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14 décembre 2020 1 14 /12 /décembre /2020 22:54
Nature, champ de blé © Pixabay CC0 - Kamelia

Nature, champ de blé © Pixabay CC0 - Kamelia

Développement agricole : une aide « sans précédent » du Saint-Siège

« Nous ne pouvons rester silencieux face à tant de souffrances »

Le pape François se joint à 25 pays pour lutter contre la pauvreté et la faim, a annoncé le Fonds international de développement agricole (FIDA), le 11 décembre 2020. L’organisme des Nations unies salue une contribution « sans précédent » du Saint-Siège.

Ces annonces, peut-on lire dans un communiqué, ont été faites dans le cadre de la Douzième reconstitution des ressources du FIDA – processus par lequel les États membres s’engagent à apporter des fonds à l’organisme pour financer son action durant la période 2022-2024.

« Nous ne pouvons rester silencieux face à tant de souffrances et d’adversité », a déclaré le numéro 2 du Vatican, le cardinal secrétaire d’Etat Pietro Parolin : « Aujourd’hui, plus que jamais, la communauté internationale doit unir ses forces pour préparer et concrétiser un avenir qui soit durable, inclusif et juste pour tous. L’action que nous nous devons de mener est à notre portée: aider les plus pauvres et les plus vulnérables dans le monde. »

Le FIDA a appelé les donateurs à augmenter considérablement leur contribution afin de mettre en œuvre un programme de travail global d’au moins 11 milliards de dollars entre 2022 et 2024, pour une « adaptation aux changements climatiques » (le programme ASAP+).

Siégeant à Rome, le FIDA investit dans les populations rurales d’une centaine de pays, en les dotant des moyens de réduire la pauvreté, d’accroître la sécurité alimentaire, d’améliorer la nutrition et de renforcer leur résilience, explique la note. En effet, « la croissance économique du secteur agricole contribue à réduire la pauvreté deux à trois fois plus efficacement que celle des autres secteurs »

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13 décembre 2020 7 13 /12 /décembre /2020 23:35
L'Assomption de la Vierge Marie par Charles Lebrun (Musée de Cherbourg), wikimedia commons

L'Assomption de la Vierge Marie par Charles Lebrun (Musée de Cherbourg), wikimedia commons

Marie, « Cause de notre joie »: lectures du dimanche de « Gaudete »

Traduction complète des paroles du pape François

« La Vierge Marie a attendu en silence la Parole de salut de Dieu ; elle l’a écoutée, elle l’a accueillie, elle l’a conçue. En elle, Dieu s’est fait proche. C’est pourquoi l’Église appelle Marie « Cause de notre joie » »: le pape François résume ainsi dans un ‘ »tweet » son commentaire des lectures de la messe de ce dimanche, 13 décembre 2020, -) troisième dimanche de l’Avent, appelé dimanche de « Gaudete », avant l’angélus de midi, place Saint-Pierre. Ce dimanche de la « ‘joie » est marqué concrètement dans les ornements liturgiques qui sont roses.

« On ne peut annoncer le Christ aux autres qu’en se détachant de soi-même et de la mondanité. Non pas en attirant les gens à soi, mais en les orientant vers Jésus », a encore souligné le pape.

Le pape François célébrait ce dimanche 13 décembre le 51e anniversaire de son ordination sacerdotale, le 13 décembre 1969.

Voici notre traduction, rapide, de travail, des paroles du pape François.

AB

Commentaire de l’Évangile du dimanche de « Gaudete »

Chers frères et sœurs, bonjour!

L’invitation à la joie est caractéristique du temps de l’Avent: l’attente de la naissance de Jésus, l’attente que nous vivons est joyeuse, un peu comme lorsque nous attendons la visite d’une personne que nous aimons beaucoup, par exemple un ami que nous ne voyons plus depuis longtemps, un parent … Nous sommes dans une attente joyeuse. Et cette dimension de joie émerge surtout aujourd’hui, troisième dimanche, qui s’ouvre sur l’exhortation de saint Paul «Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur» (Antienne d’entrée; cf. Ph 4, 4.5). « Réjouissez-vous! ». La joie chrétienne.

Et quelle est la raison de cette joie? «Le Seigneur est proche» (v. 5). Plus le Seigneur est proche de nous, plus nous sommes dans la joie; plus il est loin, plus nous sommes dans la tristesse. C’est une règle pour les chrétiens. Un jour, un philosophe a dit plus ou moins ceci: «Je ne comprends pas comment on peut croire aujourd’hui, parce que ceux qui disent croire ont un visage de veillée funèbre. Ils ne témoignent pas de la joie de la résurrection de Jésus-Christ ». Tant de chrétiens avec ce visage, oui, un visage de veillée funèbre, le visage de la tristesse … Mais le Christ est ressuscité! Le Christ t’aime! Et tu n’as pas de joie? Pensons-y un moment et disons: « Est-ce que je suis heureux parce que le Seigneur est proche de moi, parce que le Seigneur m’aime, parce que le Seigneur m’a racheté? »

L’Évangile selon Jean nous présente aujourd’hui le personnage biblique qui – Marie et saint Joseph exceptés – a le premier et le plus vécu l’attente du Messie et la joie de le voir arriver: nous parlons naturellement de Jean-Baptiste (cf. Jn 1, 6- 8.19-28).

L’évangéliste le présente de manière solennelle: «Un homme est venu envoyé par Dieu […]. Il est venu comme témoin pour rendre témoignage à la lumière » (vv. 6-7). Le Baptiste est le premier témoin de Jésus, par la parole et par le don de sa vie. Tous les Évangiles sont d’accord pour montrer comment il a accompli sa mission en désignant Jésus comme le Christ, l’Envoyé de Dieu promis par les prophètes. Jean était un leader de son temps. Sa renommée s’était répandue dans toute la Judée et au-delà, jusqu’en Galilée. Mais il ne céda pas même un instant à la tentation d’attirer l’attention sur lui: il orientait toujours vers Celui qui allait venir. Il disait: «Pour lui, je ne suis pas digne de dénouer la courroie de sa sandale» (v. 27). Il indiquait toujours le Seigneur. Comme la Vierge Marie: elle indique toujours le Seigneur toujours: «Faites ce qu’il vous dira». Toujours le Seigneur au centre. Les saints autour, indiquant le Seigneur. Et quiconque n’indique pas le Seigneur n’est pas saint!

Voilà la première condition de la joie chrétienne: se décentrer de soi-même et mettre Jésus au centre. Ce n’est pas de l’aliénation, parce que Jésus est effectivement le centre, il est la lumière qui donne tout son sens à la vie de chaque homme et de chaque femme qui vient dans ce monde. C’est le dynamisme même de l’amour, qui me conduit à sortir de moi non pas pour me perdre, mais pour me retrouver alors que je me donne, alors que je cherche le bien de l’autre.

Jean-Baptiste a parcouru un long chemin pour rendre témoignage à Jésus. Le chemin de la joie n’est pas une promenade. Il faut du travail pour toujours être dans la joie. Jean a tout quitté, dès son plus jeune âge, pour mettre Dieu en premier, pour écouter sa Parole de tout son cœur et de toute sa force. Jean s’est retiré dans le désert, se dépouillant de tout ce qui était superflu, pour être plus libre de suivre le vent du Saint-Esprit. Bien sûr, certains traits de sa personnalité sont uniques, inimitables, impossibles à proposer à tout le monde. Mais son témoignage est paradigmatique pour quiconque veut chercher le sens de sa vie et trouver la vraie joie.

En particulier, le Baptiste est un modèle pour ceux qui, dans l’Église, sont appelés à annoncer le Christ aux autres: ils ne peuvent le faire que dans le détachement d’eux-mêmes et de la mondanité, non pas en attirant les gens à eux mais en les orientant vers Jésus. Voilà la joie: orienter vers Jésus. Et la joie doit être la caractéristique de notre foi. Même dans les moments sombres, cette joie intérieure, de savoir que le Seigneur est avec moi, que le Seigneur est avec nous, que le Seigneur est ressuscité.

Le Seigneur! Le Seigneur! Le Seigneur! Voilà le centre de notre vie, et voilà le centre de notre joie. Pensez-y bien aujourd’hui: comment est-ce que je me comporte? Suis-je une personne joyeuse qui sait transmettre la joie d’être chrétien, ou suis-je toujours comme ces [gens] tristes, qui, comme je l’ai dit auparavant, semblent être à une veillée funèbre? Si je n’ai pas la joie de ma foi, je ne pourrai pas témoigner et d’autres diront: « Mais si la foi est triste à ce point, mieux vaut ne pas l’avoir ».

Maintenant en priant l’Angélus, nous voyons tout cela pleinement réalisé dans la Vierge Marie: elle a attendu en silence la Parole de salut de Dieu; elle l’a écoutée, elle l’a accueillie, elle l’a conçue. En elle, Dieu s’est fait proche. C’est pourquoi l’Église appelle Marie « Cause de notre joie ».

(c) Traduction de Zenit, de l’italien, Anita Bourdin

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9 décembre 2020 3 09 /12 /décembre /2020 10:13
Patris corde, l’intégralité de la lettre apostolique du pape François

Antoine Mekary | ALETEIA

La rédaction d'Aleteia - Publié le 08/12/20

Le pape François a publié mardi 8 décembre 2020 une lettre apostolique intitulée "Patris corde" (avec un cœur de père) dans laquelle il partage ses réflexions sur saint Joseph. Retrouvez ici le texte en intégralité.

LETTRE APOSTOLIQUE PATRIS CORDE DU SAINT-PÈRE FRANÇOIS

À L’OCCASION DU 150ème ANNIVERSAIRE DE LA DÉCLARATION DE SAINT JOSEPH COMME PATRON DE L’ÉGLISE UNIVERSELLE

AVEC UN CŒUR DE PÈRE : C’est ainsi que Joseph a aimé Jésus, qui est appelé dans les quatre Évangiles « le fils de Joseph ».[1]

Les deux évangélistes qui ont mis en relief sa figure,Matthieu et Luc, racontent peu, mais bien suffisamment pour le faire comprendre, quel genre de père il a été et quelle mission lui a confiée la Providence.

Nous savons qu’il était un humble charpentier (cf.Mt 13, 55), promis en mariage à Marie (cf. Mt 1, 18 ; Lc 1, 27) ; un « homme juste » (Mt 1, 19), toujours prêt à accomplir la volonté de Dieu manifestée dans sa Loi (cf. Lc 2, 22.27.39), et à travers quatre songes (cf. Mt 1, 20 ; 2, 13.19.22). Après un long et fatiguant voyage de Nazareth à Bethléem, il vit naître le Messie dans une étable, parce qu’ailleurs « il n’y avait pas de place pour eux » (Lc 2, 7). Il fut témoin de l’adoration des bergers (cf. Lc 2, 8-20) et des Mages (cf. Mt 2, 1-12) qui représentaient respectivement le peuple d’Israël et les peuples païens.

Il eut le courage d’assumer la paternité légale de Jésus à qui il donna le nom révélé par l’ange : «Tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés»(Mt 1, 21). Comme on le sait, donner un nom à une personne ou à une chose signifiait, chez les peuples antiques, en obtenir l’appartenance, comme l’avait fait Adam dans le récit de la Genèse (cf. 2, 19-20).

Quarante jours après la naissance, Joseph, avec la mère, offrit l’Enfant au Seigneur dans le Temple et entendit, surpris, la prophétie de Siméon concernant Jésus et Marie (cf. Lc 2, 22-35). Pour défendre Jésus d’Hérode, il séjourna en Égypte comme un étranger (cf. Mt 2, 13-18). Revenu dans sa patrie, il vécut en cachette dans le petit village inconnu de Nazareth en Galilée – d’où, il était dit, « qu’il ne surgit aucun prophète » et « qu’il ne peut jamais en sortir rien de bon » (cf. Jn 7, 52 ; 1, 46) –, loin de Bethléem, sa ville natale, et de Jérusalem où se dressait le Temple. Quand, justement au cours d’un pèlerinage à Jérusalem, ils perdirent Jésus âgé de douze ans, avec Marie ils le cherchèrent angoissés et le retrouvèrent dans le Temple en train de discuter avec les docteurs de la Loi (cf. Lc 2, 41-50).

Après Marie, Mère de Dieu, aucun saint n’a occupé autant de place dans le Magistère pontifical que Joseph, son époux. Mes prédécesseurs ont approfondi le message contenu dans les quelques données transmises par les Évangiles pour mettre davantage en évidence son rôle central dans l’histoire du salut : le bienheureux Pie IX l’a déclaré « Patron de l’Église Catholique »,[2] le vénérable Pie XII l’a présenté comme « Patron des travailleurs »,[3] et saint Jean Paul II comme « Gardien du Rédempteur ».[4] Le peuple l’invoque comme « Patron de la bonne mort ».[5]

Par conséquent, à l’occasion des 150 ans de sa déclaration comme Patron de l’Église Catholique faite par le bienheureux Pie IX, le 8 décembre 1870, je voudrais – comme dit Jésus – que « la bouche exprime ce qui déborde du cœur » (cf. Mt 12, 34), pour partager avec vous quelques réflexions personnelles sur cette figure extraordinaire, si proche de la condition humaine de chacun d’entre nous. Ce désir a mûri au cours de ces mois de pandémie durant lesquels nous pouvons expérimenter, en pleine crise qui nous frappe, que « nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées, qui ne font pas la une des journaux et des revues ni n’apparaissent dans les grands défilés du dernier show mais qui, sans aucun doute, sont en train d’écrire aujourd’hui les évènements décisifs de notre histoire : médecins, infirmiers et infirmières, employés de supermarchés, agents d’entretien, fournisseurs de soin à domicile, transporteurs, forces de l’ordre, volontaires, prêtres, religieuses et tant d’autres qui ont compris que personne ne se sauve tout seul. […] Que de personnes font preuve chaque jour de patience et insufflent l’espérance, en veillant à ne pas créer la panique mais la co-responsabilité! Que de pères, de mères, de grands-pères et de grands-mères, que d’enseignants montrent à nos enfants, par des gestes simples et quotidiens, comment affronter et traverser une crise en réadaptant les habitudes, en levant le regard et en stimulant la prière! Que de personnes prient, offrent et intercèdent pour le bien de tous ».[6] Nous pouvons tous trouver en saint Joseph l’homme qui passe inaperçu, l’homme de la présence quotidienne, discrète et cachée, un intercesseur, un soutien et un guide dans les moments de difficultés. Saint Joseph nous rappelle que tous ceux qui, apparemment, sont cachés ou en « deuxième ligne » jouent un rôle inégalé dans l’histoire du salut. À eux tous, une parole de reconnaissance et de gratitude est adressée.

1. Père aimé

La grandeur de saint Joseph consiste dans le fait qu’il a été l’époux de Marie et le père adoptif de Jésus. Comme tel, il « se mit au service de tout le dessin salvifique », comme l’affirme saint Jean Chrysostome.[7]

Saint Paul VI observe que sa paternité s’est exprimée concrètement dans le fait « d’avoir fait de sa vie un service, un sacrifice au mystère de l’incarnation et à la mission rédemptrice qui y est jointe ; d’avoir usé de l’autorité légale qui lui revenait sur la sainte Famille pour lui faire un don total de soi, de sa vie, de son travail ; d’avoir converti sa vocation humaine à l’amour domestique dans la surhumaine oblation de soi, de son cœur et de toute capacité d’amour mise au service du Messie germé dans sa maison ».[8]

En raison de son rôle dans l’histoire du salut, saint Joseph est un père qui a toujours été aimé par le peuple chrétien comme le démontre le fait que, dans le monde entier, de nombreuses églises lui ont été dédiées. Plusieurs Instituts religieux, Confréries et groupes ecclésiaux sont inspirés de sa spiritualité et portent son nom, et diverses représentations sacrées se déroulent depuis des siècles en son honneur. De nombreux saints et saintes ont été ses dévots passionnés, parmi lesquels Thérèse d’Avila qui l’adopta comme avocat et intercesseur, se recommandant beaucoup à lui et recevant toutes les grâces qu’elle lui demandait ; encouragée par son expérience, la sainte persuadait les autres à lui être dévots.[9]

Dans tout manuel de prière, on trouve des oraisons à saint Joseph. Des invocations particulières lui sont adressées tous les mercredis, et spécialement durant le mois de mars qui lui est traditionnellement dédié.[10]

La confiance du peuple en saint Joseph est résumée dans l’expression »ite ad Joseph » qui fait référence au temps de la famine en Égypte quand les gens demandaient du pain au pharaon, et il répondait : « Allez trouver Joseph, et faites ce qu’il vous dira » (Gn 41, 55). Il s’agit de Joseph, le fils de Jacob qui par jalousie avait été vendu par ses frères (cf. Gn 37, 11-28) et qui – selon le récit biblique – est devenu par la suite vice-roi d’Égypte (cf. Gn 41, 41-44).

En tant que descendant de David(cf.Mt 1, 16.20), la racine dont devait germer Jésus selon la promesse faite à David par le prophète Nathan (cf. 2 S 7), et comme époux de Marie de Nazareth, saint Joseph est la charnière qui unit l’Ancien et le Nouveau Testament.

2. Père dans la tendresse

Joseph a vu Jésus grandir jour après jour « en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes » (Lc 2, 52). Tout comme le Seigneur avait fait avec Israël, « il lui a appris à marcher, en le tenant par la main : il était pour lui comme un père qui soulève un nourrisson tout contre sa joue, il se penchait vers lui pour lui donner à manger » (cf. Os 11, 3-4).

Jésus a vu en Joseph la tendresse de Dieu : « Comme la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint » (Ps 103, 13).

Joseph aura sûrement entendu retentir dans la synagogue, durant la prière des Psaumes, que le Dieu d’Israël est un Dieu de tendresse,[11] qu’il est bon envers tous et que « sa tendresse est pour toutes ses œuvres » (Ps 145, 9).

L’histoire du salut s’accomplit en « espérant contre toute espérance » (Rm 4, 18), à travers nos faiblesses. Nous pensons trop souvent que Dieu ne s’appuie que sur notre côté bon et gagnant, alors qu’en réalité la plus grande partie de ses desseins se réalise à travers et en dépit de notre faiblesse. C’est ce qui fait dire à saint Paul : « Pour m’empêcher de me surestimer, j’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime. Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse » » (2 Co 12, 7-9).

Si telle est la perspective de l’économie du salut, alors nous devons apprendre à accueillir notre faiblesse avec une profonde tendresse.[12]

Le Malin nous pousse à regarder notre fragilité avec un jugement négatif. Au contraire, l’Esprit la met en lumière avec tendresse. La tendresse est la meilleure manière de toucher ce qui est fragile en nous. Le fait de montrer du doigt et le jugement que nous utilisons à l’encontre des autres sont souvent un signe de l’incapacité à accueillir en nous notre propre faiblesse, notre propre fragilité. Seule la tendresse nous sauvera de l’œuvre de l’Accusateur (cf. Ap 12, 10). C’est pourquoi il est important de rencontrer la Miséricorde de Dieu, notamment dans le Sacrement de la Réconciliation, en faisant une expérience de vérité et de tendresse. Paradoxalement, le Malin aussi peut nous dire la vérité. Mais s’il le fait, c’est pour nous condamner. Nous savons cependant que la Vérité qui vient de Dieu ne nous condamne pas, mais qu’elle nous accueille, nous embrasse, nous soutient, nous pardonne. La Vérité se présente toujours à nous comme le Père miséricordieux de la parabole (cf. Lc 15, 11-32) : elle vient à notre rencontre, nous redonne la dignité, nous remet debout, fait la fête pour nous parce que « mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé » (v. 24).

La volonté de Dieu, son histoire, son projet, passent aussi à travers la préoccupation de Joseph. Joseph nous enseigne ainsi qu’avoir foi en Dieu comprend également le fait de croire qu’il peut agir à travers nos peurs, nos fragilités, notre faiblesse. Et il nous enseigne que, dans les tempêtes de la vie, nous ne devons pas craindre de laisser à Dieu le gouvernail de notre bateau. Parfois, nous voudrions tout contrôler, mais lui regarde toujours plus loin.

3. Père dans l’obéissance

Dieu a aussi révélé à Joseph ses desseins par des songes, de façon analogue à ce qu’il a fait avec Marie quand il lui a manifesté son plan de salut. Dans la Bible, comme chez tous les peuples antiques, les songes étaient considérés comme un des moyens par lesquels Dieu manifeste sa volonté.[13]

Joseph est très préoccupé par la grossesse incompréhensible de Marie : il ne veut pas « l’accuser publiquement »[14] mais décide de « la renvoyer en secret » (Mt 1, 19). Dans le premier songe, l’ange l’aide à résoudre son dilemme : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Mt 1, 20-21). Sa réponse est immédiate : « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit » (Mt 1, 24). Grâce à l’obéissance, il surmonte son drame et il sauve Marie.

Dans le deuxième songe, l’ange demande à Joseph : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr » (Mt 2, 13). Joseph n’hésite pas à obéir, sans se poser de questions concernant les difficultés qu’il devra rencontrer : « Il se leva dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère et se retira en Égypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode » (Mt 2, 14-15).

En Égypte, Joseph, avec confiance et patience, attend l’avis promis par l’ange pour retourner dans son Pays. Le messager divin, dans un troisième songe, juste après l’avoir informé que ceux qui cherchaient à tuer l’enfant sont morts, lui ordonne de se lever, de prendre avec lui l’enfant et sa mère et de retourner en terre d’Israël (cf. Mt 2, 19-20). Il obéit une fois encore sans hésiter : « Il se leva, prit l’enfant et sa mère, et il entra dans le pays d’Israël » (Mt 2, 21).

Mais durant le voyage de retour, « apprenant qu’Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre. Averti en songe, – et c’est la quatrième fois que cela arrive – il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth » (Mt 2, 22-23).

L’évangéliste Luc rapporte que Joseph a affronté le long et pénible voyage de Nazareth à Bethléem pour se faire enregistrer dans sa ville d’origine, selon la loi de recensement de l’empereur César Auguste. Jésus est né dans cette circonstance (cf. Lc 2, 1-7) et il a été inscrit au registre de l’Empire comme tous les autres enfants.

Saint Luc, en particulier, prend soin de souligner que les parents de Jésus observaient toutes les prescriptions de la Loi : les rites de la circoncision de Jésus, de la purification de Marie après l’accouchement, de l’offrande du premier-né à Dieu (cf. 2, 21-24).[15]

Dans chaque circonstance de sa vie, Joseph a su prononcer son « fiat« , tout comme Marie à l’Annonciation, et comme Jésus à Gethsémani.

Dans son rôle de chef de famille, Joseph a enseigné à Jésus à être soumis à ses parents (cf. Lc 2, 51), selon le commandement de Dieu (cf. Ex 20, 12).

Dans la vie cachée de Nazareth, Jésus a appris à faire la volonté du Père à l’école de Joseph. Cette volonté est devenue sa nourriture quotidienne (cf. Jn 4, 34). Même au moment le plus difficile de sa vie, à Gethsémani, il préfère accomplir la volonté du Père plutôt que la sienne,[16] et il se fait « obéissant jusqu’à la mort […] de la croix » (Ph 2, 8). C’est pourquoi l’auteur de la Lettre aux Hébreux conclut que Jésus « apprit parses souffrances l’obéissance » (5, 8).

Il résulte de tous ces événements que Joseph « a été appelé par Dieu à servir directement la personne et la mission de Jésus en exerçant sa paternité. C’est bien de cette manière qu’il coopère dans la plénitude du temps au grand mystère de la Rédemption et qu’il est véritablement ministre du salut ».[17]

4. Père dans l’accueil

Joseph accueille Marie sans fixer de conditions préalables. Il se fie aux paroles de l’Ange. « La noblesse de son cœur lui fait subordonner à la charité ce qu’il a appris de la loi. Et aujourd’hui, en ce monde où la violence psychologique, verbale et physique envers la femme est patente, Joseph se présente comme une figure d’homme respectueux, délicat qui, sans même avoir l’information complète, opte pour la renommée, la dignité et la vie de Marie. Et, dans son doute sur la meilleure façon de procéder, Dieu l’aide à choisir en éclairant son jugement ».[18]

Bien des fois, des évènements dont nous ne comprenons pas la signification surviennent dans notre vie. Notre première réaction est très souvent celle de la déception et de la révolte. Joseph laisse de côté ses raisonnements pour faire place à ce qui arrive et, aussi mystérieux que cela puisse paraître à ses yeux, il l’accueille, en assume la responsabilité et se réconcilie avec sa propre histoire. Si nous ne nous réconcilions pas avec notre histoire, nous ne réussirons pas à faire le pas suivant parce que nous resterons toujours otages de nos attentes et des déceptions qui en découlent.

La vie spirituelle que Joseph nous montre n’est pas un chemin qui explique, mais un chemin qui accueille. C’est seulement à partir de cet accueil, de cette réconciliation, qu’on peut aussi entrevoir une histoire plus grande, un sens plus profond. Semblent résonner les ardentes paroles de Job qui, à l’invitation de sa femme à se révolter pour tout le mal qui lui arrive, répond : « Si nous accueillons le bonheur comme venant de Dieu, comment ne pas accueillir de même le malheur » (Jb 2, 10).

Joseph n’est pas un homme passivement résigné. Il est fortement et courageusement engagé. L’accueil est un moyen par lequel le don de force qui nous vient du Saint Esprit se manifeste dans notre vie. Seul le Seigneur peut nous donner la force d’accueillir la vie telle qu’elle est, de faire aussi place à cette partie contradictoire, inattendue, décevante de l’existence.

La venue de Jésus parmi nous est un don du Père pour que chacun se réconcilie avec la chair de sa propre histoire, même quand il ne la comprend pas complètement.

Ce que Dieu a dit à notre saint : « Joseph, fils de David, ne crains pas » (Mt 1, 20), il semble le répéter à nous aussi : « N’ayez pas peur ! ». Il faut laisser de côté la colère et la déception, et faire place, sans aucune résignation mondaine mais avec une force pleine d’espérance, à ce que nous n’avons pas choisis et qui pourtant existe. Accueillir ainsi la vie nous introduit à un sens caché. La vie de chacun peut repartir miraculeusement si nous trouvons le courage de la vivre selon ce que nous indique l’Évangile. Et peu importe si tout semble déjà avoir pris un mauvais pli et si certaines choses sont désormais irréversibles. Dieu peut faire germer des fleurs dans les rochers. Même si notre cœur nous accuse, il « est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses » (1Jn 3, 20).

Le réalisme chrétien, qui ne rejette rien de ce qui existe, revient encore une fois. La réalité, dans sa mystérieuse irréductibilité et complexité, est porteuse d’un sens de l’existence avec ses lumières et ses ombres. C’est ce qui fait dire à l’apôtre Paul : « Nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien » (Rm 8, 28). Et saint Augustin ajoute : « …même en ce qui est appelé mal (etiam illud quod malum dicitur) ».[19] Dans cette perspective globale, la foi donne un sens à tout évènement, heureux ou triste.

Loin de nous, alors, de penser que croire signifie trouver des solutions consolatrices faciles. La foi que nous a enseignée le Christ est, au contraire, celle que nous voyons en saint Joseph qui ne cherche pas de raccourcis mais qui affronte “les yeux ouverts” ce qui lui arrive en en assumant personnellement la responsabilité.

L’accueil de Joseph nous invite à accueillir les autres sans exclusion, tels qu’ils sont, avec une prédilection pour les faibles parce que Dieu choisit ce qui est faible (cf. 1 Co 1, 27). Il est « père des orphelins, justicier des veuves » (Ps 68, 6) et il commande d’aimer l’étranger.[20] Je veux imaginer que, pour la parabole du fils prodigue et du père miséricordieux, Jésus se soit inspiré des comportements de Joseph (cf. Lc 15, 11-32).

5. Père au courage créatif

Si la première étape de toute vraie guérison intérieure consiste à accueillir sa propre histoire, c’est-à-dire à faire de la place en nous-mêmes y compris à ce que nous n’avons pas choisi dans notre vie, il faut cependant ajouter une autre caractéristique importante : le courage créatif, surtout quand on rencontre des difficultés. En effet, devant une difficulté on peut s’arrêter et abandonner la partie, ou bien on peut se donner de la peine. Ce sont parfois les difficultés qui tirent de nous des ressources que nous ne pensons même pas avoir.

Bien des fois, en lisant les “Évangiles de l’enfance”, on se demande pourquoi Dieu n’est pas intervenu de manière directe et claire. Mais Dieu intervient à travers des évènements et des personnes. Joseph est l’homme par qui Dieu prend soin des commencements de l’histoire de la rédemption. Il est le vrai “miracle” par lequel Dieu sauve l’Enfant et sa mère. Le Ciel intervient en faisant confiance au courage créatif de cet homme qui, arrivant à Bethléem et ne trouvant pas un logement où Marie pourra accoucher, aménage une étable et l’arrange afin qu’elle devienne, autant que possible, un lieu accueillant pour le Fils de Dieu qui vient au monde (cf. Lc 2, 6-7). Devant le danger imminent d’Hérode qui veut tuer l’Enfant, Joseph est alerté, une fois encore en rêve, pour le défendre, et il organise la fuite en Égypte au cœur de la nuit (cf. Mt 2, 13-14).

Une lecture superficielle de ces récits donne toujours l’impression que le monde est à la merci des forts et des puissants. Mais la “bonne nouvelle” de l’Évangile est de montrer comment, malgré l’arrogance et la violence des dominateurs terrestres, Dieu trouve toujours un moyen pour réaliser son plan de salut. Même notre vie semble parfois à la merci des pouvoirs forts. Mais l’Évangile nous dit que, ce qui compte, Dieu réussit toujours à le sauver à condition que nous ayons le courage créatif du charpentier de Nazareth qui sait transformer un problème en opportunité, faisant toujours confiance à la Providence.

Si quelquefois Dieu semble ne pas nous aider, cela ne signifie pas qu’il nous a abandonnés, mais qu’il nous fait confiance, qu’il fait confiance en ce que nous pouvons projeter, inventer, trouver.

Il s’agit du même courage créatif démontré par les amis du paralytique qui le descendent par le toit pour le présenter à Jésus (cf. Lc 5, 17-26). La difficulté n’a pas arrêté l’audace et l’obstination de ces amis. Ils étaient convaincus que Jésus pouvait guérir le malade et « comme ils ne savaient par où l’introduire à cause de la foule, ils montèrent sur le toit et, à travers les tuiles, ils le descendirent avec sa civière, au milieu, devant Jésus. Voyant leur foi, il dit : “Homme, tes péchés te sont remis” » (vv. 19-20). Jésus reconnaît la foi créative avec laquelle ces hommes ont cherché à lui amener leur ami malade.

L’Évangile ne donne pas d’informations concernant le temps pendant lequel Marie, Joseph et l’Enfant restèrent en Égypte. Cependant, ils auront certainement dû manger, trouver une maison, un travail. Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour remplir le silence de l’Évangile à ce propos. La sainte Famille a dû affronter des problèmes concrets comme toutes les autres familles, comme beaucoup de nos frères migrants qui encore aujourd’hui risquent leur vie, contraints par les malheurs et la faim. En ce sens, je crois que saint Joseph est vraiment un patron spécial pour tous ceux qui doivent laisser leur terre à cause des guerres, de la haine, de la persécution et de la misère.

À la fin de chaque événement qui voit Joseph comme protagoniste, l’Évangile note qu’il se lève, prend avec lui l’Enfant et sa mère, et fait ce que Dieu lui a ordonné (cf. Mt 1, 24 ; 2, 14.21). Jésus et Marie sa Mère sont, en effet, le trésor le plus précieux de notre foi.[21]

On ne peut pas séparer, dans le plan du salut, le Fils de la mère, de celle qui « avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l’union avec son Fils jusqu’à la croix ».[22]

Nous devons toujours nous demander si nous défendons de toutes nos forces Jésus et Marie qui sont mystérieusement confiés à notre responsabilité, à notre soin, à notre garde. Le Fils du Tout-Puissant vient dans le monde en assumant une condition de grande faiblesse. Il se fait dépendant de Joseph pour être défendu, protégé, soigné, élevé. Dieu fait confiance à cet homme, comme le fait Marie qui trouve en Joseph celui qui, non seulement veut lui sauver la vie, mais qui s’occupera toujours d’elle et de l’Enfant. En ce sens, Joseph ne peut pas ne pas être le Gardien de l’Église, parce que l’Église est le prolongement du Corps du Christ dans l’histoire, et en même temps dans la maternité de l’Église est esquissée la maternité de Marie.[23] Joseph, en continuant de protéger l’Église, continue de protéger l’Enfant et sa mère, et nous aussi en aimant l’Église nous continuons d’aimer l’Enfant et sa mère.

Cet Enfant est celui qui dira : « Dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25, 40). Ainsi chaque nécessiteux, chaque pauvre, chaque souffrant, chaque moribond, chaque étranger, chaque prisonnier, chaque malade est “l’Enfant” que Joseph continue de défendre. C’est pourquoi saint Joseph est invoqué comme protecteur des miséreux, des nécessiteux, des exilés, des affligés, des pauvres, des moribonds. Et c’est pourquoi l’Église ne peut pas ne pas aimer avant tout les derniers, parce que Jésus a placé en eux une préférence, il s’identifie à eux personnellement. Nous devons apprendre de Joseph le même soin et la même responsabilité : aimer l’Enfant et sa mère ; aimer les Sacrements et la charité ; aimer l’Église et les pauvres. Chacune de ces réalités est toujours l’Enfant et sa mère.

6. Père travailleur

Le rapport avec le travail est un aspect qui caractérise saint Joseph et qui est mis en évidence depuis la première Encyclique sociale, Rerum novarum, de Léon XIII. Saint Joseph était un charpentier qui a travaillé honnêtement pour garantir la subsistance de sa famille. Jésus a appris de lui la valeur, la dignité et la joie de ce que signifie manger le pain, fruit de son travail.

À notre époque où le travail semble représenter de nouveau une urgente question sociale et où le chômage atteint parfois des niveaux impressionnants, y compris dans les nations où pendant des décennies on a vécu un certain bien-être, il est nécessaire de comprendre, avec une conscience renouvelée, la signification du travail qui donne la dignité et dont notre Saint est le patron exemplaire.

Le travail devient participation à l’œuvre même du salut, occasion pour hâter l’avènement du Royaume, développer les potentialités et qualités personnelles en les mettant au service de la société et de la communion. Le travail devient occasion de réalisation, non seulement pour soi-même mais surtout pour ce noyau originel de la société qu’est la famille. Une famille où manque le travail est davantage exposée aux difficultés, aux tensions, aux fractures et même à la tentation désespérée et désespérante de la dissolution. Comment pourrions-nous parler de la dignité humaine sans vouloir garantir, à tous et à chacun, la possibilité d’une digne subsistance ?

La personne qui travaille, quel que soit sa tâche, collabore avec Dieu lui-même et devient un peu créatrice du monde qui nous entoure. La crise de notre époque, qui est une crise économique, sociale, culturelle et spirituelle, peut représenter pour tous un appel à redécouvrir la valeur, l’importance et la nécessité du travail pour donner naissance à une nouvelle “normalité” dont personne n’est exclu. Le travail de saint Joseph nous rappelle que Dieu lui-même fait homme n’a pas dédaigné de travailler. La perte du travail qui frappe de nombreux frères et sœurs, et qui est en augmentation ces derniers temps à cause de la pandémie de la Covid-19, doit être un rappel à revoir nos priorités. Implorons saint Joseph travailleur pour que nous puissions trouver des chemins qui nous engagent à dire : aucun jeune, aucune personne, aucune famille sans travail !

7. Père dans l’ombre

L’écrivain polonais Jan Dobraczyński, dans son livre L’ombre du Père,[24] a raconté la vie de saint Joseph sous forme de roman. Avec l’image suggestive de l’ombre il définit la figure de Joseph qui est pour Jésus l’ombre sur la terre du Père Céleste. Il le garde, le protège, ne se détache jamais de lui pour suivre ses pas. Pensons à ce que Moïse rappelle à Israël : « Tu l’as vu aussi au désert : Yahvé ton Dieu te soutenait comme un homme soutient son fils » (Dt 1, 31). C’est ainsi que Joseph a exercé la paternité pendant toute sa vie.[25]

On ne naît pas père, on le devient. Et on ne le devient pas seulement parce qu’on met au monde un enfant, mais parce qu’on prend soin de lui de manière responsable. Toutes les fois que quelqu’un assume la responsabilité de la vie d’un autre, dans un certain sens, il exerce une paternité à son égard.

Dans la société de notre temps, les enfants semblent souvent être orphelins de père. Même l’Église d’aujourd’hui a besoin de pères. L’avertissement de saint Paul aux Corinthiens est toujours actuel : « Auriez-vous des milliers de pédagogues dans le Christ, vous n’avez pas plusieurs pères » (1 Co 4, 15). Chaque prêtre ou évêque devrait pouvoir dire comme l’apôtre : « C’est moi qui, par l’Évangile, vous ai engendrés dans le Christ Jésus » (ibid.). Et aux Galates il dit : « Mes petits-enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous » (4, 19).

Être père signifie introduire l’enfant à l’expérience de la vie, à la réalité. Ne pas le retenir, ne pas l’emprisonner, ne pas le posséder, mais le rendre capable de choix, de liberté, de départs. C’est peut-être pourquoi, à côté du nom de père, la tradition a qualifié Joseph de “très chaste”. Ce n’est pas une indication simplement affective, mais c’est la synthèse d’une attitude qui exprime le contraire de la possession. La chasteté est le fait de se libérer de la possession dans tous les domaines de la vie. C’est seulement quand un amour est chaste qu’il est vraiment amour. L’amour qui veut posséder devient toujours à la fin dangereux, il emprisonne, étouffe, rend malheureux. Dieu lui-même a aimé l’homme d’un amour chaste, en le laissant libre même de se tromper et de se retourner contre lui. La logique de l’amour est toujours une logique de liberté, et Joseph a su aimer de manière extraordinairement libre. Il ne s’est jamais mis au centre. Il a su se décentrer, mettre au centre de sa vie Marie et Jésus.

Le bonheur de Joseph n’est pas dans la logique du sacrifice de soi, mais du don de soi. On ne perçoit jamais en cet homme de la frustration, mais seulement de la confiance. Son silence persistant ne contient pas de plaintes mais toujours des gestes concrets de confiance. Le monde a besoin de pères, il refuse les chefs, il refuse celui qui veut utiliser la possession de l’autre pour remplir son propre vide ; il refuse ceux qui confondent autorité avec autoritarisme, service avec servilité, confrontation avec oppression, charité avec assistanat, force avec destruction. Toute vraie vocation naît du don de soi qui est la maturation du simple sacrifice. Ce type de maturité est demandé même dans le sacerdoce et dans la vie consacrée. Là où une vocation matrimoniale, célibataire ou virginale n’arrive pas à la maturation du don de soi en s’arrêtant seulement à la logique du sacrifice, alors, au lieu de se faire signe de la beauté et de la joie de l’amour elle risque d’exprimer malheur, tristesse et frustration.

La paternité qui renonce à la tentation de vivre la vie des enfants ouvre toujours tout grand des espaces à l’inédit. Chaque enfant porte toujours avec soi un mystère, un inédit qui peut être révélé seulement avec l’aide d’un père qui respecte sa liberté. Un père qui est conscient de compléter son action éducative et de vivre pleinement la paternité seulement quand il s’est rendu “inutile”, quand il voit que l’enfant est autonome et marche tout seul sur les sentiers de la vie, quand il se met dans la situation de Joseph qui a toujours su que cet Enfant n’était pas le sien mais avait été simplement confié à ses soins. Au fond, c’est ce que laisse entendre Jésus quand il dit : « N’appelez personne votre Père sur la terre : car vous n’en avez qu’un, le Père céleste » (Mt 23, 9).

Chaque fois que nous nous trouvons dans la condition d’exercer la paternité, nous devons toujours nous rappeler qu’il ne s’agit jamais d’un exercice de possession, mais d’un “signe” qui renvoie à une paternité plus haute. En un certain sens, nous sommes toujours tous dans la condition de Joseph : une ombre de l’unique Père céleste qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5, 45) ; et une ombre qui suit le Fils.

*.*.*

« Lève-toi, prends avec toi l’enfant et sa mère » (Mt 2, 13), dit Dieu à saint Joseph.

Le but de cette Lettre Apostolique est de faire grandir l’amour envers ce grand saint, pour être poussés à implorer son intercession et pour imiter ses vertus et son élan.

En effet, la mission spécifique des saints est non seulement d’accorder des miracles et des grâces, mais d’intercéder pour nous devant Dieu, comme l’ont fait Abraham[26] et Moïse,[27] comme le fait Jésus, « unique médiateur » (1 Tm 2, 5) qui est auprès de Dieu Père notre « avocat » (1 Jn 2, 1), « toujours vivant pour intercéder en [notre] faveur » (He 7, 25 ; cf. Rm 8, 34).

Les saints aident tous les fidèles « à chercher la sainteté et la perfection propres à leur état ».[28] Leur vie est une preuve concrète qu’il est possible de vivre l’Évangile.

Jésus a dit : « Mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29), et eux sont à leur tour des exemples de vie à imiter. Saint Paul a explicitement exhorté : « Montrez-vous mes imitateurs » (1 Co 4, 16).[29] Saint Joseph le dit à travers son silence éloquent.

Devant l’exemple de tant de saints et de saintes, saint Augustin s’est demandé : « Ce que ceux-ci et celles-ci ont pu faire, tu ne le pourrais pas ? ». Et il a ainsi obtenu la conversion définitive en s’exclamant : « Bien tard, je t’ai aimée, ô Beauté si ancienne et si nouvelle! ».[30]

Il ne reste qu’à implorer de saint Joseph la grâce des grâces : notre conversion.

Nous lui adressons notre prière :

Salut, gardien du Rédempteur,
époux de la Vierge Marie.

À toi Dieu a confié son Fils ;
en toi Marie a remis sa confiance ;
avec toi le Christ est devenu homme.
O bienheureux Joseph,
montre-toi aussi un père pour nous,
et conduis-nous sur le chemin de la vie.
Obtiens-nous grâce, miséricorde et courage,
et défends-nous de tout mal. Amen.

Donné à Rome, Saint Jean de Latran, le 8 décembre, Solennité de l’Immaculée Conception de la B.V. Marie, de l’année 2020, la huitième de mon Pontificat.

FRANÇOIS

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6 décembre 2020 7 06 /12 /décembre /2020 21:33
Angélus du 6 décembre 2020 ©Vatican Media

Angélus du 6 décembre 2020 ©Vatican Media

Angélus : « prie, marche », pour sortir du « découragement »

Méditation du pape François (Traduction intégrale)

 

« Non, je n’y arrive pas, je commence un peu et puis je rebrousse chemin »… quand vient le « découragement » sur le chemin de la conversion, le pape François invite à prier et marcher.

A l’angélus de ce 6 décembre 2020 qu’il présidait place Saint-Pierre, le pape a exhorté à sortir des « sables mouvants d’une existence médiocre », par deux attitudes : détachement vis-à-vis des choses mondaines et recherche de Dieu et de son Royaume.

L’abandon du confort et de la mentalité mondaine, a-t-il souligné dans sa méditation, « n’est pas une fin en soi, ce n’est pas une ascèse pour faire pénitence, le chrétien n’est pas un fakir, c’est une autre chose : le détachement (…) vise la réalisation de quelque chose de plus grand, c’est-à-dire le royaume de Dieu, la communion avec Dieu, l’amitié avec Dieu ».

Il a mis en garde contre « les choses qui nous relient au péché » : « l’inconstance, le découragement, la méchanceté, les environnements nocifs, les mauvais exemples ».

« Nous nous convertissons vraiment dans la mesure où nous nous ouvrons à la beauté, à la bonté, à la tendresse de Dieu », a encore affirmé le pape.

Voici notre traduction de ses paroles.

Paroles du pape François

Chers frères et sœurs, bonjour !

L’Evangile de ce dimanche (Mc 1,1-8) présente la figure et l’œuvre de Jean le Baptiste. Il a indiqué à ses contemporains un itinéraire de foi semblable à ce que l’Avent propose, à nous qui nous préparons à recevoir le Seigneur à Noël. Cet itinéraire de foi est un chemin de conversion. Que signifie le mot “conversion” ? Dans la Bible cela veut dire d’abord changer de direction et d’orientation ; et donc aussi changer notre façon de penser. Dans la vie morale et spirituelle, se convertir signifie se tourner du mal vers le bien, du péché vers l’amour de Dieu. C’est ce qu’enseignait le Baptiste, qui dans le désert de Judée « proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés » (v. 4).

Recevoir le baptême était un signe extérieur et visible de la conversion de ceux qui écoutaient sa prédication et qui se décidaient à faire pénitence. Ce baptême advenait par l’immersion dans l’eau du Jourdain, mais il était inutile s’il n’y avait pas de volonté de se repentir et de changer de vie. La conversion comporte la douleur pour les péchés commis, le désir de s’en libérer, la résolution de les exclure pour toujours de sa vie. Pour exclure le péché, il faut refuser aussi tout ce qui est lié à lui, les choses qui sont liées au péché : il faut refuser la mentalité mondaine, l’estime excessive des conforts, du plaisir, du bien-être, des richesses. Un exemple de ce détachement nous est donné encore une fois dans l’Evangile d’aujourd’hui, dans la figure de Jean le Baptiste : un homme austère, qui renonce au superflu et recherche l’essentiel. C’est le premier aspect de la conversion : détachement du péché et de la mondanité. Commencer un chemin de détachement vis-à-vis de ces choses.

L’autre aspect de la conversion est la fin du chemin, qui est la recherche de Dieu et de son royaume. Détachement vis-à-vis des choses mondaines et recherche de Dieu et de son Royaume. L’abandon du confort et de la mentalité mondaine n’est pas une fin en soi, ce n’est pas une ascèse pour faire pénitence, le chrétien n’est pas un fakir, c’est une autre chose : le détachement n’est pas une fin en soi, il vise la réalisation de quelque chose de plus grand, c’est-à-dire le royaume de Dieu, la communion avec Dieu, l’amitié avec Dieu. Mais cela n’est pas facile, parce qu’il y a tant de liens qui nous relient au péché. Ce n’est pas facile, la tentation nous tire toujours vers le bas. Les choses qui nous relient au péché sont l’inconstance, le découragement, la méchanceté, les environnements nocifs, les mauvais exemples. Parfois l’élan que nous ressentons pour le Seigneur est trop faible et il semble presque que Dieu se taise ; ses promesses de consolation, comme l’image du pasteur attentif et prompt, qui résonne aujourd’hui dans la lecture d’Isaïe (cf. Is 40,1.11), nous semblent lointaines et irréelles. Et alors l’on est tenté de dire qu’il est impossible de se convertir vraiment. Combien de fois avons-nous senti ce découragement : « Non, je n’y arrive pas, je commence un peu et puis je rebrousse chemin », et cela est mauvais. Mais c’est possible. Quand te vient le découragement, ne reste pas là car ce sont des “sables mouvants”, les sables mouvants d’une existence médiocre. C’est cela la médiocrité.

Que peut-on faire dans ces cas, quand on voudrait avancer mais que l’on sent qu’on n’y arrive pas ? Avant tout, nous souvenir que la conversion est une grâce, personne ne peut se convertir par ses propres forces, c’est une grâce que te donne le Seigneur, donc demande à Dieu la force, demande à Dieu qu’il te convertisse. Nous nous convertissons vraiment dans la mesure où nous nous ouvrons à la beauté, à la bonté, à la tendresse de Dieu. Pensez à la tendresse de Dieu. Dieu n’est pas un père mauvais, un père méchant, il est tendre, il nous aime tant, comme le Bon Pasteur qui cherche le petit dernier de son troupeau. Il est amour, et la conversion, c’est une grâce de Dieu : commence à marcher, parce que c’est lui te met sur ce chemin, et tu verras qu’il arrivera. Prie, marche, et tu feras toujours un pas en avant.

Que la Très Sainte Vierge, que nous célébrerons après-demain comme l’Immaculée, nous aide à nous détacher toujours plus du péché et des mondanités, pour nous ouvrir à Dieu, à sa parole, à son amour qui régénère et qui sauve.

Traduction de Zenit, Anne Kurian-Montabone

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4 décembre 2020 5 04 /12 /décembre /2020 19:02
 
 
 
 
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Un calendrier de l'Avent sur les mobiles, 27 novembre 2020


Télécharger  Un calendrier de l'Avent catholique dans votre poche ! Article de la CEF du 25.11.2020

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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 11:40
Angélus 29 nov. 2020, capture @ Vatican Media

Angélus 29 nov. 2020, capture @ Vatican Media

Avent: cette intuition dans le coeur qui révèle la présence de Dieu

« Dieu nous tend toujours la main et nous libère des menaces »

 

C’est parfois seulement une intuition venue dans le coeur qui révèle sa présence, sa proximité, sa venue, explique le pape François.

« Le Seigneur vient toujours »: le pape François a commenté les lectures de la messe de ce premier dimanche de l’Avent 2020, premier jour de l’année liturgique, ce dimanche 29 novembre 2020, à l’angélus de midi, place Saint-Pierre.

Notre traduction, rapide, de travail, des paroles du pape François prononcées en italien se trouve ici.

Soulignant que l’Avent est un temps d’attente de Dieu, le pape a insisté sur la foi dans cette triple venue: la venue historique de Dieu dans l’Enfant de Bethléem, la venue de Dieu dans la vie de tout homme, au long de l’histoire, et sa venue en gloire à la fin des temps.

Surtout le pape a invité à veiller puisque Dieu vient chaque jour dans la vie de chacun  rendant chacun capable de bien agir: « Le Seigneur vient chaque jour, afin que, par sa grâce, nous puissions faire du bien dans notre vie et dans celle des autres. »

C’est pourquoi le pape a insisté sur la persévérance dans l’attitude de veille: « Notre Dieu est un Dieu-qui-vient – ne l’oubliez pas: Dieu est un Dieu qui vient, qui vient continuellement -: Il ne déçoit pas notre attente! Il ne déçoit jamais le Seigneur. Il nous fera peut-être attendre, il nous fera attendre un moment dans l’obscurité pour laisser mûrir notre espérance, mais il ne déçoit jamais. Le Seigneur vient toujours, il est toujours à côté de nous. Parfois, il ne se fait pas voir pas, mais il vient toujours. »

Mais comment vient-Il ? Ce peut être par une intuition, une idée qui surgit dans le coeur: « Savez-vous écouter le Seigneur qui frappe, qui est venu aujourd’hui vous visiter, qui frappe au cœur avec une inquiétude, avec une idée, avec une inspiration? » Le pape a donc invité à être attentif à « ce que vous ressentez dans votre cœur ».

C’est pourquoi le pape a exhorté à une attente « confiante », pleine de « courage » et d’ « espérance ».

« L’Avent est un appel incessant à l’espérance: il nous rappelle que Dieu est présent dans l’histoire pour la conduire à sa fin ultime pour la conduire à sa plénitude, qui est le Seigneur, le Seigneur Jésus-Christ. Dieu est présent dans l’histoire de l’humanité, il est «Dieu avec nous», Dieu n’est pas loin, il est toujours avec nous », déclare encore le pape.

« Au milieu des tempêtes de la vie, Dieu nous tend toujours la main et nous libère des menaces. C’est beau cela! », s’est exclamé le pape François.

Le pape a conclu en demandant l’intercession de la Vierge Marie: « Que la Très Sainte Vierge Marie, femme de l’attente, accompagne nos pas dans cette nouvelle année liturgique que nous commençons, et qu’elle nous aide à accomplir la tâche des disciples de Jésus, indiquée par l’apôtre Pierre. Et quelle est cette tâche? Rendre compte de l’espérance qui est en nous. »

Marie Mater Ecclesiae/Totus tuus, capture @ Vatican

Marie Mater Ecclesiae/Totus tuus, capture @ Vatican

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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 18:36
Messe du Christ Roi, 22 novembre 2020 © Vatican Media

Messe du Christ Roi, 22 novembre 2020 © Vatican Media

Messe du Christ Roi : faire des choix « forts, décisifs, éternels », non pas « banals »

Pour vivre et non pas vivoter (Homélie du pape)

La vie « est le temps des choix forts, décisifs, éternels », affirme le pape François qui exhorte à poser « des grands choix » et non pas « des choix banals » qui « mènent à une vie banale ». « Nous ne sommes pas faits pour rêver des vacances ou de la fin de semaine, mais pour réaliser les rêves de Dieu en ce monde », a-t-il encore souligné durant la messe qu’il célébrait ce 22 novembre 2020 pour la solennité du Christ Roi de l’univers.

Lors de cette fête concluant l’année liturgique, le pape François a une nouvelle fois invité à pratiquer les œuvres de miséricorde, au centre de l’Evangile du jour : ce sont « les plus belles œuvres de la vie. Si tu as des rêves de vraie gloire, non pas la gloire du monde qui va et vient, mais de la gloire de Dieu, telle est la route ».

Et de mettre en garde, depuis la basilique Saint-Pierre : « Nous devenons ce que nous choisissons, en bien ou en mal. Si nous choisissons de voler nous devenons des voleurs, si nous choisissons de penser à nous-mêmes nous devenons égoïstes, si nous choisissons de haïr nous devenons colériques, si nous choisissons de passer des heures devant le téléphone portable nous devenons dépendants. »

En revanche, a ajouté le pape François, « si nous choisissons Dieu nous devenons chaque jour plus aimés et si nous choisissons d’aimer nous devenons heureux… si nous vivons fermés et indifférents nous restons paralysés, mais si nous nous dépensons pour les autres, nous devenons libres ». C’est en effet « le secret de la vie : on ne la possède qu’en la donnant ».

Au fil de sa méditation, le pape a invité à « ne pas rester accrochés aux pourquoi de la vie en attendant qu’une réponse arrive du Ciel » : « Non, l’amour pousse à passer des pourquoi au pour qui, du pourquoi je vis au pour qui je vis, du pourquoi il m’arrive ceci au pour qui puis-je faire du bien. »

Au lieu de « passer des années à penser à nous-mêmes sans commencer à aimer », il a donné le conseil de l’écrivain italien Alessandro Manzoni (1785-1873) : « On devrait penser plus à faire le bien, qu’à se sentir bien : et ainsi on finirait aussi par se sentir mieux. » Il a conclu en formulant le dilemme du « choix quotidien » : non pas « qu’est-ce qui me va de faire ? » mais « qu’est ce qui me fait du bien ? »… pour « vivre et non pas vivoter ».

Au terme de la célébration en petit comité, étant données les restrictions sanitaires, des représentants des jeunes du Panama – où ont eu lieu les Journées mondiales de la jeunesse en 2019 – ont remis la croix et l’icône des JMJ à des jeunes du Portugal, où auront lieu les JMJ de 2023, à Lisbonne.

Homélie du pape François

La page d’Evangile que nous venons d’écouter est la dernière de l’Evangile de Matthieu avant la Passion : avant de nous donner son amour sur la croix, Jésus nous confie ses dernières volontés. Il nous dit que le bien que nous ferons à l’un des plus petits de ses frères – affamés, assoiffés, étrangers, nécessiteux, malades, prisonniers – sera fait à lui (cf. Mt 25, 37-40). Le Seigneur nous remet ainsi la liste des dons qu’il désire pour les noces éternelles avec nous au Ciel.

Ce sont les œuvres de miséricorde, qui rendent éternelle notre vie. Chacun d’entre nous peut se demander : est-ce que je les mets en pratique ? Est-ce que je fais quelque chose pour celui qui se trouve dans le besoin ? Ou bien est-ce que je fais seulement du bien aux personnes chères et aux amis ? Est-ce que j’aide quelqu’un qui ne peut pas me le rendre ? Suis-je ami d’une personne pauvre ? « Moi je suis là », te dis Jésus, « je t’attends là, où tu ne t’imagines pas et où peut-être tu ne voudrais même pas regarder, là dans les pauvres ». Moi je suis là, où la pensée dominante, selon laquelle la vie va bien si elle me va, n’y trouve pas intérêt. Je suis là, dit Jésus à toi aussi, jeune qui cherche à réaliser les rêves de la vie.

Je suis là, disait Jésus, il y a des siècles, à un jeune soldat. C’était un jeune de dix-huit ans qui n’était pas encore baptisé. Un jour il vit un pauvre qui demandait de l’aide aux gens, mais il n’en recevait pas, parce que « tous passaient outre ». Et ce jeune, « voyant que les autres n’étaient pas émus de compassion, comprit que ce pauvre lui avait été réservé ». Cependant, il n’avait rien avec lui, seulement son uniforme de service. Il coupa alors son manteau et en donna la moitié au pauvre, en subissant les rires moqueurs de certains aux alentours. La nuit suivante il fit un rêve : il vit Jésus, revêtu de la partie du manteau dont il avait enveloppé le pauvre. Et il l’entendit dire : « Martin, m’a couvert avec ce vêtement » (cf. SULPICIO SEVERO, Vita Martini, III). Saint Martin était un jeune qui a fait ce rêve par ce qu’il l’avait vécu, même sans le savoir, comme les justes de l’Evangile d’aujourd’hui.

Chers jeunes, chers frères et sœurs, ne renonçons pas aux grands rêves. Ne nous contentons pas de ce qui est dû. Le Seigneur ne veut pas que nous rétrécissions les horizons, il ne nous veut pas garés sur les côtés de la vie, mais en marche vers de grands objectifs, avec joie et audace. Nous ne sommes pas faits pour rêver des vacances ou de la fin de semaine, mais pour réaliser les rêves de Dieu en ce monde. Il nous a rendus capables de rêver afin d’embrasser la beauté de la vie. Et les œuvres de miséricorde sont les plus belles œuvres de la vie. Si tu as des rêves de vraie gloire, non pas la gloire du monde qui va et vient, mais de la gloire de Dieu, telle est la route. Parce que les œuvres de miséricorde rendent gloire à Dieu plus que tout autre chose. … Nous serons jugés à la fin sur les œuvres de miséricorde.

Mais d’où part-on pour réaliser les grands rêves ? Des grands choix. L’Evangile aujourd’hui nous parle aussi de cela. En effet, au moment du jugement dernier, le Seigneur se base sur nos choix. Il semble presque ne pas juger : il sépare les brebis des boucs, mais être bons ou mauvais dépend de nous. Il tire seulement les conséquences de nos choix, il les met au jour et les respecte.

La vie, alors, est le temps des choix forts, décisifs, éternels. Des choix banals mènent à une vie banale, des grands choix rendent grande la vie. En effet, nous devenons ce que nous choisissons, en bien ou en mal. Si nous choisissons de voler nous devenons des voleurs, si nous choisissons de penser à nous-mêmes nous devenons égoïstes, si nous choisissons de haïr nous devenons colériques, si nous choisissons de passer des heures devant le téléphone portable nous devenons dépendants.

Mais si nous choisissons Dieu nous devenons chaque jour plus aimés et si nous choisissons d’aimer nous devenons heureux. Oui, parce que la beauté des choix dépend de l’amour. Jésus sait que si nous vivons fermés et indifférents nous restons paralysés, mais si nous nous dépensons pour les autres, nous devenons libres. Le Seigneur de la vie nous veut pleins de vie et nous donne le secret de la vie : on ne la possède qu’en la donnant (…). Mais il y a des obstacles qui rendent les choix difficiles : souvent la crainte, l’insécurité, les pourquoi sans réponse. Cependant, l’amour demande d’aller plus loin, de ne pas rester accrochés aux pourquoi de la vie en attendant qu’une réponse arrive du Ciel. Non, l’amour pousse à passer des pourquoi au pour qui, du pourquoi je vis au pour qui je vis, du pourquoi il m’arrive ceci au pour qui puis-je faire du bien. Pour qui ? Non seulement pour moi : la vie est déjà pleine de choix que nous faisons pour nous-mêmes, pour avoir un diplôme d’études, des amis, une maison, pour satisfaire ses hobby et ses intérêts. Mais nous risquons de passer des années à penser à nous-mêmes sans commencer à aimer. Manzoni a donné un bon conseil : « On devrait penser plus à faire le bien, qu’à se sentir bien : et ainsi on finirait aussi par se sentir mieux » (Les fiancés, chap. XXXVIII).

Mais il n’y a pas que les doutes et les pourquoi qui minent les grands choix généreux, il y a tant d’autres obstacles. Il y a la fièvre de la consommation, qui empoisonne le cœur de choses superflues. Il y’a l’obsession du divertissement, qui semble être l’unique voie pour s’évader des problèmes et pourtant il n’est qu’un report du problème. Il y a le fait de se fixer sur ses droits à réclamer, en oubliant le devoir d’aider. Et puis il y a la grande illusion sur l’amour, qui semble être quelque chose à vivre à coup d’émotions, alors qu’aimer est avant tout don, choix et sacrifice. Choisir, surtout aujourd’hui, c’est ne pas se faire domestiquer par l’homologation, c’est ne pas se laisser anesthésier par les mécanismes des consommations qui désactivent l’originalité, c’est savoir renoncer aux apparence et au paraître. Choisir la vie, c’est lutter contre la mentalité du utiliser-et-jeter et du tout-et-tout-de-suite, pour piloter l’existence vers l’arrivée au Ciel, vers les rêves de Dieu.

Chaque jour, de nombreux choix se présentent à notre cœur. Je voudrais vous donner un dernier conseil pour vous entrainer à bien choisir. Si nous regardons au dedans nous, nous voyons que souvent deux questions différentes surgissent en nous. L’une est : qu’est-ce qui me va de faire ? C’est une question qui souvent trompe, parce qu’elle insinue que l’important c’est de penser à soi-même et satisfaire toutes les envies et les pulsions qui viennent. Mais la question que l’Esprit Saint suggère au cœur en est une autre : non pas qu’est-ce qui te va ? mais qu’est ce qui te fait du bien ? C’est ici que se trouve le choix quotidien, qu’est-ce qui me va de faire ou qu’est ce qui me fait du bien ? De cette recherche intérieure, peuvent naître des choix banals ou des choix de vie. Regardons Jésus, demandons-lui le courage de choisir ce qui nous fait du bien, pour cheminer à sa suite, dans la voie de l’amour. Et trouver la joie. Pour vivre et non pas vivoter.

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19 novembre 2020 4 19 /11 /novembre /2020 18:52
 
 
 
 
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L'économie de François du 19 au 21 novembre 2020



Une rencontre internationale de jeunes actifs, entrepreneurs, engagés pour un autre modèle économique, centré sur l’humain, la sobriété, le bien commun ; pour doter l’économie d’une « âme », selon le mot du Pape. L’événement « L’Économie de François », à l’origine prévu sur les terres de saint François à Assise en Italie, se tient en visioconférence du 19 au 21 novembre.

Télécharger

-  L'économie de François : l'urgence de la sobriété et du ralentissement - Vatican News 18.11.2020
-  Pour une économie plus juste et fraternelle - CEF - 16.11.2020
-  L'économie de François : oeuvrer pour une nouvelle économie - CEF 16.11.2020

-  L'économie de François, pour donner une nouvelle âme à l'économie mondiale - Vatican News 27.10.2020

en savoir plus sur le site The Economy of Francesco
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18 novembre 2020 3 18 /11 /novembre /2020 20:55
Audience du 18 nov. 2020, capture @Vatican Media

Audience du 18 nov. 2020, capture @Vatican Media

« La prière sait apaiser l’inquiétude, la transformer en disponibilité »

« Marie, femme de prière »: c’est le thème de cette nouvelle catéchèse hebdomadaire du pape François sur la prière, ce mercredi 18 novembre 2020, depuis la bibliothèque privée du palais apostolique du Vatican, en raison des restrictions sanitaires.

Le pape a souligné le « dialogue » de la Vierge Marie avec Dieu: « Marie, la jeune fille de Nazareth, qui est en dialogue permanent avec Dieu, est pleine de grâce et immaculée dès sa conception. »

Le pape a souligné sa « docilité » spirituelle et sa « disponibilité » caractéristique, comme conditions nécessaires pour l’accomplissement de sa vocation, qui a une dimension pour ainsi dire cosmique: « Avec docilité et disponibilité, elle prépare les grands évènements qui impliquent Dieu dans le monde. Son “Me voici”, petit et immense, fait tressaillir de joie la création tout entière. »

Le pape recommande aux baptisés une « ouverture » semblable dans la prière: « Il n’y a pas de meilleure façon de prier que de se mettre comme Marie dans une attitude d’ouverture. »

Pour le pape, cette attitude transforme le priant: « La prière sait apaiser l’inquiétude, sait la transformer en disponibilité. »

Le pape a aussi souligné la dimension de la maternité de Marie dilatée en quelque sorte aux dimensions de l’humanité »Marie accompagne en prière toute la vie de Jésus, jusqu’à sa mort et sa résurrection ; et finalement elle accompagne les débuts de l’Eglise naissante. Sa prière précède l’avenir : par l’œuvre de l’Esprit Saint elle est devenue Mère de Dieu et Mère de l’Eglise. »

« Chez la Vierge Marie, l’intuition féminine naturelle est exaltée par son union très particulière avec Dieu dans la prière. C’est la voix de Dieu qui guide ses pas là où l’on a besoin de sa présence. Marie garde tout dans son cœur et apporte tout dans son dialogue avec Dieu », a conclu le pape.

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17 novembre 2020 2 17 /11 /novembre /2020 21:42
communiqué de Presse de la CEF, suite à la rencontre avec le Premier Ministre

Paris, le 16 novembre 2020

SUITE À LA RENCONTRE AVEC LE PREMIER MINISTRE ET LE MINISTRE DE LINTÉRIEUR DU16 NOVEMBRE 2020

Ce lundi 16 novembre 2020, Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF) et le Père Hugues de Woillemont, Secrétaire général de la CEF ont rencontré,avec les autres représentants des cultes, le Premier Ministre Monsieur Jean Castex et Monsieur Gérald Darmanin, Ministre de lIntérieur,afin d’étudier les éventuelles évolutions des modalités d’exercice du culte dans le contexte sanitaire présent. Cette concertation s’inscrivait dans le calendrier rappelé par le Conseil d’État dans sa décision rendue le 7 novembre 2020.Le Premier Ministre a fermement redit que les conditions sanitaires ne permettaient pas aujourd’hui une reprise des célébrations publiques.Il a chargé le ministre de lIntérieur de préparer sans tarder, en lien avec les représentants des cultes, les protocoles nécessaires à une reprise maîtrisée à partir du 1er décembre selon ce que les conditions sanitaires permettraient.La CEF a déjà présenté au Ministre de lIntérieur un protocole sanitaire détaillé en vue notamment de la reprise des messes en public dans les meilleures conditions de sécurité.Seront également présentées les conditions de reprise dautres activités pastorales en «présentiel»(catéchisme, aumônerie, Conseils...). Le Premier Ministre a rappelé la volonté du gouvernement dobtenir des conditions sanitaires les meilleures pour le temps de Noël. Comme les autres représentants des cultes présents, Monseigneur Éric de Moulins-Beaufort et le Père Hugues de Woillemont ont exprimé la forte attente des fidèles.La CEF mesure la déception et limpatience de beaucoup de fidèles mais les catholiques sauront tenir dans cette attente et cette privation.Le gouvernement assume ses responsabilités à légard de la situation sanitaire du pays et nous devons tous accepter den être des acteurs.En respectant ces mesures sanitaires, lÉglise participe de leffort national de lutte contre lépidémie.

file:///C:/Users/PROPIT~1/AppData/Local/Temp/16.11.2020_-_communique-rencontre-pm-vdef.pdf

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