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2 août 2020 7 02 /08 /août /2020 11:01
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°6 : NOTRE-DAME DE PARIS
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°6 : NOTRE-DAME DE PARIS

Notre-Dame de Paris, tout un symbole

 

On ne peut évoquer son nom sans revoir en pensée son vaisseau livré aux flammes le 15 avril 2019. Emblème de la foi et de l’audace des bâtisseurs, Notre-Dame de Paris est à la fois un lieu de culte et un symbole pour les Français et même au-delà.

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°6 : NOTRE-DAME DE PARIS

Vers 496, Clovis fait de Paris la capitale du royaume franc et se convertit au christianisme. La ville est alors limitée à une île qui permet de se protéger des ennemis. Une première cathédrale dédiée à saint Étienne y est édifiée. La ville s’agrandit rapidement. Des ponts au nord et au sud sont construits pour rejoindre les nouveaux quartiers. À partir de l’an 1000, Paris tient une place majeure dans le monde occidental. Au XIIe siècle, quand Maurice de Sully décide de détruire la cathédrale Saint-Étienne pour en construire une nouvelle, l’île de la Cité est un lieu de passage très fréquenté. Commerçants et artisans s’y côtoient dans une grande effervescence. De nombreuses chapelles font aussi vivre le quartier ; la plupart vont devenir des églises paroissiales. Enfin, l’Hôtel-Dieu au bord de la Seine, côté sud, accueille pèlerins, pauvres et malades.

 

Construite au XIIe siècle, modifiée au XVIIIe siècle

Saint-Étienne détruite, à l’emplacement du futur parvis, est installé un vaste chantier où les bâtisseurs apportent leurs dernières innovations. La première pierre de la nouvelle cathédrale est posée au printemps 1163. Évêques et architectes vont se succéder jusqu’à son achèvement. Fondée sur un sol instable, marécageux, cette nouvelle cathédrale a des dimensions exceptionnelles : 127 mètres de long, 40 mètres de large et 33 mètres de haut. Pour apporter plus de lumière dans la nef, vers 1220-1230, le projet initial est remanié. C’est ainsi que les tours de la façade occidentale sont ajourées et que des fenêtres hautes sont percées.

 

Le 19 août 1239, Louis IX, de retour de Jérusalem, arrive en procession à Notre-Dame avec des reliques de la Passion du Christ. Il retire son habit royal pour une simple tunique, se déchausse, et entre ainsi portant la couronne d’épines. Celle-ci est conservée à la Sainte-Chapelle avant d’être déposée le 10 août 1806 dans le trésor de la cathédrale.

 

Au XVIIIe siècle, d’importantes transformations sont réalisées dans le chœur. Pour honorer le vœu de son père Louis XIII d’élever un nouveau maître-autel à Notre-Dame, Louis XIV demande à son architecte Robert de Cotte d’y réaliser un ensemble monumental en marbre. Ainsi prend place la fameuse Pieta au-dessus de laquelle l’artiste plasticien Marc Couturier ajoute au XXe siècle, à la demande du cardinal Lustiger, la Croix et la Gloire. C’est cette Croix en bois ignifugé et doré à la feuille qui resplendissait le 16 avril 2019 au-dessus des décombres de Notre-Dame. Une image qui a fait le tour du monde.

Victor Hugo et Viollet-Le-Duc

Au XIXe siècle, Notre-Dame est en piètre état. On parle de la raser complètement. En 1831, la parution de Notre-Dame de Paris la sauve de la destruction. À la suite du succès du roman de Victor Hugo, le ministre de la justice et des cultes lance un grand projet de restauration qui est confié à Eugène Viollet-Le-Duc et Jean-Baptiste Lassus, lequel mourra avant la fin du chantier. Viollet-Le-Duc ne fait pas que restaurer la cathédrale. Il la parachève, la ré-interprète, lui donnant la physionomie qui a marqué tant de visiteurs jusqu’à l’effondrement de la flèche lors de l’incendie. Passionné du Moyen Âge, il peuple les tours de figures fantastiques, des gargouilles pour recracher les eaux pluviales, et surtout de cinquante-quatre chimères aux formes animales ou humaines. La plus célèbre d’entre elles est la Stryge accoudée à l’angle de la tour nord qui semble observer Paris.

La Vierge au pilier

Elle fait partie des petits miracles qui ont émaillé la nuit du 15 au 16 avril 2019. Cette Vierge à l’Enfant typique de la sculpture des ateliers d’Ile-de-France du milieu du XIVe siècle a échappé de peu à l’incendie : les voûtes en même temps que la flèche se sont effondrées tout près sans la toucher. Elle a seulement dû être nettoyée des particules de plomb fondu. Réaliste, gracieuse, elle semble vivante avec sa silhouette déhanchée car elle tient l’Enfant-Jésus sur son bras gauche. Beaucoup de tendresse émane ainsi de la relation entre la mère de Dieu – couronnée et tenant un lys, symbole de sa pureté – et son fils qui semble jouer avec un pli de son vêtement.

 

À l’origine, cette statue se trouvait dans la chapelle Saint-Aignan dans l’ancien cloître des chanoines sur l’île de la Cité. En 1818, elle fut transférée au trumeau du portail de la Vierge de la cathédrale pour remplacer une statue détruite à la Révolution. En 1855, l’architecte Viollet-Le-Duc la changea encore de place. Il l’adossa au pilier sud-est du transept de la cathédrale à un emplacement où un autel dédié à Marie était le lieu d’une fervente dévotion au Moyen Âge.

 

C’est là, auprès de la Vierge au pilier, que l’écrivain et diplomate Paul Claudel se convertit au cours des vêpres de Noël 1886. Il raconta cet événement fondateur de sa vie dans Ma conversion publié en 1913 : « J’étais moi debout dans la foule, près du second pilier à l’entrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et cest alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie. En un instant, mon cœur fut touché et je crus. Je crus, dune telle force dadhésion, dun tel soulèvement de tout mon être, dune conviction si puissante, dune telle certitude ne laissant place à aucune espèce de doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards dune vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. »

 

On peut actuellement voir cette statue à l’église Saint-Germain-L’Auxerrois, dans le Ier arrondissement. Depuis le 12 juin, une copie se trouve également sur le parvis de la cathédrale réouvert au public.

 

Une figure spirituelle : Maurice dit de Sully, un évêque bâtisseur

Né dans le premier quart du XIIe siècle à Sully-sur-Loire, près d’Orléans, ce fils de paysans – son père est bûcheron – est un exemple d’ascension sociale au XIIe siècle. Après avoir suivi l’enseignement des moines de sa région, cet élève brillant est envoyé étudier à Paris. Devenu clerc, chanoine de Notre-Dame puis archidiacre, il enseigne la théologie à l’université quand il est nommé évêque le 12 octobre 1160 pour ses qualités morales et intellectuelles. La mode est au gothique. Maurice de Sully se fixe pour mission la construction d’une cathédrale majestueuse, capable d’accueillir lors de grands rassemblements la population croissante de la capitale du royaume. Homme d’action, il décide des plans, choisit l’architecte et les maîtres maçons. À côté, il se consacre à l’organisation de son diocèse – il fonde plusieurs églises, abbayes et hospices – et à l’édification spirituelle des âmes. Il rédige notamment un recueil de sermons en latin et en français pour aider les prêtres de son diocèse – sermons connus jusqu’en Angleterre ! Mais son nom reste surtout attaché à la cathédrale de Paris. Quand il meurt en 1196, la construction du chœur de Notre-Dame est terminée, celle de la nef bien avancée.

 

Un beau texte : La Vierge à midi

Il est midi. Je vois l’église ouverte. Il faut entrer.

Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.

Je n’ai rien à offrir et rien à demander.

Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.

Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela

Que je suis votre fils et que vous êtes là.

Rien que pour un moment pendant que tout s’arrête.

Midi !

Être avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.

Ne rien dire, regarder votre visage,

Laisser le cœur chanter dans son propre langage,

Ne rien dire, mais seulement chanter parce qu’on a le cœur trop plein,

Comme le merle qui suit son idée en ces espèces de couplets soudains.

Parce que vous êtes belle, parce que vous êtes immaculée,

La femme dans la Grâce enfin restituée,

La créature dans son honneur premier et dans son épanouissement final,

Telle qu’elle est sortie de Dieu au matin de sa splendeur originale.

Intacte ineffablement parce que vous êtes la Mère de Jésus-Christ,

Qui est la vérité entre vos bras, et la seule espérance et le seul fruit.

Parce que vous êtes la femme, l’Éden de l’ancienne tendresse oubliée,

Dont le regard trouve le cœur tout à coup et fait jaillir les larmes accumulées,

Parce que vous m’avez sauvé, parce que vous avez sauvé la France,

Parce qu’elle aussi, comme moi, pour vous fut cette chose à laquelle on pense,

Parce qu’à l’heure où tout craquait, c’est alors que vous êtes intervenue,

Parce que vous avez sauvé la France une fois de plus,

Parce qu’il est midi, parce que nous sommes en ce jour d’aujourd’hui,

Parce que vous êtes là pour toujours, simplement parce que vous êtes Marie, simplement parce que vous existez,

Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !

Paul Claudel

 

 

Écouter  :

Ave Maris Stella, par l’ensemble Diabolus in musica, extrait de Polyphonies de Notre-Dame de Paris XIIe-XIIIe siècles, Studio SM.

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