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15 novembre 2020 7 15 /11 /novembre /2020 19:10
Repas de fête pour les pauvres 29/6/2018 © Adam Trojanek, Church in Poland

Repas de fête pour les pauvres 29/6/2018 © Adam Trojanek, Church in Poland

Journée mondiale des pauvres 2020: message du pape François (texte complet)

«Tends ta main au pauvre»

novembre 15, 2020 13:22

« Tends ta main au pauvre »  : voici le texte complet du message du pape François pour la IVe Journée mondiale des pauvres, dimanche prochain, 15 novembre 2020.

Et le tweet publié par le pape sur son compte @Pontifex_fr, ce jeudi 12 novembre, jour de la présentation des la Journée mondiale par Mgr Fisichella:

« La générosité qui soutient le faible, console l’affligé, apaise les souffrances, restitue la dignité à ceux qui en sont privés, est en fait la condition d’une vie pleinement humaine. #JournéeMondialedesPauvres »

MESSAGE DU PAPE FRANÇOIS

4ème JOURNÉE MONDIALE DES PAUVRES

15 novembre 2020, 33ème dimanche du Temps Ordinaire

« Tends ta main au pauvre » (Siracide 7, 32)

« Tends ta main au pauvre » (Si 7, 32). La sagesse antique a fait de ces mots comme un code sacré à suivre dans la vie. Ils résonnent encore aujourd’hui, avec tout leur poids de signification, pour nous aider, nous aussi, à concentrer notre regard sur l’essentiel et à surmonter les barrières de l’indifférence. La pauvreté prend toujours des visages différents qui demandent une attention à chaque condition particulière : dans chacune d’elles, nous pouvons rencontrer le Seigneur Jésus qui a révélé sa présence dans ses frères les plus faibles (cf. Mt 25, 40).

1. Prenons entre les mains le texte du Livre de Ben Sira, un des livres de l’Ancien Testament. Nous y trouvons les paroles d’un maître de sagesse qui a vécu environ deux cents ans avant le Christ. Il était en recherche de la sagesse, celle qui rend les hommes meilleurs et capables de scruter à fond les événements de la vie. Il le faisait à un moment de dure épreuve pour le peuple d’Israël, un temps de douleur, de deuil et de misère, à cause de la domination de puissances étrangères. Étant un homme de grande foi, enraciné dans les traditions des pères, sa première pensée était de s’adresser à Dieu pour lui demander le don de la sagesse. Et l’aide du Seigneur ne lui manqua pas.

Dès les premières pages, le Livre de Ben Sira donne des conseils sur de nombreuses situations concrètes de la vie, et la pauvreté en est une. Il insiste sur le fait que, dans le besoin, il faut avoir confiance en Dieu : «Ne t’agite pas à l’heure de l’adversité. Attache-toi au Seigneur, ne l’abandonne pas, afin d’être comblé dans tes derniers jours. Toutes les adversités, accepte-les ; dans les revers de ta pauvre vie, sois patient ; car l’or est vérifié par le feu, et les hommes agréables à Dieu par le creuset de l’humiliation. Dans les maladies comme dans le dénuement, aie foi en lui. Mets ta confiance en lui, et il te viendra en aide ; rends tes chemins droits, et mets en lui ton espérance. Vous qui craignez le Seigneur, comptez sur sa miséricorde, ne vous écartez pas du chemin, de peur de tomber. » (2, 2-7).

2. Page après page, nous découvrons un précieux recueil de suggestions sur la façon d’agir à la lumière d’une relation intime avec Dieu, créateur et amant de sa création, juste et providentiel envers tous ses enfants. La référence constante à Dieu, cependant, n’empêche pas de regarder l’homme concret, bien au contraire, les deux choses sont étroitement liées.

Ceci est clairement démontré par l’extrait biblique dont le titre de ce Message est tiré (cf. 7, 29-36). La prière à Dieu et la solidarité avec les pauvres et les souffrants sont inséparables. Pour célébrer un culte qui soit agréable au Seigneur, il est nécessaire de reconnaître que toute personne, même la plus indigente et la plus méprisée, porte l’image de Dieu imprimée en elle. De cette attention découle le don de la bénédiction divine, attirée par la générosité pratiquée à l’égard du pauvre. Par conséquent, le temps consacré à la prière ne peut jamais devenir un alibi pour négliger le prochain en difficulté. Le contraire est vrai : la bénédiction du Seigneur descend sur nous et la prière atteint son but quand elles sont accompagnées par le service aux pauvres.

3. Cet antique enseignement est combien actuel pour chacun de nous ! En effet, la parole de Dieu dépasse l’espace, le temps, les religions et les cultures. La générosité qui soutient le faible, console l’affligé, apaise les souffrances, restitue la dignité à ceux qui en sont privés, est en fait la condition d’une vie pleinement humaine. Le choix de consacrer une attention aux pauvres, à leurs nombreux et divers besoins, ne peut être conditionné seulement par le temps disponible ou par des intérêts privés, ni par des projets pastoraux ou sociaux désincarnés. On ne peut étouffer la force de la grâce de Dieu par la tendance narcissique de toujours se mettre à la première place.

Avoir le regard tourné vers le pauvre est difficile, mais plus que jamais nécessaire pour donner à notre vie personnelle et sociale la bonne direction. Il ne s’agit pas d’exprimer beaucoup de paroles, mais plutôt d’engager concrètement la vie, animée par la charité divine. Chaque année, avec la Journée Mondiale des Pauvres, je reviens sur cette réalité fondamentale pour la vie de l’Église, parce que les pauvres sont et seront toujours avec nous (cf. Jn 12, 8) pour nousaider à accueillir la présence du Christ dans l’espace du quotidien.

4. Chaque rencontre avec une personne en situation de pauvreté nous provoque et nous interroge. Comment pouvons-nous contribuer à éliminer ou, du moins, à soulager sa marginalisation et sa souffrance? Comment pouvons-nous l’aider dans sa pauvreté spirituelle ? La communauté chrétienne est appelée à s’impliquer dans cette expérience de partage, sachant qu’il ne lui est pas permis de la déléguer à qui que ce soit. Et pour être un soutien aux pauvres, il est fondamental de vivre personnellement la pauvreté évangélique. Nous ne pouvons pas nous sentir « bien » quand un membre de la famille humaine est relégué dans les coulisses et devient une ombre. Le cri silencieux des nombreux pauvres doit trouver le peuple de Dieu en première ligne, toujours et partout, afin de leur donner une voix, de les défendre et de se solidariser avec eux devant tant d’hypocrisie et devant tant de promesses non tenues, pour les inviter à participer à la vie de la communauté.

Il est vrai que l’Église n’a pas de solutions globales à proposer, mais elle offre, avec la grâce du Christ, son témoignage et ses gestes de partage. Elle se sent en outre le devoir de présenter les instances de ceux qui n’ont pas le nécessaire pour vivre. Rappeler à tous la grande valeur du bien commun est, pour le peuple chrétien, un engagement de vie qui se réalise dans la tentative de n’oublier aucun de ceux dont l’humanité est violée dans ses besoins fondamentaux.

5. Tendre la main fait découvrir, avant tout à celui qui le fait, qu’existe en nous la capacité d’accomplir des gestes qui donnent un sens à la vie. Que de mains tendues pouvons-nous voir tous les jours ! Malheureusement, il arrive de plus en plus souvent que la hâte entraîne dans un tourbillon d’indifférence, au point que l’on ne sait plus reconnaître tout le bien qui se fait quotidiennement, en silence et avec grande générosité. C’est souvent lorsque surviennent des événements qui bouleversent le cours de notre vie que nos yeux deviennent capables de voir la bonté des saints « de la porte d’à côté », « de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu » (Exhort. ap. Gaudete et Exultate, n. 7), mais dont personne ne parle. Les mauvaises nouvelles abondent sur les pages des journaux, sur les sites internet et sur les écrans de télévision, au point de laisser croire que le mal règne en maître. Pourtant il n’en est pas ainsi. Certes, la méchanceté et la violence, l’abus et la corruption ne manquent pas, mais la vie est tissée d’actes de respect et de générosité qui, non seulement compensent le mal, mais poussent à aller au-delà et à être remplis d’espérance.

6. Tendre la main est un signe : un signe qui rappelle immédiatement la proximité, la solidarité, l’amour. En ces mois où le monde entier a été submergé par un virus qui a apporté douleur et mort, détresse et égarement, combien de mains tendues nous avons pu voir ! La main tendue du médecin qui se soucie de chaque patient en essayant de trouver le bon remède. La main tendue de l’infirmière et de l’infirmier qui, bien au-delà de leurs horaires de travail, sont restés pour soigner les malades. La main tendue de ceux qui travaillent dans l’administration et procurent les moyens de sauver le plus de vies possibles. La main tendue du pharmacien exposé à tant de demandes dans un contact risqué avec les gens. La main tendue du prêtre qui bénit avec le déchirement au cœur. La main tendue du bénévole qui secourt ceux qui vivent dans la rue et qui, en plus de ne pas avoir un toit, n’ont rien à manger. La main tendue des hommes et des femmes qui travaillent pour offrir des services essentiels et la sécurité. Et combien d’autres mains tendues que nous pourrions décrire jusqu’à en composer une litanie des œuvres de bien. Toutes ces mains ont défié la contagion et la peur pour apporter soutien et consolation.

7. Cette pandémie est arrivée à l’improviste et nous a pris au dépourvu, laissant un grand sentiment de désorientation et d’impuissance. Cependant, la main tendue aux pauvres ne vient pas à l’improviste. Elle témoigne de la manière dont on se prépare à reconnaître le pauvre afin de le soutenir dans les temps de nécessité. On n’improvise pas les instruments de miséricorde. Un entraînement quotidien est nécessaire, à partir d’une prise de conscience que nous, les premiers, avons combien besoin d’une main tendue vers nous.

Ce moment que nous vivons a mis en crise beaucoup de certitudes. Nous nous sentons plus pauvres et plus faibles parce que nous avons fait l’expérience de la limite et de la restriction de la liberté. La perte du travail, des relations affectives les plus chères, comme l’absence des relations interpersonnelles habituelles, a tout d’un coup ouvert des horizons que nous n’étions plus habitués à observer. Nos richesses spirituelles et matérielles ont été remises en question et nous avons découvert que nous avions peur. Enfermés dans le silence de nos maisons, nous avons redécouvert l’importance de la simplicité et d’avoir le regard fixé sur l’essentiel. Nous avons mûri l’exigence d’une nouvelle fraternité, capable d’entraide et d’estime réciproque. C’est un temps favorable pour « reprendre conscience que nous avons besoin les uns des autres, que nous avons une responsabilité vis-à-vis des autres et du monde […]. Depuis trop longtemps, déjà, nous avons été dans la dégradation morale, en nous moquant de l’éthique, de la bonté, de la foi, de l’honnêteté. […] Cette destruction de tout fondement de la vie sociale finit par nous opposer les uns aux autres, chacun cherchant à préserver ses propres intérêts ; elle provoque l’émergence de nouvelles formes de violence et de cruauté, et empêche le développement d’une vraie culture de protection de l’environnement » (Lett. enc. Laudato Si’, n. 229). En somme, les graves crises économiques, financières et politiques ne cesseront pas tant que nous laisserons en état de veille la responsabilité que chacun doit sentir envers le prochain et chaque personne.

8. « Tends la main au pauvre », est donc une invitation à la responsabilité comme engagement direct de quiconque se sent participant du même sort. C’est une incitation à prendre en charge le poids des plus faibles, comme le rappelle saint Paul : « Mettez-vous, par amour au service les uns des autres. Car toute la Loi est accomplie dans l’unique parole que voici : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. (…) Portez les fardeaux des uns les autres » (Ga 5,13-14 ; 6,2). L’Apôtre enseigne que la liberté qui nous a été donnée par la mort et la résurrection de Jésus Christ est pour chacun de nous une responsabilité pour se mettre au service des autres, surtout des plus faibles. Il ne s’agit pas d’une exhortation facultative, mais d’une condition de l’authenticité de la foi que nous professons.

Le Livre de Ben Sira vient une fois de plus à notre aide : il suggère des actions concrètes pour soutenir les plus faibles et il utilise également quelques images suggestives. Tout d’abord, il prend en considération la faiblesse de ceux qui sont tristes : « Ne te détourne pas ceux qui pleurent » (7, 34). La période de la pandémie nous a obligés à un isolement forcé, nous empêchant même de pouvoir consoler et d’être près d’amis et de connaissances affligés par la perte de leurs proches. Et l’auteur sacré affirme encore : « N’hésite pas à visiter un malade » (7, 35). Nous avons fait l’expérience de l’impossibilité d’être aux côtés de ceux qui souffrent, et en même temps, nous avons pris conscience de la fragilité de notre existence. En somme, la Parole de Dieu ne nous laisse jamais tranquilles, elle continue à nous stimuler au bien.

9. « Tends la main au pauvre » fait ressortir, par contraste, l’attitude de ceux qui tiennent leurs mains dans leurs poches et ne se laissent pas émouvoir par la pauvreté, dont ils sont souvent complices. L’indifférence et le cynisme sont leur nourriture quotidienne. Quelle différence par rapport aux mains généreuses que nous avons décrites! Il y a, en effet, des mains tendues qui touchent rapidement le clavier d’un ordinateur pour déplacer des sommes d’argent d’une partie du monde à l’autre, décrétant la richesse des oligarchies et la misère de multitudes ou la faillite de nations entières. Il y a des mains tendues pour accumuler de l’argent par la vente d’armes que d’autres mains, même celles d’enfants, utiliseront pour semer la mort et la pauvreté. Il y a des mains tendues qui, dans l’ombre, échangent des doses de mort pour s’enrichir et vivre dans le luxe et le désordre éphémère. Il y a des mains tendues qui, en sous-main, échangent des faveurs illégales contre un gain facile et corrompu. Et il y a aussi des mains tendues de ceux qui, dans l’hypocrisie bienveillante, portent des lois qu’eux-mêmes n’observent pas.

Dans ce panorama, « les exclus continuent à attendre. Pour pouvoir soutenir un style de vie qui exclut les autres, ou pour pouvoir s’enthousiasmer avec cet idéal égoïste, on a développé une mondialisation de l’indifférence. Presque sans nous en apercevoir, nous devenons incapables d’éprouver de la compassion devant le cri de douleur des autres, nous ne pleurons plus devant le drame des autres, leur prêter attention ne nous intéresse pas, comme si tout nous était une responsabilité étrangère qui n’est pas de notre ressort.» (Exhort. ap. Evangelii Gaudium, n. 54). Nous ne pourrons pas être heureux tant que ces mains qui sèment la mort ne seront pas transformées en instruments de justice et de paix pour le monde entier.

10. « Quoi que tu fasses, souviens-toi que ta vie a une fin » (Si 7, 36). C’est l’expression par laquelle le Livre de Ben Sira conclut sa réflexion. Le texte se prête à une double interprétation. La première fait ressortir que nous devons toujours garder à l’esprit la fin de notre existence. Se souvenir du destin commun peut aider à mener une vie sous le signe de l’attention à ceux qui sont les plus pauvres et qui n’ont pas eu les mêmes possibilités que nous. Il y a aussi une deuxième interprétation, qui souligne plutôt le but vers lequel chacun tend. C’est la fin de notre vie qui demande un projet à réaliser et un chemin à accomplir sans se lasser. Or, le but de chacune de nos actions ne peut être autre que l’amour. Tel est le but vers lequel nous nous dirigeons, et rien ne doit nous en détourner. Cet amour est partage, dévouement et service, mais il commence par la découverte que nous sommes les premiers aimés et éveillés à l’amour. Cette fin apparaît au moment où l’enfant rencontre le sourire de sa mère et se sent aimé par le fait même d’exister. Même un sourire que nous partageons avec le pauvre est source d’amour et permet de vivre dans la joie. Que la main tendue, alors, puisse toujours s’enrichir du sourire de celui qui ne fait pas peser sa présence et l’aide qu’il offre, mais ne se réjouit que de vivre à la manière des disciples du Christ.

Que sur ce chemin quotidien de rencontre avec les pauvres nous accompagne la Mère de Dieu, qui plus que tout autre est la Mère des pauvres. La Vierge Marie connaît de près les difficultés et les souffrances de ceux qui sont marginalisés, parce qu’elle-même s’est trouvée à donner naissance au Fils de Dieu dans une étable. Sous la menace d’Hérode, avec Joseph son époux et l’Enfant Jésus, ils se sont enfuis dans un autre pays, et la condition de réfugié a marqué, pendant quelques années, la Sainte Famille. Puisse la prière à la Mère des pauvres rassembler ses enfants favoris et tous ceux qui les servent au nom du Christ. Que la prière transforme la main tendue en une étreinte de partage et de fraternité retrouvée.

Donné à Rome, Saint Jean du Latran, le 13 juin 2020, mémoire liturgique de saint Antoine de Padoue, huitième année de mon Pontificat.

François

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10 novembre 2020 2 10 /11 /novembre /2020 17:43
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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 21:13
FRATELLI TUTTI

HANDOUT/AFP/East News

Denis Lensel - Publié le 08/11/20

En appelant les hommes à bâtir une « amitié sociale » dans sa nouvelle encyclique Fratelli tutti, le pape François reformule aujourd’hui l’idéal de la « civilisation de l’amour » que Paul VI, son principal inspirateur, avait exprimé en 1975. Il développe sept grands thèmes de l’enseignement social de l’Église que les papes précédents ont déjà évoqués.

Le pape François approfondit l’enseignement social de ses prédécesseurs avec le ton très direct qui lui est propre, rompant avec le style plus académique de son devancier immédiat Benoît XVI, mais prolongeant souvent sa pensée et celle des autres papes dans la fidélité à un héritage commun. Alors qu’il avait fait en 2015 de sa précédente encyclique Laudato Si’ un manifeste de l’« écologie intégrale » de l’Église avocate des hommes et de la nature création divine, François présente explicitement Fratelli tutticomme une encyclique sociale.
FRATELLI TUTTI Lire aussi : Fratelli tutti : une encyclique à recevoir en catholique cohérent
Il s’appuie d’abord sur un diagnostic des obstacles du monde actuel à une « promotion de la fraternité universelle » : outre le contexte dramatique nouveau de la pandémie de la Covid-19 (qui, dit-il, « a réveillé un moment la conscience » de constituer « une communauté mondiale », mais peut ensuite laisser transformer un « sauve qui peut » en un « tous contre tous »…), le Pape observe comme autant de « signes de recul » de l’histoire des « conflits anachroniques », le retour des nationalismes et l’essor de nouveaux égoïsmes souvent véhiculés par un « néo-libéralisme » économique vecteur d’injustices récurrentes. Il cite cette analyse de Benoît XVI dans son encyclique de 2009 Caritas in Veritate publiée au lendemain de la crise financière mondiale de 2008 : « La société toujours plus mondialisée nous rapproche, mais elle ne nous rend pas frères. »

Voici les principaux thèmes développés par François à la suite des papes précédents dans Fratelli tutti, nouvelle étape dans la généalogie spirituelle de la doctrine sociale de l’Église.
La dignité de la personne humaine

Le pape François souligne que « le service n’est jamais idéologique, puisqu’il ne sert pas des idées, mais des personnes ». Il dénonce une « marginalisation mondiale » accrue par la crise sanitaire de la Covid 19, et il rappelle son opposition, déjà exprimée notamment dans Laudato si’, à la « culture du déchet » qui exclut définitivement des êtres humains de la société.
devise nationale Lire aussi : Penser l’unité nationale à la lumière de Fratelli tutti

Dans Mater et Magistra, en 1961, Jean XXIII défendait « la dignité de la personne humaine, créée par Dieu selon un ordre naturel » et « collaboratrice d’une histoire concrète qu’Il fait avec elle, et qui débouche sur l’éternité ». Jean Paul II a insisté en particulier sur la dignité de la femme, notamment dans Familiaris consortio en 1981. Il y préconisait aussi l’amour et le respect des personnes âgées, que François recommande avec insistance dans Amoris lætitia en 2015 : le pape Bergoglio y dit qu’« une civilisation où il n’y a pas de place pour les personnes âgées, ou qui les met au rebut parce qu’elles créent des problèmes, est une société qui porte en elle le virus de la mort, parce qu’elle arrache ses propres racines. » François revient sur ce point dans Fratelli tutti, appelant à se rendre compte du risque « qu’isoler les personnes âgées, tout comme les abandonner à la charge des autres sans un accompagnement adéquat et proche de la part de la famille, mutile et appauvrisse la famille elle-même ».

Le respect des plus fragiles

Les papes successifs ont constamment défendu le respect de la vie humaine de la conception à la mort naturelle. Ils ont intégré peu à peu ce respect de la vie à une « écologie intégrale » ainsi récapitulée par François : d’une part, celle-ci a associé la défense des hommes à celle de la nature, création divine, et d’autre part, elle a manifesté le souci de défendre les hommes à toutes les étapes de leur vie, notamment dans le monde du travail. En soulignant l’importance de l’idéal du Bon Samaritain dans Fratelli tutti, François montre combien chacun doit savoir donner avant tout son temps aux blessés de la vie. À l’inverse, il déplore que notre société moderne malade cherche à se construire en tournant le dos à la souffrance.
FRATELLI TUTTI Lire aussi : Fratelli tutti : « Amour et vérité se rencontrent »

Dans le contexte tragique de la crise sanitaire actuelle, il dénonce une pratique accrue de l’euthanasie : « Nous avons vu ce qui est arrivé aux personnes âgées dans certaines parties du monde à cause du coronavirus », ou même avant, « à cause des vagues de chaleur », comme en 2003 ou en 2015. Avant lui, en 1995, dans son encyclique L’Évangile de la vie, Jean Paul II dénonçait la légalisation de l’avortement et de l’euthanasie comme « un grave effondrement moral », vis-à-vis de pratiques où la médecine « défigure son visage ».

Une critique renouvelée de l’individualisme dans l’économie libérale

François dénonce dans Fratelli tutti « un modèle économique fondé sur le profit, qui n’hésite pas à exploiter, à exclure, et même à tuer l’homme ». Il s’inscrit ici dans la tradition de la Doctrine sociale de l’Église, en citant l’encyclique Quadragesimo anno écrite par Pie XI en 1931, deux ans après la crise économique de 1929 et quarante ans après le texte fondateur de Léon XIII Rerum novarum : Pie XI, le « Pape antitotalitaire » qui condamna le communisme et le nazisme en 1937, avait fustigé auparavant « l’esprit individualiste dans la vie économique », en parlant d’une « dictature économique » sur une vie « devenue horriblement dure, implacable, cruelle ». Il avait dénoncé deux fléaux, « d’une part le nationalisme ou même l’impérialisme économique, de l’autre, non moins funeste et détestable, l’internationalisme ou impérialisme international de l’argent ».

La fonction sociale de la propriété et la destination universelle des biens

François appelle à remettre l’accent sur la fonction sociale de la propriété. Il cite ici Jean Paul II : en 1991 dans Centesimus annus, à l’époque de la chute du communisme en Europe de l’Est, tout en admettant le bien-fondé de la libre entreprise, le « pape polonais » soulignait que « Dieu a donné la terre à tout le genre humain pour qu’elle fasse vivre tous ses membres, sans exclure ni privilégier personne ». Dès 1981, dans sa première encyclique sociale sur la dignité du travail humain Laborem exercens, Jean Paul II, que François cite encore ici, proclamait le principe de l’usage commun des biens créés pour tous comme le « premier principe de tout l’ordre éthico-social ».
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Paul VI déclarait dès 1967 dans Populorum progressio, cette véritable charte du développement, que les autres droits, y compris celui de la propriété, n’en doivent « pas entraver, mais bien au contraire faciliter la réalisation ». Rappelant que Benoît XVI et Paul VI ont déclaré que « chaque homme est appelé à se développer », et rappelant le soutien de Jean Paul II en 1991 au « droit fondamental des peuples à leur subsistance et à leur progrès », le pape François souligne dans Fratelli tutti que « le droit de certains à la liberté d’entreprise ou de marché ne peut se trouver au-dessus des droits des peuples et de la dignité des pauvres, pas plus qu’au-dessus du respect de l’environnement ». Déjà dans Laudato Si’ en 2015, le pape argentin avait appelé à la « subordination de toute propriété privée à la destination universelle des biens de la terre », et donc au « droit de tous à leur utilisation ».

Une charité sociale et politique

François constate que « le marché à lui seul ne résout pas tout ». Il rejette le leurre des « notions magiques du « ruissellement » et des « retombées » de la richesse, comme seuls moyens de résoudre les problèmes sociaux ». Il cite ici cet avis de Benoît XVI dans Caritas in veritate en 2009 : « Sans formes internes de solidarité et de confiance réciproque, le marché ne peut pleinement remplir sa fonction économique ». Et il déplore que la crise financière mondiale de 2008 n’ait pas servi de leçon pour réfléchir à une nouvelle économie plus attentive aux principes éthiques. Pire, on s’est orienté depuis vers « plus d’individualisme » !
  Lire aussi :  Fratelli tutti : « Cette encyclique pourrait contribuer à une refondation de l’économie »
François rappelle ici, comme dans Laudato Si’, que « la politique ne doit pas se soumettre à l’économie et celle-ci ne doit pas se soumettre aux diktats ni au paradigme d’efficacité de la technocratie ». Parlant « d’amour politique », il rappelle que la politique « est une des formes les plus précieuses de la charité, parce qu’elle cherche le bien commun », selon sa définition de novembre 2013 dans Evangelii gaudium, qui reprend une formule de Pie XI dans Quadragesimo anno. Cela suppose selon François « un sentiment social qui dépasse toute mentalité individualiste ». François cite encore Pie XI déclarant en 1927 que l’élaboration de « processus sociaux de fraternité et de justice pour tous » entre « dans le champ de la plus grande charité, la charité politique ». Il reprend aussi l’expression de « civilisation de l’amour » que Paul VI avait formulée en concluant l’Année sainte de 1975.

L’accueil des étrangers et le problème des migrants

Dans Fratelli tutti, François aborde le problème complexe des migrants. Il appelle à « trouver le juste équilibre entre le double devoir moral de protéger les droits de ses propres citoyens, et celui de garantir l’assistance et l’accueil des migrants ». Dans Caritas in veritate, Benoît XVI considère que le phénomène des migrations « requiert une politique de coopération internationale forte et perspicace sur le long terme » en partant « d’une étroite collaboration entre les pays d’origine des migrants et les pays où ils se rendent ». Dans ce texte, il appelle déjà à « sauvegarder les exigences et les droits des personnes et des familles émigrées et, en même temps, ceux des sociétés où arrivent ces mêmes émigrés ».
HELP GIRL  Lire aussi :  Fratelli tutti : une encyclique sociale et donc missionnaire

François appelle à « accueillir, protéger, promouvoir et intégrer » les migrants, et à leur appliquer le concept de citoyenneté, « et en même temps favoriser le développement des pays de provenance par des politiques solidaires ». Il considère comme Paul VI dans Populorum progressio que « l’aide au développement des pays pauvres » entraîne la « création de richesses pour tous ». Le droit de pouvoir émigrer en cas de nécessité, menace de mort, guerre, famine, avait déjà été affirmé d’abord par Pie XII puis par Paul VI avant Benoît XVI et François. Toutefois, dès le mois de décembre 2019 à Rome, François a attesté aussi le « droit de ne pas devoir émigrer », c’est-à-dire de pouvoir rester dans son pays natal, grâce à une coopération internationale contre la misère.

Le rejet de la guerre à l’époque de la menace nucléaire

François propose « avec les ressources financières consacrées aux armes ainsi qu’à d’autres dépenses militaires », de créer un Fonds mondial contre la faim et pour le développement des pays les plus pauvres, « de sorte que leurs habitants ne recourent pas à des solutions violentes ou trompeuses ni n’aient besoin de quitter leurs pays en quête d’une vie plus digne ». Paul VI avait déjà souhaité une telle initiative dans Populorum progressio en mars 1967. À Hiroshima et Nagasaki, villes martyres de 1945, François lance en 2019 un appel retentissant à renoncer aux armes nucléaires.

Jean XXIII écrivait en 1963 dans Pacem in terris : « Il devient impossible de penser que la guerre soit un moyen adéquat pour obtenir justice d’une violation de droits. » Paul VI en 1965, dans son discours à l’ONU (prononcé en français, langue qui, disait-il « a la magistrature de l’universel ») avait lancé cet appel solennel au monde entier : « Jamais plus la guerre ! », « les uns avec les autres, pas l’un au-dessus de l’autre, jamais plus les uns contre les autres, les uns pour les autres, les droits et les devoirs de l’homme ». Devant les effets destructeurs redoutables des armes nouvelles, Jean Paul II avait appelé à une réflexion salutaire sur l’utilité de renoncer à leur emploi. Aujourd’hui, François veut promouvoir une « culture de la rencontre », pour que les hommes retrouvent le chemin de la bienveillance, qui consiste à vouloir le bien d’autrui. C’est aussi le chemin de la paix.
  Lire aussi:  Fratelli tutti : la guerre (juste) est-elle finie ?

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 09:51
Assemblée plénière du 24 avril 2020 : communiqué final

LOGO CEF Fond crème couleur du siteLa Conférence des évêques de France s’est réunie en assemblée plénière exceptionnelle par visio-conférence ce vendredi 24 avril après-midi. Il s’agissait pour les évêques de se retrouver, alors qu’ils n’ont pas pu tenir leur Assemblée de printemps à Lourdes, notamment pour évoquer ensemble les délais et les modes du « déconfinement » non seulement des cérémonies liturgiques mais aussi des activités catéchétiques et caritatives de l’Église.

 

Les évêques sont profondément conscients de l’impatience des fidèles à se retrouver pour célébrer et nourrir leur foi et la partagent. Ils entendent l’urgence que tous ceux qui le peuvent puissent s’impliquer davantage auprès des plus pauvres.

 

Avec tous les fidèles catholiques, ils veulent, de plus, être pleinement solidaires des efforts collectifs pour lutter contre une épidémie qui demeure menaçante et difficile à maîtriser.

 

Le Président de la Conférence des évêques a pu témoigner de la qualité du dialogue engagé tant avec le Président de la République qu’avec le Gouvernement. Tous se sont réjouis de la convergence de vue entre le Pape François et le Chef de L’État sur les enjeux internationaux et humanitaires de la pandémie.

 

Un plan de déconfinement alliant le désir résolu de permettre à nouveau aux fidèles de participer aux sacrements et un grand esprit de responsabilité sanitaire a été présenté et discuté. Il sera communiqué aux pouvoirs publics dès aujourd’hui pour que le dialogue puisse se poursuivre, tant au niveau national qu’au plan local des préfets et des maires. Ce plan attire aussi l’attention sur la situation particulière des sanctuaires.

 

Les évêques de France redisent combien il leur semble essentiel que la vie ecclésiale puisse retrouver son caractère pleinement communautaire au même rythme que la vie scolaire, sociale et économique de notre pays à partir du 11 mai 2020.

 

Ils remercient solennellement le personnel soignant et tous ceux qui permettent à notre société de fonctionner malgré la crise sanitaire en cours. Ils assurent de leur profonde sollicitude les familles en deuil et toutes les victimes de la pandémie. Ils remercient les prêtres, les communautés chrétiennes et les mouvements de leur persévérance et de leur créativité pastorale pendant le confinement. Ils expriment leur ferme résolution de contribuer à la paix sociale et à l’espérance de tous en ce temps de rude crise partagée.

 

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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 20:34
Angélus, 29 mars 2020, capture @ Vatican Media

Angélus, 29 mars 2020, capture @ Vatican Media

Angélus: « Avoir foi, au milieu des larmes » (traduction complète)

« La réponse de Dieu au problème de la mort c’est Jésus »

Le pape François invite à « avoir foi », « au milieu des larmes » et à « être proche de ceux qui sont dans l’épreuve ».

Le pape a commenté l’évangile de la résurrection de Lazare, avant l’angélus de midi, de ce dimanche, 29 mars 2020, dans la bibliothèque du palais apostolique du Vatican.

Le pape a exprimé le vœu que « chacun de nous soit proche de ceux qui sont dans l’épreuve, en devenant pour eux un reflet de l’amour et de la tendresse de Dieu, qui nous libère de la mort et fait gagner la vie ».

Le pape a fait observer que « la réponse de Dieu au problème de la mort c’est Jésus » : « Je suis la résurrection et la vie … Ayez foi! Au milieu des larmes, continuez à avoir foi, même si la mort semble avoir gagné. Enlevez la pierre de votre cœur!Laissez la Parole de Dieu ramener la vie là où il y a la mort. « 

Pour le pape le Christ invite les baptisés à imiter sa lutte pour la vie: « Nous sommes donc appelés à enlever les pierres de tout ce qui a le goût de la mort: par exemple, l’hypocrisie avec laquelle la foi est vécue, c’est la mort; la critique destructrice des autres, c’est la mort; l’offense, la calomnie, c’est la mort; la marginalisation des pauvres, c’est la mort. Le Seigneur nous demande d’enlever ces pierres du cœur, et alors la vie fleurira encore autour de nous. »

Après l’angélus a lancé un appel pour la paix dans le monde, et pour la conditions de vie dans les prisons en ce temps de pandémie.

Il s’est ensuite rendu au bureau dont la fenêtre donne place Saint-Pierre, déserte – à part le policier italien qui y fait ses rondes -, pour bénir la ville.

Voici notre traduction, rapide, de travail, de l’allocution du pape François, publiée en italien.

AB

Paroles du pape François avant l’angélus

Chers frères et sœurs, bonjour!

L’Évangile de ce cinquième dimanche de carême est celui de la résurrection de Lazare (cf. Jn 11, 1-45). Lazare était frère de Marthe et Marie; ils étaient très proches de Jésus: quand il arrive à Béthanie, Lazare est mort depuis quatre jours; Marthe court à la rencontre du Maître et elle lui dit: « Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort! » (v.21). Jésus répond: « Ton frère ressuscitera » (v. 23); et il ajoute: «Je suis la résurrection et la vie; celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra « (v. 25). Jésus se montre comme le Seigneur de la vie, Celui qui est capable de donner la vie même aux morts. Puis Marie et d’autres personnes arrivent, tous en larmes, alors Jésus – dit l’Évangile – « a été profondément ému et […] a éclaté en larmes » (vv. 33.35). Avec ce trouble dans son cœur, il va à la tombe, remercie le Père qui l’écoute toujours, ouvre le tombeau et crie haut et fort: « Lazare, viens dehors! » (v. 43). Et Lazare sort «ses pieds et ses mains attachés avec des bandages, et son visage enveloppé dans un linceul» (v. 44).

Ici, nous touchons du doigt que Dieu est la vie et donne la vie, mais il prend sur lui le drame de la mort. Jésus aurait pu éviter la mort de son ami Lazare, mais il voulait faire sienne notre douleur pour la mort de nos proches, et surtout il voulait montrer la domination de Dieu sur la mort. Dans ce passage de l’Évangile, nous voyons que la foi de l’homme et la toute-puissance de Dieu, de l’amour de Dieu, sont recherchées et finalement se rencontrent. C’est comme un double chemin: la foi de l’homme et la toute-puissance de l’amour de Dieu qui se cherchent et finalement se rencontrent. Nous le voyons dans le cri de Marthe et de Marie et de nous tous avec elles: « Si tu avais été ici! … ». Et la réponse de Dieu n’est pas un discours, non, la réponse de Dieu au problème de la mort c’est Jésus: « Je suis la résurrection et la vie … Ayez foi! Au milieu des larmes, continuez à avoir foi, même si la mort semble avoir gagné. Enlevez la pierre de votre cœur! Laissez la Parole de Dieu ramener la vie là où il y a la mort. « 

Aujourd’hui encore, Jésus nous répète: « Enlevez la pierre ». Dieu ne nous a pas créés pour la tombe, il nous a créés pour la vie, belle, bonne, joyeuse. Mais «la mort est entrée dans le monde par l’envie du diable» (Sagesse 2,24), dit le Livre de la Sagesse, et Jésus-Christ est venu pour nous libérer de ses liens.

Nous sommes donc appelés à enlever les pierres de tout ce qui a le goût de la mort: par exemple, l’hypocrisie avec laquelle la foi est vécue, c’est la mort; la critique destructrice des autres, c’est la mort; l’offense, la calomnie, c’est la mort; la marginalisation des pauvres, c’est la mort. Le Seigneur nous demande d’enlever ces pierres du cœur, et alors la vie fleurira encore autour de nous. Le Christ est vivant et celui qui l’accueille et adhère à lui entre en contact avec la vie. Sans Christ, ou en dehors de Christ, non seulement la vie n’est pas présente, mais on retombe dans la mort.

La résurrection de Lazare est également un signe de la régénération qui s’opère dans le croyant par le baptême, avec une pleine insertion dans le mystère pascal du Christ. Par l’action et la force du Saint-Esprit, le chrétien est une personne qui marche dans la vie comme une nouvelle créature: une créature pour la vie et qui va vers la vie.

Que la Vierge Marie nous aide à être compatissants comme son Fils Jésus, qui a fait sienne notre douleur. Que chacun de nous soit proche de ceux qui sont dans l’épreuve, en devenant pour eux un reflet de l’amour et de la tendresse de Dieu, qui nous libère de la mort et fait gagner la vie.

Copyright – Traduction de Zenit, Anita Bourdin

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12 avril 2018 4 12 /04 /avril /2018 21:34
Les 10 conseils du pape pour être saint

Exhortation "Gaudete et Exsultate". Le pape nous donne un texte lumineux et joyeux. Voici ses dix conseils pour être saint...

1 -  NE TE DÉFILE PAS !  

« Pour être saint, il n’est pas nécessaire d’être évêque, prêtre, religieuses ou religieux. (…) Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve. » 14 

« J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu : chez ces parents qui éduquent avec tant d’amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, chez les malades, chez les religieuses âgées qui continuent de sourire. Dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, je vois la sainteté de l’Église militante. C’est cela, souvent, la sainteté « de la porte d’à côté », de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu, ou, pour employer une autre expression, « la classe moyenne de la sainteté ». 7.

2 - TON GUIDE POUR LA ROUTE : LES BÉATITUDES. 

« Les Béatitudes ne sont nullement quelque chose de léger ou de superficiel, bien au contraire ; car nous ne pouvons les vivre que si l’Esprit Saint nous envahit avec toute sa puissance et nous libère de la faiblesse de l’égoïsme, du confort, de l’orgueil. » 65 

« Etre pauvre de cœur, c’est cela la sainteté ! » 70 ; « Réagir avec une humble douceur, c’est cela la sainteté ! » 74 ; « Savoir pleurer avec les autres, c’est cela la sainteté ! »76 ; « Rechercher la justice avec faim et soif, c’est cela la sainteté ! » 79 ; « Regarder et agir avec miséricorde, c’est cela la sainteté ! » 82 ; « Garder le cœur pur de tout ce qui souille l’amour, c’est cela la sainteté ! » 86 ; « Semer la paix autour de nous, c’est cela la sainteté ! » 89 

À lire aussi sur Pelerin.com : Extraits de Gaudete et Exsultate, la nouvelle exhortation du pape François

3 - TU VEUX AIMER ? AGIS.  

« Celui qui veut vraiment rendre gloire à Dieu par sa vie, celui qui désire réellement se sanctifier pour que son existence glorifie le Saint, est appelé à se consacrer, à s’employer, et à s’évertuer à essayer de vivre les œuvres de miséricorde. » 107 

« Quand je rencontre une personne dormant exposée aux intempéries, dans une nuit froide, je peux considérer que ce "paquet" est un imprévu qui m’arrête, un délinquant désœuvré, un obstacle sur mon chemin, un aiguillon gênant pour ma conscience, un problème que doivent résoudre les hommes politiques, et peut-être même un déchet qui pollue l’espace public. Ou bien je peux réagir à partir de la foi et de la charité, et reconnaître en elle un être humain doté de la même dignité que moi, une créature infiniment aimée par le Père, une image de Dieu, un frère racheté par Jésus-Christ. C’est cela être chrétien ! » 98

4 - CULTIVE L’HUMILITÉ. 

« L’humilité ne peut s’enraciner dans le cœur qu’à travers les humiliations. Sans elles, il n’y a ni humilité ni sainteté. Si tu n’es pas capable de supporter et de souffrir quelques humiliations, tu n’es pas humble et tu n’es pas sur le chemin de la sainteté. La sainteté que Dieu offre à son Église vient à travers l’humiliation de son Fils. Voilà le chemin ! » 118 

« Je ne dis pas que l’humiliation soit quelque chose d’agréable, car ce serait du masochisme, mais je dis qu’il s’agit d’un chemin pour imiter Jésus et grandir dans l’union avec lui. » 120 

À lire aussi sur Pelerin.com : [Analyse] La nouvelle exhortation très spirituelle du pape François.

5 - SOIS DANS LA JOIE. 

« Le saint est capable de vivre joyeux et avec le sens de l’humour. Tout en demeurant réaliste, il éclaire les autres avec un esprit positif et rempli d’espérance. » 122 

« Je ne parle pas de la joie consumériste et individualiste si répandue dans certaines expériences culturelles d’aujourd’hui. Car le consumérisme ne fait que surcharger le cœur ; il peut offrir des plaisirs occasionnels et éphémères, mais pas la joie. » 128

6 - OSE ÉVANGÉLISER. 

« En même temps, la sainteté est parresia : elle est audace, elle est une incitation à l’évangélisation qui laisse une marque dans ce monde. » 129 

« Dieu est toujours une nouveauté, qui nous pousse à partir sans relâche et à nous déplacer pour aller au-delà de ce qui est connu, vers les périphéries et les frontières. Il nous conduit là où l’humanité est la plus blessée et là où les êtres humains, sous l’apparence de la superficialité et du conformisme, continuent à chercher la réponse à la question du sens de la vie. » 135

7 - NE TE RÉSIGNE JAMAIS !  

« A causer de l’accoutumance, nous n’affrontons plus le mal et nous permettons que les choses « soient ce qu’elles sont », ou que certains ont décidé qu’elles soient. Mais laissons le Seigneur venir nous réveiller, nous secouer dans notre sommeil, nous libérer de l’inertie. Affrontons l’accoutumance, ouvrons bien les yeux et les oreilles, et surtout le cœur, pour nous laisser émouvoir par ce qui se passe autour de nous et par le cri de la Parole vivante et efficace du Ressuscité. » 137

8 - PRIE CHAQUE JOUR. ET RECOMMENCE.  

« Je ne crois pas dans la sainteté sans prière, bien qu’il ne s’agisse pas nécessairement de longs moments ou de sentiments intenses. » 147 

« Je voudrais insister sur le fait que ce n’est pas seulement pour quelques privilégiés, mais pour tous, car ‘nous avons tous besoin de ce silence chargé de présence adorée.’* La prière confiante est une réaction du cœur qui s’ouvre à Dieu face à face, où on fait taire tous les bruits pour écouter la voix suave du Seigneur qui résonne dans le silence. »149 

« J’ose donc te demander : Y a-t-il des moments où tu te mets en sa présence en silence, où tu restes avec lui sans hâte, et tu te laisses regarder par lui ? Est-ce que tu laisses son feu embraser ton cœur ? Si tu ne lui permets pas d’alimenter la chaleur de son amour et de sa tendresse, tu n’auras pas de feu, et ainsi comment pourras-tu enflammer le cœur des autres par ton témoignage et par tes paroles ? » 151 

*Jean-Paul II, Lett. Ap. Orientale lumen.

9 - PRÉPARE-TOI AU COMBAT. 

« La vie chrétienne est un combat permanent. Il faut de la force et du courage pour résister aux tentations du diable et annoncer l’Evangile. Cette lutte est très belle, car elle nous permet de célébrer chaque fois le Seigneur vainqueur dans notre vie. » 158 

« Nous n’admettrons pas l’existence du diable si nous nous évertuons à regarder la vie seulement avec des critères empiriques et sans le sens du surnaturel. Précisément, la conviction que ce pouvoir malin est parmi nous est ce qui nous permet de comprendre pourquoi le mal a parfois tant de force destructrice. » 160 

« Ne pensons donc pas que c’est un mythe, une représentation, un symbole, une figure ou une idée. Cette erreur nous conduit à baisser les bras, à relâcher l’attention et à être plus exposés. » 161 

« Nous avons pour le combat les armes puissantes que le Seigneur nous donne : la foi qui s’exprime dans la prière, la méditation de la Parole de Dieu, la célébration de la Messe, l’adoration eucharistique, la réconciliation sacramentelle, les œuvres de charité, la vie communautaire et l’engagement missionnaire. » 162

10 - APPRENDS À DISCERNER CE QUE DIEU VEUT POUR TOI. 

« Comment savoir si une chose vient de l’Esprit Saint ou si elle a son origine dans l’esprit du monde ou dans l’esprit du diable ? Le seul moyen, c’est le discernement qui ne requiert pas seulement une bonne capacité à raisonner ou le sens commun. C’est aussi un don qu’il faut demander. » 166 

« Souvent, cela se joue dans les petites choses, dans ce qui parait négligeable, parce que la grandeur se montre dans ce qui est simple et quotidien. » 169 

« Ce qui est en jeu, c’est le sens de ma vie devant le Père qui me connaît et qui m’aime, le vrai sens de mon existence que personne ne connait mieux que lui. » 170 

 

Source : Exhortation apostolique Gaudete et Exsulate du Saint-Père François sur l’appel à la sainteté dans le monde actuel, Libreria Editrice Vaticana 

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1 avril 2018 7 01 /04 /avril /2018 11:17
Pâques : « Voulons-nous participer à cette annonce de vie ou resterons-nous muets devant les événements ? »

Homélie du pape François pour la veillée pascale (Texte intégral)

Veillée pascale à Saint-Pierre © Vatican Media

Veillée Pascale À Saint-Pierre © Vatican Media

« Voulons-nous participer à cette annonce de vie ou resterons-nous muets devant les événements ? » C’est l’invitation qu’a lancée le pape François à la veillée pascale qu’il a célébrée le 31 mars 2018, en la basilique Saint-Pierre : une invitation « à rompre avec les habitudes répétitives, à renouveler notre vie, nos choix et notre existence ».

Évoquant dans son homélie « le poids du silence devant la mort du Seigneur », le pape a ajouté : « C’est la nuit du silence du disciple qui se trouve transi et paralysé… le disciple d’aujourd’hui, sans voix devant une réalité qui s’impose à lui, lui faisant sentir et, ce qui est pire, croire qu’on ne peut rien faire pour vaincre tant d’injustices que nombre de nos frères vivent dans leur chair. C’est le disciple étourdi parce qu’immergé dans une routine accablante qui le prive de la mémoire, qui fait taire l’espérance et l’habitue au “on a toujours fait ainsi”. »

« Le tombeau vide, a souligné le pape François, veut défier, secouer, interroger, mais surtout il veut nous encourager à croire et à avoir confiance que Dieu “vient” dans toute situation, dans toute personne, et que sa lumière peut arriver dans les coins les plus imprévisibles et les plus fermés de l’existence… Il est ressuscité et avec Lui ressuscite notre espérance créative pour affronter les problèmes actuels, parce que nous savons que nous ne sommes pas seuls. »

« Célébrer Pâques, a-t-il poursuivi, signifie croire de nouveau que Dieu fait irruption et ne cesse de faire irruption dans nos histoires, défiant nos déterminismes uniformisants et paralysants. Célébrer Pâques signifie faire en sorte que Jésus soit vainqueur de cette attitude lâche qui tant de fois, nous assiège et cherche à ensevelir tout type d’espérance. »

Voici le texte de l’homélie prononcée par le pape durant la célébration.

AK

Homélie du pape François

Nous avons commencé cette célébration à l’extérieur, immergés dans l’obscurité de la nuit et dans le froid qui l’accompagne. Nous sentons le poids du silence devant la mort du Seigneur, un  silence dans lequel chacun de nous peut se reconnaître et qui descend profondément dans les replis du cœur du disciple qui, devant la croix, reste sans parole.

Ce sont les heures du disciple, sans voix devant la douleur engendrée par la mort de Jésus : que dire devant une telle réalité ? Le disciple qui reste sans voix prenant conscience de ses propres réactions durant les heures cruciales de la vie du Seigneur : devant l’injustice qui a condamné le Maître, les disciples ont fait silence ; devant les calomnies et le faux témoignage subi par le Maître, les disciples se sont tus. Durant les heures difficiles et douloureuses de la Passion, les disciples ont fait l’expérience de manière dramatique de leur incapacité à prendre un risque et à parler en faveur du Maître ; de plus, ils l’ont renié, ils se sont cachés, ils ont fui, ils sont restés muets (cf. Jn 18, 25-27).

C’est la nuit du silence du disciple qui se trouve transi et paralysé, sans savoir où aller face à tant de situations douloureuses qui l’oppriment et l’entourent. C’est le disciple d’aujourd’hui, sans voix devant une réalité qui s’impose à lui, lui faisant sentir et, ce qui est pire, croire qu’on ne peut rien faire pour vaincre tant d’injustices que nombre de nos frères vivent dans leur chair.

C’est le disciple étourdi parce qu’immergé dans une routine accablante qui le prive de la mémoire, qui fait taire l’espérance et l’habitue au “on a toujours fait ainsi”. C’est le disciple sans voix et enténébré qui finit par s’habituer et par considérer normale l’expression de Caïphe : « Vous ne voyez pas quel est votre intérêt : il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas » (Jn 11, 50)

Et au milieu de nos silences, quand nous nous taisons de manière si accablante, alors les pierres commencent à crier (cf. Lc 19, 40)[1] et à laisser la place à la plus grande annonce que l’histoire ait jamais pu contenir dans son sein : « Il n’est pas ici, car il est ressuscité » (Mt 28, 6). La pierre du tombeau a crié et par son cri, elle a annoncé à tous un nouveau chemin. Ce fut la création la première à se faire l’écho du triomphe de la Vie sur toutes les réalités qui chercheront à faire taire et à museler la joie de l’Evangile. Ce fut la pierre du tombeau la première à sauter et, à sa manière, à entonner un chant de louange et d’enthousiasme, de joie et d’espérance auquel nous sommes tous invités à prendre part.

Et si hier, avec les femmes, nous avons contemplé « celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19, 37 ; cf. Za 12, 10), aujourd’hui avec elles nous sommes appelés à contempler la tombe vide et à écouter les paroles de l’ange : « Vous, soyez sans crainte ! […] Il est ressuscité » (Mt 28, 5-6). Paroles qui veulent atteindre nos convictions et nos certitudes les plus profondes, nos manières de juger et d’affronter les événements quotidiens ; spécialement notre manière d’entrer en relation avec les autres. Le tombeau vide veut défier, secouer, interroger, mais surtout il veut nous encourager à croire et à avoir confiance que Dieu “vient” dans toute situation, dans toute personne, et que sa lumière peut arriver dans les coins les plus imprévisibles et les plus fermés de l’existence. Il est ressuscité de la mort, il est ressuscité du lieu dont personne n’attendait rien et il nous attend – comme il attendait les femmes – pour nous rendre participants de son œuvre de salut.

Voilà le fondement et la force que nous avons comme chrétiens pour répandre notre vie et notre énergie, notre intelligence, nos affections et notre volonté dans la recherche et spécialement dans le fait de produire des chemins de dignité. Il n’est pas ici… Il est ressuscité ! C’est l’annonce qui soutient notre espérance et la transforme en gestes concrets de charité. Comme nous avons besoin de faire en sorte que notre fragilité soit marquée de cette expérience ! Comme nous avons besoin que notre foi soit renouvelée, que nos horizons myopes soient remis en question et renouvelés par cette annonce !

Il est ressuscité et avec Lui ressuscite notre espérance créative pour affronter les problèmes actuels, parce que nous savons que nous ne sommes pas seuls.

Célébrer Pâques signifie croire de nouveau que Dieu fait irruption et ne cesse de faire irruption dans nos histoires, défiant nos déterminismes uniformisants et paralysants. Célébrer Pâques signifie faire en sorte que Jésus soit vainqueur de cette attitude lâche qui tant de fois, nous assiège et cherche à ensevelir tout type d’espérance.

La pierre du tombeau a fait sa part, les femmes ont fait leur part, maintenant l’invitation est adressée encore une fois à vous et à moi : invitation à rompre avec les habitudes répétitives, à renouveler notre vie, nos choix et notre existence. Une invitation qui nous est adressée là où nous nous trouvons, dans ce que nous faisons et ce que nous sommes ; avec la “part de pouvoir” que nous avons. Voulons-nous participer à cette annonce de vie ou resterons-nous muets devant les événements ?

Il n’est pas ici, il est ressuscité ! Et il t’attend en Galilée, il t’invite à retourner au temps et au lieu du premier amour pour te dire : “ N’aies pas peur, suis-moi”.
_________________________
[1] «Je vous le dis: si eux se taisent, les pierres crieront»

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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 10:44
Cinq ans de pontificat : joie, miséricorde

Le pontificat du pape François, élu il y a cinq ans jour pour jour, le 13 mars 2013, est caractérisé par la joie, la miséricorde et la mission. Dans un entretien à Vatican News en italien, le cardinal secrétaire d’État Pietro Parolin souligne les traits les plus saillants du magistère du pape argentin et confie son point de vue sur les critiques adressées au pape.

A l’occasion de cet anniversaire, le « numéro 2 » du Vatican fait observer que « tous les documents ou au moins ceux de plus grande importance … se réfèrent toujours à la joie : Evangelii gaudium, Amoris laetitia, Laudato si’, la louange qui naît de la joie d’une âme pleine d’allégresse ». Ainsi, « la caractéristique fondamentale de ce pontificat est précisément la joie, une joie qui ne naît pas évidemment de l’insouciance, mais du fait de se savoir aimés par le Seigneur ».

Le cardinal Parolin évoque une autre ligne directrice du pontificat : « la miséricorde, c’est-à-dire un amour personnel et total que Dieu a pour chacune de ses créatures ». Ce qui amène à un troisième élément : l’évangélisation, « la joie de communiquer aux autres cette bonne nouvelle de l’Évangile ». C’est « l’Église en sortie qui doit apporter l’Évangile à toutes les créatures ».

Cette dimension « d’une Église en sortie, une Église en mouvement », insiste le secrétaire d’Etat, est une des caractéristiques principales du pontificat : « d’où l’invitation pressante que le pape a lancée dès le début, celle de ne pas rester sans bouger, celle de ne pas faire appel au principe du ‘on a toujours fait comme cela’ … pour ne faire aucun pas en avant ».

Face aux critiques

Mais, ajoute-t-il, « ce dynamisme que le pape a imprimé et veut imprimer à l’Église, peut être la cause de jugements divers, contrastés et même parfois opposés ». Pour le cardinal Parolin, il est « normal… que tous les pontificats aient été soumis à des critiques ». Il distingue cependant entre les critiques « destructrices, agressives, vraiment méchantes » et les critiques « constructives ».

Que faire des critiques agressives et destructrices ? « Il n’y a qu’à les accepter comme une croix et les considérer comme faisant partie de cette couronne d’épines que nous devons tous porter… Il n’y a donc rien à faire. Je pense qu’elles ne s’épuiseront pas, elles existeront toujours ».

Quant aux critiques constructives, « il faut en tenir compte parce qu’elles peuvent aider, être une aide pour une amélioration, un perfectionnement aussi du service de chacun » : « les critiques constructives, précise le secrétaire d’Etat, sont ces critiques qui naissent d’une attitude fondamentale d’amour et qui visent la construction de la communion dans l’Église ».

Il formule enfin un vœu pour le pape François : « que le Seigneur lui donne vie, santé, force et courage pour continuer de guider l’Église… « Deus conservet eum et vivificet eum » – « Que Dieu le garde et lui donne toujours force et vigueur »… Ad multos annos, Saint-Père ! »

Avec une traduction d’Hélène Ginabat 

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10 mars 2018 6 10 /03 /mars /2018 17:08
Le message du pape pour la JMJ de 2018
Le message du pape pour la JMJ de 2018

 

Le pape François a publié, jeudi 22 février 2018, son message pour la prochaine Journée mondiale de la jeunesse, le 25 mars, dimanche des Rameaux. Il est extrait de l’Évangile selon saint Luc : "Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu".

 

« Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc 1, 30)

Chers jeunes,

La Journée mondiale de la jeunesse de l’année 2018 représente un pas en avant dans les préparatifs pour les Journées mondiales de la jeunesse, d’envergure internationale, qui auront lieu au Panama en janvier 2019. Cette nouvelle étape de notre pèlerinage coïncide avec l’année où a été convoquée l’Assemblée ordinaire du Synode des évêques sur le thème : « Les jeunes, la foi et le discernement des vocations ». C’est une bonne coïncidence. L’attention, la prière et la réflexion de l’Église seront dirigées vers vous les jeunes, en vue de recueillir et, surtout, d’« accueillir » le don précieux que vous êtes pour Dieu, pour l’Église et pour le monde.

Comme vous le savez déjà, nous avons voulu nous faire accompagner dans ce cheminement par l’exemple et par l’intercession de Marie, la jeune fille de Nazareth que Dieu a choisie comme Mère de son Fils. Elle marche avec nous vers le Synode et vers les JMJ du Panama. Si l’année dernière, nous ont guidés les paroles de son cantique de louange – « Le Puissant pour moi des merveilles » (Lc 1, 49) – nous enseignant à faire mémoire du passé, cette année, essayons d’écouter avec elle la voix de Dieu apportant du courage et donnant la grâce nécessaire pour répondre à son appel : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc 1, 30). Ce sont les paroles adressées par le messager de Dieu, l’archange Gabriel, à Marie, simple jeune fille d’un petit village de la Galilée.

 

1. Sois sans crainte !

Comme on peut le comprendre, l’apparition subite de l’ange et sa mystérieuse salutation : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 28) ont provoqué un profond étonnement en Marie, surprise par cette première révélation de son identité et de sa vocation, qui lui étaient jusque-là inconnues. Marie, comme d’autres personnages des Écritures saintes, tremble devant le mystère de l’appel de Dieu, qui en un instant la place devant l’immensité de son propre projet et lui fait sentir toute sa petitesse d’humble créature. L’ange, en lisant au plus profond de son cœur, lui dit : « Sois sans crainte » ! Dieu lit aussi en nous. Il connaît bien les défis que nous devons affronter dans la vie, surtout quand nous sommes face aux choix fondamentaux dont dépend ce que nous serons et ce que nous ferons dans ce monde. C’est le « frisson » que nous éprouvons face aux décisions concernant notre avenir, concernant notre état de vie, notre vocation. En ces moments-là, nous sommes tout bouleversés et nous sommes saisis de nombreuses frayeurs.

Et vous jeunes, quelles peurs vous habitent ? Qu’est-ce qui vous préoccupe le plus ? Une peur « d’arrière-fond » chez beaucoup d’entre vous est celle de n’être pas aimés, appréciés, de ne pas être acceptés tels que vous êtes. Aujourd’hui, il y a tant de jeunes qui ont la sensation de devoir être différents de ce qu’ils sont en réalité, tentant de se conformer aux modèles souvent factices et inaccessibles. Ils procèdent continuellement à des « retouches de photo » de leurs propres images, en se cachant derrière des masques et de fausses identités, jusqu’au point de devenir presque eux-mêmes un « fake ». Il y a chez beaucoup l’obsession de recevoir le plus grand nombre possible de « j’aime ». Et de ce sentiment d’inadéquation, naissent de nombreuses peurs et incertitudes. D’autres craignent de ne pas réussir à trouver une sécurité affective et de rester seuls. Chez beaucoup, face à la précarité du travail, surgit la peur de ne pas arriver à trouver un épanouissement satisfaisant sur le plan professionnel, de ne pas voir se réaliser leurs propres rêves. Ce sont des peurs qui hantent aujourd’hui beaucoup de jeunes, aussi bien croyants que non croyants. Et également ceux qui ont accueilli le don de la foi et qui cherchent avec soin leur propre vocation ne sont pas épargnés par des peurs. Certains pensent : peut-être Dieu me demande-t-il ou me demandera-t-il trop : peut-être en parcourant le chemin qu’il m’a indiqué, je ne serai pas vraiment heureux, ou bien je ne serai pas à la hauteur de ce qu’il me demande. D’autres se demandent : si je prends le chemin que Dieu m’indique, qui me garantit que je parviendrai à le parcourir jusqu’au bout ? Me découragerai-je ? Perdrai-je l’enthousiasme ? Serai-je en mesure de persévérer durant toute la vie ?

Aux moments où des doutes et des peurs assaillent notre cœur, le discernement s’avère nécessaire. Il nous permet de mettre de l’ordre dans la confusion de nos pensées et de nos sentiments, afin d’agir de manière juste et prudente. Dans ce processus, le premier pas pour surmonter les peurs est de les identifier clairement, pour ne pas se retrouver à perdre du temps et des énergies, en proie à des fantasmes sans visage et sans consistance. Pour cela, je vous invite tous à faire une introspection et à « donner un nom » à vos peurs. Demandez-vous : aujourd’hui, dans la situation concrète que je vis, qu’est-ce qui m’angoisse, qu’est-ce que je crains le plus ? Qu’est-ce qui me bloque et m’empêche d’aller de l’avant ? Pourquoi n’ai-je pas le courage de faire les choix importants que je devrais faire ? N’ayez pas peur de regarder franchement vos peurs, de les reconnaître telles qu’elles sont et de les prendre en compte. La Bible ne nie pas le sentiment humain de la peur ni les nombreux motifs qui peuvent la provoquer. Abraham a eu peur (cf. Gn 12, 10ss), Jacob a eu peur (cf. Gn 31, 31 ; 32, 8), et Moïse également (cf. Ex 2, 14 ; 17, 4), Pierre (cf. Mt 26, 69ss) et les Apôtres (cf. Mc 4, 38-40 ; Mt 26, 56). Jésus lui-même, bien qu’à un niveau incomparable, a éprouvé de la peur et de l’angoisse (cf. Mt 26, 37 ; Lc 22, 44).

« Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » (Mc 4, 40). Ce rappel à l’ordre de Jésus aux disciples nous fait comprendre comment souvent l’obstacle à la foi n’est pas l’incrédulité, mais la peur. Le travail de discernement, en ce sens, après avoir identifié nos peurs, doit nous aider à les surmonter en nous ouvrant à la vie et en affrontant avec sérénité les défis qu’elle nous présente. Pour nous chrétiens, en particulier, la peur ne doit jamais avoir le dernier mot, mais être l’occasion pour accomplir un acte de foi en Dieu… et également dans la vie ! Cela signifie croire au caractère fondamentalement bon de l’existence que Dieu nous a donnée, croire qu’il conduit à bon port y compris dans à travers des circonstances et des vicissitudes qui sont souvent mystérieuses pour nous. Si au contraire, nous nourrissons les peurs, nous tendrons à nous replier sur nous-mêmes, à nous barricader pour nous défendre contre tout et contre tous, en restant comme paralysés. Il faut réagir ! Ne jamais s’enfermer ! Dans les saintes Écritures, nous trouvons 365 fois l’expression « sois sans crainte », avec toutes ses variantes. Comme pour signifier que chaque jour de l’année le Seigneur nous veut libres de la peur.

Le discernement devient indispensable quand il s’agit de la recherche de sa vocation. Celle-ci, le plus souvent, n’est pas immédiatement claire ou tout à fait évidente, mais on la comprend peu à peu. Le discernement à réaliser, dans ce cas, n’est pas à comprendre comme un effort individuel d’introspection, où l’objectif est de connaître mieux nos mécanismes intérieurs pour nous renforcer et atteindre un certain équilibre. Dans ce cas, la personne peut devenir plus forte, mais demeure de toute manière enfermée dans l’horizon limité de ses possibilités et de ses vues. La vocation au contraire est un appel d’en haut et le discernement en ce sens consiste surtout à s’ouvrir à l’Autre qui appelle. Il faut alors le silence de la prière pour écouter la voix de Dieu qui résonne dans la conscience. Il frappe à la porte de nos cœurs, comme il l’a fait avec Marie, désireux de nouer amitié avec nous à travers la prière, de nous parler à travers les Écritures saintes, de nous offrir sa miséricorde dans le sacrement de la réconciliation, d’être un avec nous dans la communion eucharistique.

Mais sont également importants la relation et le dialogue avec les autres, nos frères et sœurs dans la foi, qui ont plus d’expérience et qui nous aident à voir mieux et à choisir parmi les diverses options. Le jeune Samuel, quand il entend la voix du Seigneur, ne la reconnaît pas immédiatement et par trois fois il court chez Élie, le prêtre ancien, qui en fin de compte lui suggère la réponse juste à donner à l’appel du Seigneur : « S’il t’appelle, tu diras : “Parle, Seigneur, ton serviteur écoute” » (1 Sam 3, 9). Dans vos doutes, sachez que vous pouvez compter sur l’Église. Je sais qu’il y a de bons prêtres, des consacrés et des consacrées, des fidèles laïcs, dont beaucoup sont jeunes également, qui comme des frères et des sœurs aînés dans la foi peuvent vous accompagner ; animés par l’Esprit Saint, ils sauront vous aider à déchiffrer vos doutes et à lire le projet de votre vocation personnelle. L’« autre » n’est pas uniquement le guide spirituel, mais il est aussi celui qui nous aide à nous ouvrir à toutes les richesses infinies de l’existence que Dieu nous a donnée. Il est nécessaire d’ouvrir des espaces dans nos villes et communautés pour grandir, pour rêver, pour regarder de nouveaux horizons ! Il ne faut jamais perdre le goût de savourer la rencontre, l’amitié, le goût de rêver ensemble, de marcher avec les autres. Les chrétiens authentiques n’ont pas peur de s’ouvrir aux autres, de partager leurs espaces vitaux en les transformant en des espaces de fraternité. Ne permettez pas, chers jeunes, que les ardeurs de la jeunesse s’éteignent dans l’obscurité d’une chambre fermée où l’unique fenêtre pour regarder le monde soit celle de l’ordinateur et du smartphone. Ouvrez grandes les portes de votre vie ! Que vos espaces et votre temps soient habités par des personnes concrètes, des relations profondes, avec lesquelles il est possible de partager des expériences authentiques et réelles dans votre quotidien.

2. Marie !

« Je t’ai appelé par ton nom » (Is 43, 1). La première raison de ne pas avoir peur, c’est précisément le fait que Dieu nous appelle par notre nom. L’ange, messager de Dieu, a appelé Marie par son nom. Donner des noms, c’est le propre de Dieu. Dans l’œuvre de la création, il appelle chaque créature à l’existence par son nom. Derrière le nom, il y a une identité, ce qui est unique dans chaque chose, dans chaque personne, cette intime essence que Dieu seul connaît jusqu’au fond. Cette prérogative divine a été ensuite partagée avec l’homme, auquel Dieu a concédé de donner un nom aux animaux, aux oiseaux et aussi à ses propres enfants (cf. Gn 2, 19-21 ; 4, 1). Beaucoup de cultures partagent cette profonde vision biblique en reconnaissant dans le nom la révélation du mystère le plus profond d’une vie, le sens d’une existence.

Quand il appelle une personne par son nom, Dieu lui révèle en même temps sa vocation, son projet de sainteté et de bien, par lequel cette personne deviendra un don pour les autres et qui la rendra unique. Et de même quand le Seigneur veut élargir les horizons d’une vie, il choisit de donner à la personne appelée un nouveau nom, comme il le fait avec Simon, en l’appelant « Pierre ». De là est né l’usage de prendre un nouveau nom quand on entre dans un ordre religieux, pour indiquer une nouvelle identité et une nouvelle mission. En tant que personnel et unique, l’appel divin exige de nous le courage de nous défaire de la pression des lieux communs conduisant au mimétisme, afin que notre vie soit vraiment un don original et unique pour Dieu, pour l’Église et pour les autres.

Chers jeunes, être appelés par notre nom est donc un signe de notre grande dignité aux yeux de Dieu, de sa prédilection pour nous. Et Dieu appelle chacun de vous par son nom. Vous êtes le « tu » de Dieu, précieux à ses yeux, dignes d’estime et aimés (cf. Is 43, 4). Accueillez avec joie ce dialogue que Dieu vous propose, cet appel qu’il vous adresse en vous appelant par votre nom.

3. Tu as trouvé grâce auprès de Dieu

La raison principale pour laquelle Marie ne doit pas craindre, c’est qu’elle a trouvé grâce auprès de Dieu. La parole « grâce » nous parle d’amour gratuit, qui n’est pas dû. Pour nous, comme c’est encourageant de savoir que nous ne devons pas mériter la proximité et l’aide de Dieu en présentant à l’avance un « curriculum d’excellence », rempli de mérites et de succès ! L’ange dit à Marie qu’elle a déjà trouvé grâce auprès de Dieu, pas qu’elle l’obtiendra à l’avenir. Et la formulation même des paroles de l’ange nous fait comprendre que la grâce divine est continue, qu’elle n’est pas quelque chose de passager ou de momentané, et c’est pourquoi elle ne manquera jamais. Même à l’avenir, il y aura toujours la grâce de Dieu pour nous soutenir, surtout dans les moments d’épreuve et d’obscurité.

La présence continue de la grâce divine nous encourage à embrasser avec confiance notre vocation, qui exige un engagement de fidélité à renouveler chaque jour. La route de la vocation, en effet, n’est pas exempte de croix : non seulement les doutes du début mais aussi les tentations fréquentes qu’on rencontre tout au long du chemin. Le sentiment d’inadéquation accompagne le disciple du Christ jusqu’à la fin, mais il sait qu’il est assisté par la grâce de Dieu.

Les paroles de l’ange descendent sur les peurs humaines en les dissolvant par la force de la bonne nouvelle dont elles sont porteuses : notre vie n’est pas un pur hasard et une simple lutte pour la survie, mais chacun d’entre nous est une histoire aimée par Dieu. Le fait d’« avoir trouvé grâce à ses yeux » signifie que le Créateur découvre une beauté unique dans notre être et a un projet magnifique pour notre existence. Cette conscience ne résout certainement pas tous les problèmes et n’enlève pas les incertitudes de la vie, mais elle a la force de la transformer en profondeur. L’inconnu que demain nous réserve n’est pas une menace obscure à laquelle il faut survivre, mais un temps favorable qui nous est donné pour vivre l’unicité de notre vocation personnelle et la partager avec nos frères et sœurs dans l’Église et dans le monde.

4. Courage dans le présent

La force d’avoir du courage dans le présent provient de la certitude que la grâce de Dieu est avec nous : courage pour faire ce que Dieu nous demande ici et maintenant, dans chaque domaine de votre vie ; courage pour embrasser la vocation que Dieu nous indique ; courage pour vivre notre foi sans la cacher ou la diminuer.

Oui, quand nous nous ouvrons à la grâce de Dieu, l’impossible devient réalité. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8, 31). La grâce de Dieu touche l’aujourd’hui de notre vie, vous « saisit » tels que vous êtes, avec toutes vos craintes et vos limites, mais elle révèle aussi les merveilleux plans de Dieu ! Vous jeunes, vous avez besoin de sentir que quelqu’un a vraiment confiance en vous : sachez que le pape vous fait confiance, que l’Église vous fait confiance ! Et vous, faites confiance à l’Église !

À la jeune Marie a été confiée une tâche importante précisément parce qu’elle était jeune. Vous les jeunes, vous avez de la force, vous traversez une phase de la vie où ne manque certainement pas l’enthousiasme. Utilisez cette force et ces énergies pour améliorer le monde, en commençant par les réalités qui vous sont plus proches. Je voudrais que dans l’Église vous soient confiées des responsabilités importantes, qu’on ait le courage de vous faire de la place ; et vous, préparez-vous à assumer ces responsabilités.

Je vous invite à contempler encore l’amour de Marie : un amour prévenant, dynamique, concret. Un amour rempli d’audace et tout orienté vers le don de soi. Une Église pénétrée de ces qualités mariales sera toujours une Église en sortie, qui va au-delà de ses propres limites et frontières pour faire déborder la grâce reçue. Si nous nous laissons contaminer par l’exemple de Marie, nous vivrons concrètement cette charité qui nous pousse à aimer Dieu au-delà de tout et de nous-mêmes, à aimer les personnes avec lesquelles nous partageons la vie quotidienne. Et nous aimerons également celui qui en soi pourrait sembler peu aimable. C’est un amour qui se fait service et dévouement, surtout envers les plus faibles et les plus pauvres, qui transforme nos visages et nous remplit de joie.

Je voudrais conclure par les belles paroles de saint Bernard dans l’une de ses célèbres homélies sur le mystère de l’Annonciation, paroles qui expriment l’attente de toute l’humanité à travers la réponse de Marie : « Tu l’as entendu, ô Vierge, tu concevras un fils, non d’un homme – tu l’as entendu – mais de l’Esprit Saint. L’ange, lui, attend ta réponse. Nous aussi, nous attendons, ô Dame. Accablés misérablement par une sentence de condamnation, nous attendons une parole de pitié. Une brève réponse de toi suffit pour nous recréer, de sorte que nous serons rappelés à la vie. Cette réponse, le monde entier l’attend, prosterné à tes genoux. Ne tarde plus, Vierge Marie. Vite, réponds ! » (1).

Chers jeunes, le Seigneur, l’Église, le monde, attendent aussi votre réponse à l’appel unique que chacun a dans cette vie ! Tandis que s’approchent les JMJ du Panama, je vous invite à vous préparer à ce rendez-vous dans la joie et l’enthousiasme de celui qui veut prendre part à une grande aventure. Les JMJ sont pour les courageux ! Pas pour les jeunes qui ne cherchent que le confort et qui reculent face aux difficultés. Acceptez-vous le défi ?

Du Vatican, le 11 février 2018,
VIe dimanche du Temps Ordinaire,
Mémoire de Notre-Dame de Lourdes

 

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29 janvier 2018 1 29 /01 /janvier /2018 11:08
Annonce de la béatification de dix-neuf de nos frères et sœurs

Communiqué des évêques d’Algérie

 

Notre Eglise est dans la joie. Le Pape François vient d’autoriser la signature du décret de béatification de "Mgr Pierre Claverie et ses 18 compagnes et compagnons". La grâce nous est donnée de  pouvoir faire mémoire de nos dix-neuf frères et sœurs en qualité de martyrs, c’est-à-dire, (selon le sens du mot lui-même), de témoins du plus grand amour, celui de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Devant le danger d’une mort qui était omniprésent dans le pays, ils ont fait le choix, au risque de leur vie, de vivre jusqu’au bout les liens de fraternité et d’amitié qu’ils avaient tissés avec leurs frères et sœurs algériens par amour. Les liens de fraternité et d’amitié ont ainsi été plus forts que la peur de la mort.

 

Nos frères et sœurs n’accepteraient pas que nous les séparions de ceux et celles au milieu desquels ils ont donné leur vie. Ils sont les témoins d’une fraternité sans frontière, d’un amour qui ne fait pas de différence. C’est pourquoi, leur mort met en lumière le martyre de nombre de ceux et celles, algériens, musulmans, chercheurs de sens qui, artisans de paix, persécutés pour la justice, hommes et femmes au cœur droit, sont restés fidèles jusqu’à la mort durant cette décennie noire qui a ensanglanté l’Algérie.

 

Aussi notre pensée rassemble dans un même hommage tous nos frères et sœurs algériens, ils sont des milliers, qui n’ont pas craint eux non plus de risquer leur vie en fidélité à leur foi en Dieu, en leur pays, et en fidélité à leur conscience. Parmi eux nous faisons mémoire des 99 imams qui ont perdu la vie pour avoir refusé de  justifier la violence. Nous pensons aux intellectuels, écrivains, journalistes, hommes de science ou d’art, membres des forces de l’ordre, mais aussi aux milliers de pères et mères de famille, humbles anonymes, qui ont refusé d’obéir aux ordres des groupes armés. Nombre d’enfants ont aussi perdu la vie emportés par  la même violence.

 

Nous pouvons nous arrêter à la vie de chacun de nos dix-neuf frères et sœurs. Chacun est mort parce qu’il avait choisi, par grâce, de rester fidèle à ceux et celles que la vie de quartier, les services partagés, avaient fait leur prochain. Leur mort a révélé que leur vie était au service de tous : des pauvres, des femmes en difficultés, des handicapés, des jeunes, tous musulmans. Une idéologie meurtrière, défiguration de l’islam, ne supportait pas ces autres différents par la nationalité, par la foi. Les plus peinés, au moment de leur mort tragique, ont été leurs amis et voisins musulmans qui avaient honte que l’on utilise le nom de l’islam pour commettre de tels actes.

 

Mais nous ne sommes pas, aujourd’hui, tournés vers le passé. Ces béatifications sont une lumière pour notre présent et pour l’avenir. Elles disent que la haine n’est pas la juste réponse à la haine, qu’il n’y a pas de spirale inéluctable de la violence. Elles veulent être un pas vers le pardon et vers la paix pour tous les humains, à partir de l’Algérie mais au-delà des frontières de l’Algérie. Elles sont une parole prophétique pour notre monde, pour tous ceux qui croient et œuvrent pour le vivre ensemble. Et ils sont nombreux ici dans notre pays et partout dans le monde, de toute nationalité et de toute religion. C’est le sens profond de cette décision du Pape François. Plus que jamais, notre maison commune qu’est notre planète a besoin de la bonne et belle humanité de chacun.

 

Nos frères et sœurs sont enfin des modèles sur le chemin de la sainteté ordinaire. Ils sont les témoins qu’une vie simple mais toute donnée à Dieu et aux autres peut mener au plus haut de la vocation humaine. Nos frères et nos sœurs ne sont pas des héros. Ils ne sont pas morts pour une idée ou pour une cause. Ils étaient simplement membre d’une petite Eglise catholique en Algérie qui, bien que constituée majoritairement d’étrangers, et souvent considérée elle-même comme étrangère, a tiré les conséquences naturelles de son choix d’être pleinement de ce pays. 

 

Il était clair pour chacun de ses membres que quand on aime quelqu’un on ne l’abandonne pas au moment de l’épreuve. C’est le miracle quotidien de l’amitié et de la fraternité. Beaucoup d’entre nous les ont connus et ont vécu avec eux. Aujourd’hui leur vie appartient à tous. Ils nous accompagnent désormais comme pèlerins de l’amitié et de la fraternité universelle.                    Alger, le 27 janvier 2018                                                                                                                                        

                                                         + Paul Desfarges, archevêque d’Alger                   

                                                                               + Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran                        
                                                                      + John MacWilliam, évêque de Laghouat               
                                                            + Jean-Marie Jehl, administrateur de Constantine     .

Mgr Pierre Claverie

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