation sont tout d’abord les Lamentations du prophète Jérémie (Lam 3). Ce sont de longues plaintes entremêlées d’humbles aveux de péché et ponctuées d’instantes supplications. Puis, la deuxième lecture est extraite de la Lettre aux Hébreux (9, 11-28). Elle évoque le sacerdoce du Christ et la perfection de la rédemption acquise par son sang.

 

Enfin, pour la troisième nocturne, nous écoutons un sermon de saint Léon le Grand pour la Passion (cf. Liturgie des heures p. 354) : « Ta croix, ô Christ, est la source de toutes les bénédictions, la cause de toute grâce. Par elle, les croyants tirent de leur faiblesse la force, du mépris reçu la gloire, et de la mort la vie. »

 

Sortir de l’enténèbrement du monde

 

Au moment même où la nature reprend son souffle, avec un printemps très ensoleillé, nous sommes confinés. Difficile de soupirer d’aise quand on sait que, à quelques kilomètres de chez nous, certains malades cherchent le souffle, et leurs soignants des respirateurs !

 

Jésus, est au jardin des Oliviers : « Pris d’angoisse, il priait instamment… » (Lc 22, 44) L’angoisse (du latin angere qui signifie « serrer ») comprime nos poitrines. Depuis ces toutes dernières années, les événements du monde (guerre, terrorisme, violence…) nous plonge dans l’enténèbrement et nous pouvons parfois nous
laisser gagner par la désespérance. Le confinement aggrave la situation de mal-être. Mais nous sommes de ceux qui, par-delà la Passion, la Croix, regardent vers la Résurrection.

 

La grande prière de la liturgie du Vendredi Saint est une respiration bénéfique. La prière de demande que nous exprimons ce jour-là, c’est la grâce d’accepter ce qu’il adviendra. Non par résignation mais dans la confiance ! Cette prière ne demande pas d’avoir une vie sans aspérité, sans souffrance, mais de continuer d’aimer la vie dans l’enténèbrement qui est le nôtre : « Père que ce ne soit pas ma volonté mais la tienne qui se réalise » (Lc 22, 42). Jésus dit bien par ailleurs : « Qui demande obtiendra » (Lc 11, 10). Ce dont il parle alors, c’est de l’Esprit Saint, cette force au-delà de nos forces qui nous donne d’acquiescer à la vie, malgré les ténèbres.

 

Quelques pistes pour la prière :


• Faire un chemin de croix et s’attarder plus longuement sur telle ou telle station.
• Vénérer la croix et chanter : Ô Croix dressée sur le monde

 

+ Hubert Herbreteau
Évêque d’Agen

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