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21 août 2020 5 21 /08 /août /2020 14:15
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°26 : NOTRE-DAME DU PUY-EN-VELAY
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°26 : NOTRE-DAME DU PUY-EN-VELAY

Notre-Dame du Puy en Velay,

le sein maternel

 

Point de départ de la route la plus ancienne vers Saint-Jacques de Compostelle, cette cathédrale romane, érigée à partir du Xe siècle, abrite une vierge noire vénérée comme une mère depuis des siècles.

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°26 : NOTRE-DAME DU PUY-EN-VELAY

Inscrite dans le cadre naturel exceptionnel de la terre volcanique d’Auvergne, Notre-Dame du Puy-en-Velay séduit par son allure originale. Située au début de la via Podiensis, la route la plus ancienne empruntée pour aller à Saint-Jacques de Compostelle, cette cathédrale romane aux influences italienne, byzantine et mozarabe est chaque année le point de départ d’environ 15 000 pèlerins, sans compter les visiteurs de passage.

 

Une dalle miraculeuse

Plusieurs légendes entourent sa fondation. L’une d’elle est liée à la « pierre des fièvres » ou « pierre de l’apparition », une grande dalle rectangulaire qui recouvrait probablement une sépulture à incinération dans l’antiquité. Selon un récit très ancien, vers 420, une noble chrétienne gravement malade reçoit en songe l’ordre de se faire porter sur le mont Anis — Anicium est alors le nom du Puy. Sur la pierre, la Vierge Marie lui apparaît entourée d’anges et de saints. Miraculeusement guérie, la femme court transmettre à l’évêque son message : faire construire à cet emplacement une chapelle dédiée à la Mère de Dieu. Achevée peu avant 430, la première cathédrale du Puy-en-Velay est ainsi contemporaine de la basilique romaine Sainte-Marie-Majeure et du concile d’Éphèse qui proclame en 431 la double nature humaine et divine du Christ, et par là la maternité divine de Marie. Dans les siècles qui suivent, d’autres guérisons miraculeuses sont obtenues par l’intercession de la Vierge. Des pèlerins commencent à affluer. Encore aujourd’hui, dans la chapelle nord du chevet, certains d’entre eux s’allongent sur cette pierre pour confier leurs souffrances.

 

Un haut lieu de pèlerinage

En 950, le premier évêque du Velay, Godescalc, entreprend un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Il est le premier pèlerin connu à se rendre ainsi avec un groupe sur le tombeau de l’apôtre en Espagne. À son retour, il entame d’importants chantiers avec la construction en 962 d’une chapelle dédiée à saint Michel au sommet du rocher d’Aiguilhe. Ces travaux se poursuivent par l’édification d’une nouvelle cathédrale à l’architecture inspirée du passé local et de l’Antiquité tardive italienne et romaine. Le Puy connaît alors un rayonnement considérable. La cathédrale devient, à l’instar de Chartres, l’un des plus importants sanctuaires mariaux de la chrétienté occidentale, à tel point qu’il faut l’agrandir. À la fin du XIIe siècle, sa construction est achevée par l’ajout de deux travées au dessus du vide ! Seule la partie la plus ancienne — chevet, transept, et les deux premières travées — repose sur le rocher.

 

Dans le ventre de la Vierge

Cette physionomie atypique n’échappe pas au pèlerin qui observe de loin la façade occidentale, toute en géométrie. Au centre, l’agneau pascal sur une pierre en saillie marque l’entrée. Il s’agit de suivre le fils de Dieu dans son incarnation et de se laisser enfanter par Marie, mère de Dieu et de l’Église. Après avoir gravi les nombreuses marches qui mènent au sanctuaire, on arrive ainsi devant une enfilade de porches. Le premier est celui de la Parole avec des sculptures représentant les quatre évangélistes. On y est accueilli par Saint-Jacques de Compostelle, la main droite levée en signe de bénédiction, une sculpture en bois réalisé par Dominique Kaeppelin, un artiste du Puy mort en 2019. Le second porche est celui « de l’Église » et le troisième celui « du Christ », en raison des peintures murales d’influence byzantine qui les décorent, en particulier une Vierge à l’Enfant en majesté, « trône de la Sagesse ». Cette enfilade de porches conduit en s’amenuisant vers un petit escalier : « l’escalier du ventre » qui mène à l’intérieur du sanctuaire devant l’autel. Au Moyen Âge, des sermons associent en effet le Saint-Sépulcre à l’utérus de la Vierge, établissant ainsi un lien entre l’Incarnation et la Résurrection. Comme Nicodème (Jean 3, 1-9), chacun est ainsi invité à « naître d’en haut ».

 

Une vierge noire particulièrement vénérée

À l’intérieur, détaché du chœur liturgique, au fond de l’abside, se trouve le chœur marial où les pèlerins viennent prier la vierge noire. L’origine de cette statue, sa couleur qui évoque la femme du Cantique des Cantiques — « Je suis noire mais belle » —, sont entourées de mystère. A-t-elle été rapportée d’une croisade par saint Louis, fervent pèlerin du Puy-en-Velay ? A-t-elle été recouverte de peinture au XVIIIe siècle ? Une chose est sûre : la statue initiale a été brûlée sur la place du Martouret le 8 juin 1794 par les révolutionnaires. Faite de bois de cèdre, de facture « éthiopienne », elle ressemblait à une vierge romane auvergnate en majesté, assise et portant l’enfant Jésus sur ses genoux. La statue actuelle provient du monastère de la Visitation. Placée dans la cathédrale à la demande des fidèles en 1844, elle a été couronnée sur la place du Breuil le 8 juin 1856, soixante-deux ans après les outrages de la Révolution. Vêtue d’un manteau laissant apparaître la tête de l’enfant Jésus, elle dispose d’une importante garde-robe — vingt-cinq manteaux — qui varie en fonction du temps liturgique et des fêtes de l’année ! Elle est particulièrement vénérée à l’occasion de la fête de l’Assomption le 15 août. Des milliers de personnes l’accompagnent alors en procession dans les rues de la ville.

 

 

Vidéo  : visite de Notre-Dame du Puy par le recteur en 2017 :

Agnès de Langeac, la protectrice des jeunes mères

Née le 17 novembre 1602 au Puy-en-Velay, Agnès de Langeac est baptisée le lendemain au baptistère Saint-Jean, près de la cathédrale. Profondément chrétien, son père, Pierre Galand, est coutelier, sa mère, dentellière. Agnès est la troisième de leurs sept enfants. Vers sept ans, tandis qu’elle monte à la cathédrale, la fillette pense à un homme supplicié dont la vue l’a bouleversée. Elle a prié pour lui toute la nuit. Au cours de la messe, elle entend au fond de son cœur une parole qui l’invite à se donner tout entière à la Vierge Marie qui la protégera. À huit ans, Agnès fait sa première communion, ce qui est exceptionnel à cette époque. Elle veut aimer davantage le Seigneur. « Passe de longs moments en silence dans ta chambre et pense à Jésus », lui conseille son premier confesseur. La jeune fille s’y emploie avec ferveur : « Allons mon âme, il faut se tenir un petit quart d’heure devant Dieu et être bien attentive à lui », se dit-elle. Et chemin faisant le quart d’heure s’allonge en demi heure, puis en heure…

 

Au Puy-en-Velay, la maison familiale est proche de l’église du couvent dominicain. Agnès y participe souvent aux offices et y rencontre un frère qui devient son père spirituel. En avril 1621, elle est ainsi admise dans le Tiers Ordre dominicain, puis en 1623, à 21 ans, elle quitte Le Puy pour mener une vie contemplative à Langeac et participer à la fondation du monastère Sainte-Catherine-de-Sienne dont elle devient prieure dès 1627. Par sa prière et ses conseils, elle va guider Jean-Jacques Olier vers la fondation des premiers séminaires de Saint-Sulpice. Elle meurt le 19 octobre 1634, laissant à ses moniales la vocation de prier pour les prêtres et la vie en ses débuts. Attentive aux plus pauvres, Agnès aimait en effet entourer les jeunes mamans au moment de la naissance de leur enfant. C’est pourquoi elle est souvent invoquée par les femmes ayant une grossesse difficile ou les couples en désir d’enfant. Elle a été béatifiée à Rome en 1994 grâce à une naissance miraculeuse obtenue par son intercession en 1952 à Langeac.

 

Écouter  :

« Magnificat » par la Maîtrise de la cathédrale du Puy-en-Velay, dir. Emmanuel Magat, extrait de Petits chanteurs, vol.2, Bayard Musique.  

Vidéo : Jubilé de Notre-Dame du Puy en 2016 :

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