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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 17:52

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17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 23:03
Migrants et réfugiés © Vatican Media

Migrants et réfugiés © Vatican Media

Migrants : gratuité et générosité, le leitmotiv du Vatican

Le cardinal Czerny réfléchit sur l’encyclique Fratelli tutti

 

« Nous devons nous efforcer d’être ouverts aux autres dans un esprit de gratuité et de générosité », affirme le cardinal Michael Czerny, sous-secrétaire du Dicastère pour le service du développement humain intégral. C’est ce que le pape François appelle, dans son encyclique Fratelli tutti, « la capacité de faire certaines choses uniquement parce qu’elles sont bonnes en elles-mêmes, sans attendre aucun résultat positif, sans attendre immédiatement quelque chose en retour ». Ce principe de gratuité, observe le pape, « permet d’accueillir l’étranger même si, pour le moment, il n’apporte aucun bénéfice tangible ».

Vatican News présente la traduction du texte du cardinal Czerny sur les personnes déplacées publié en anglais sur le site de l’ICMC (l’International Catholic Migration Commission), ce 14 janvier 2021.

Comme le relève Fratelli tutti, écrit le cardinal, « seule une culture qui accueille gratuitement les autres a un avenir ». « Ceci est notre futur, poursuit-il, et il doit être partagé avec les personnes dans le besoin, y compris les migrants et les réfugiés. »

Le chef de la section Migrants et Réfugiés, exhorte à écouter et à suivre « l’appel du pape François pour un monde plus juste, humain et fraternel, fondé sur l’amour et l’enrichissement réciproque, plutôt que sur la suspicion et l’indifférence froide ».

Migration : défis complexes

Au cœur de l’encyclique Fratelli tutti, explique le cardinal Czerny, « se trouve un appel à une plus grande fraternité et amitié sociale entre tous les peuples et nations ». Le pape, poursuit-il, appelle à « une fraternité ouverte », lit-on dans l’encyclique, à « une attitude d’amour et d’ouverture » qui « doit prévaloir sur les idéologies à courte vue du nationalisme et de l’individualisme ».

« Nous sommes appelés à aimer notre prochain », écrit le cardinal, mais « lorsque le prochain est une personne migrante, des défis complexes s’entremêlent ».

« Le point de départ », note le cardinal Czerny citant l’encyclique, est de « réaffirmer le droit de ne pas émigrer », « de demeurer sur sa propre terre » : « Toute personne, écrit-il, a droit à une vie digne et à un développement intégral dans son propre pays. Cela implique la responsabilité du monde entier, car il faut aider les États les plus pauvres à se développer. » Il s’agit surtout de « la lutte contre la pauvreté, la faim, les maladies, la dégradation de l’environnement et le changement climatique ».

Comme le note Fratelli tutti, rappelle le cardinal, « les personnes déplacées fuient souvent la guerre, la persécution et les catastrophes naturelles ». « Toute guerre, dénonce le pape dans son encyclique, laisse le monde pire que dans l’état où elle l’a trouvé. La guerre est toujours un échec de la politique et de l’humanité, une capitulation honteuse, une déroute devant les forces du mal. »

Parmi les « nombreux obstacles » qui « se présentent le long du chemin des migrants et réfugiés », le cardinal nomme la « mentalité xénophobe ». Cette mentalité, comme l’affirme le pape François, « n’est absolument pas compatible avec le christianisme » car ceux qui la véhiculent font « prévaloir certaines préférences politiques sur les convictions profondes de leur foi: la dignité inaliénable de chaque personne humaine indépendamment de son origine, de sa couleur ou de sa religion, et la loi suprême de l’amour fraternel. » (Fratelli tutti, 9)

Donc, quelle est « la réponse morale appropriée pour tous ceux qui sont contraints à fuir », demande le cardinal Czerny. La réponse « peut être résumée en quatre verbes actifs : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. »

« Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer »

Il y a « de nombreuses façons concrètes d’accueillir, de protéger, de promouvoir et d’intégrer ceux qui se sont échappés des crises humanitaires et sont devenus notre nouveau prochain », souligne le cardinal. Fratelli tutti « dresse la liste de quelques mesures pratiques et efficaces ». Parmi elles: « augmenter et simplifier l’octroi des visas, adopter des programmes de parrainage privé et communautaire, ouvrir des couloirs humanitaires pour les réfugiés les plus vulnérables, offrir un logement approprié et décent, garantir la sécurité personnelle et l’accès aux services essentiels ».

Fratelli tutti, poursuit le cardinal Czerny, « affirme clairement que les États seuls, en agissant pour leur compte propre, ne peuvent pas adopter des solutions adéquates ». « Un effort concerté est nécessaire au niveau global », comme le Pacte global pour une migration sûre, ordonnée et régulière qui a été signé en 2018.

Il rappelle également que « sur ce sujet, les réponses d’urgence sont nécessaires, mais insuffisantes » : « La planification et la collaboration sur le long terme sont essentielles pour soutenir les migrants qui désirent s’intégrer et pour promouvoir le développement durable de leurs pays d’origine. »

En approfondissant ce thème, écrit le cardinal, « le pape François affirme qu’une rencontre entre différentes cultures, comme celle qui jaillit de la migration, peut conduire à un enrichissement réciproque, ‘un don’ ». Comme « exemples concrets, le pape mentionne l’enrichissement culturel apporté par la migration des Latino-Américains aux États-Unis et par la migration italienne dans son pays d’origine, l’Argentine ». Le pape souligne « qu’à travers la rencontre les pays peuvent apprendre les uns des autres, et, de cette façon, contribuer à la réalisation d’un monde moins matérialiste, plus équitable et pacifique ».

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31 décembre 2020 4 31 /12 /décembre /2020 23:59
Urbi et Orbi, Pâques 2019 © Vatican Media

Urbi et Orbi, Pâques 2019 © Vatican Media

Journée mondiale de la paix : refuser la « normalisation du conflit », le message du pape

Pour développer une culture du « soin » (texte complet)

Comment éduquer à la culture du soin, préalable à la paix ? Le pape François souligne le rôle de la famille, de l’école, des religions, dans son message pour la 54e Journée mondiale de la paix qui sera célébrée le 1er janvier 2021.

« Nous devons nous arrêter et nous demander : qu’est-ce qui a conduit à la normalisation du conflit dans le monde ? écrit le pape. Et, surtout, comment convertir notre cœur et changer notre mentalité pour chercher vraiment la paix dans la solidarité et dans la fraternité ? »

Il donne les principes de la doctrine sociale de l’Église comme « base de la culture du soin » : « un précieux patrimoine de principes, critères et indications desquels tirer la “grammaire” du soin : la promotion de la dignité de toute personne humaine, la solidarité avec les pauvres et les sans défense, la sollicitude pour le bien commun, la sauvegarde de la création ».

Dans ce texte publié ce 17 décembre, le pape déplore les ressources « gaspillées en faveur des armes, en particulier les armes nucléaires, des ressources qui pourraient être utilisées à des priorités plus significatives pour garantir la sécurité des personnes, telles que la promotion de la paix et du développement humain intégral, la lutte contre la pauvreté, la garantie des besoins sanitaires ».

Il exhorte à nouveau à prendre la décision « courageuse » de « constituer avec l’argent que l’on emploie pour les armes et pour les autres dépenses militaires, un “Fonds mondial” pour pouvoir éliminer définitivement la faim et contribuer au développement des pays les plus pauvres ».

AKM

Message du pape François

La culture du soin comme parcours de paix

1. Au seuil de la nouvelle année, je souhaite adresser mes salutations les plus respectueuses aux Chefs d’État et de Gouvernement, aux responsables des Organisations internationales, aux leaders spirituels et aux fidèles des différentes religions, aux hommes et aux femmes de bonne volonté. J’adresse à tous mes meilleurs vœux pour que cette année puisse faire progresser l’humanité sur la voie de la fraternité, de la justice et de la paix entre les personnes, les communautés, les peuples et les États.

L’année 2020 a été marquée par la grande crise sanitaire de la Covid-19 qui est devenue un phénomène multisectoriel et global, aggravant des crises très fortement liées entre elles, comme les crises climatique, alimentaire, économique et migratoire, et provoquant de grands inconvénients et souffrances. Je pense surtout à ceux qui ont perdu un membre de leur famille ou une personne chère, mais aussi à ceux qui ont perdu leur travail. Un souvenir spécial s’adresse aux médecins, aux infirmiers, aux pharmaciens, aux chercheurs, aux volontaires, aux aumôniers et au personnel des hôpitaux et des centres de soins qui se sont prodigués, et continuent à le faire, au prix de grandes fatigues et de grands sacrifices à tel point que certains d’entre eux sont morts dans leur désir d’être proche des malades, de soulager leurs souffrances ou de leur sauver la vie. En rendant hommage à ces personnes, je renouvelle mon appel aux responsables politiques et au secteur privé pour qu’ils adoptent les mesures appropriées afin de garantir l’accès aux vaccins contre la Covid-19 et aux technologies indispensables nécessaires pour assister les malades et tous ceux qui sont plus pauvres et plus fragiles.[1]

Il est douloureux de constater qu’à côté des nombreux témoignages de charité et de solidarité, diverses formes de nationalisme, de racisme, de xénophobie, et aussi de guerres et de conflits qui sèment la mort et la destruction, prennent malheureusement un nouvel élan. Ces événements et d’autres, qui ont marqué le chemin de l’humanité l’année passée, nous enseignent qu’il est important de prendre soin les uns des autres et de la création pour construire une société fondée sur des relations de fraternité. C’est pourquoi j’ai choisi comme thème de ce message : La culture du soin comme parcours de paix. Une culture du soin pour éliminer la culture de l’indifférence, du rejet et de l’affrontement, souvent prévalente aujourd’hui.

2. Dieu créateur, origine de la vocation humaine au soin

Dans de nombreuses traditions religieuses il y a des récits qui font référence à l’origine de l’homme, à sa relation avec le créateur, avec la nature et avec ses semblables. Dans la Bible, le Livre de la Genèse révèle, dès le début, l’importance du soin ou du fait de garder dans le projet de Dieu pour l’humanité, mettant en lumière la relation entre l’homme (‘adam) et la terre (‘adamah), et entre frères. Dans le récit biblique de la création, Dieu remet le jardin “planté en Éden” (cf. Gn 2, 8) entre les mains d’Adam avec la charge de “le cultiver et de le garder” (cf. Gn 2, 15). Cela signifie, d’une part rendre la terre productive et, d’autre part, la protéger et lui conserver sa capacité de soutenir la vie.[2] Les verbes “cultiver” et “garder” décrivent la relation entre Adam et sa maison-jardin, et montrent aussi la confiance que Dieu met en lui en le faisant seigneur et gardien de toute
la création.

La naissance de Caïn et Abel provoque une histoire entre frères dont les relations seront interprétées – négativement – par Caïn en termes de protection ou de garde. Après avoir tué son frère Abel, Caïn répond à la question de Dieu : « Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? » (Gn 4, 9).[3] Oui, certainement ! Caïn est le “gardien” de son frère. « Dans ces récits si anciens, emprunts de profond symbolisme, une conviction actuelle était déjà présente : tout est lié, et la protection authentique de notre propre vie comme de nos relations avec la nature est inséparable de la fraternité, de la justice ainsi que de la fidélité aux autres ».[4]*

3. Dieu créateur, modèle de soin

La Sainte Écriture présente Dieu non seulement comme créateur mais aussi comme celui qui prend soin de ses créatures, en particulier d’Adam, d’Ève et de leurs enfants. Le même Caïn, bien que retombe sur lui la malédiction en raison du crime qu’il a commis, reçoit en don du Créateur un signe de protection pour que sa vie soit sauvegardée (cf. Gn 4, 15). Ce fait, en même temps qu’il confirme la dignité inviolable de la personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, manifeste le plan divin pour préserver l’harmonie de la création parce que « la paix et la violence ne peuvent pas habiter dans la même demeure ».[5]

Le soin de la création est justement à la base de l’institution du Shabbat qui visait, outre le fait de réguler le culte divin, à rétablir l’ordre social et l’attention aux pauvres (cf. Gn 1, 1-3 ; Lv 25,4). La célébration du Jubilé à l’occasion de la septième année sabbatique accordait un répit à la guerre, aux esclaves et aux personnes endettées. En cette année de grâce, on prenait soin des plus fragiles en leur offrant une nouvelle perspective de vie de sorte qu’il n’y ait aucun nécessiteux dans le peuple (cf. Dt 15, 4).

Notable est aussi la tradition prophétique selon laquelle le sommet de la compréhension biblique de la justice se manifeste dans la manière dont une communauté traite les plus faibles en son sein. C’est pourquoi Amos (2, 6-8 ; 8) et Isaïe (58), en particulier, élèvent continuellement leur voix en faveur de la justice envers les pauvres qui, par leur vulnérabilité et leur manque de pouvoir, sont écoutés de Dieu seul qui prend soin d’eux (cf. Ps 34, 7 ; 113, 7-8).

4. Le soin dans le ministère de Jésus

La vie et le ministère de Jésus incarnent le sommet de la révélation de l’amour du Père pour l’humanité (cf. Jn 3, 16). Dans la synagogue de Nazareth, Jésus se manifeste comme celui que le Seigneur a consacré et « a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés » (Lc 4, 18). Ces actions messianiques, typiques des jubilés, constituent le témoignage le plus éloquent de la mission que le Père lui a confiée. Dans sa compassion, le Christ s’approche des malades par le corps et par l’esprit et il les guérit. Il pardonne aux pécheurs et leur donne une vie nouvelle. Jésus est le Bon Pasteur qui prend soin des brebis (cf. Jn 10, 11-18 ; Ez 34, 1-31). Il est le Bon Samaritain qui se penche sur l’homme blessé, soigne ses plaies et prend soin de lui (cf. Lc 10, 30-37).

Au sommet de sa mission, Jésus scelle le soin qu’il a pour nous en s’offrant sur la croix et en nous libérant ainsi de la servitude du péché et de la mort. Par le don de sa vie et son sacrifice, il nous a ouvert la voie de l’amour et il dit à chacun de nous : “Suis-moi. Fais de même” (cf. Lc 10, 37)

5. La culture du soin dans la vie des disciples de Jésus

Les œuvres de miséricorde spirituelles et corporelles constituent le cœur du service de la charité de l’Église primitive. Les chrétiens de la première génération pratiquaient le partage pour qu’aucun d’entre eux ne se trouve dans le besoin (cf. Ac 4, 34-35) et ils s’efforçaient de faire de la communauté une maison accueillante, ouverte à toute situation humaine, prête à prendre en charge les plus fragiles. Il devint ainsi habituel de faire des offrandes pour nourrir les pauvres, ensevelir les morts et nourrir les orphelins, les personnes âgées et les victimes de catastrophes, comme les naufrages. Et lorsque, dans les temps qui ont suivi, la générosité des chrétiens perdit un peu de son élan, certains Pères de l’Église insistèrent sur le fait que la propriété est conçue par Dieu pour le bien commun. Ambroise soutenait que « la nature a répandu toutes les choses pour les hommes et pour un usage commun. […] Par conséquent, la nature a produit un droit commun pour tous, mais l’avidité en a fait un droit pour un petit nombre ».[6] Une fois passées les persécutions des premiers siècles, l’Église a profité de la liberté pour inspirer la société et sa culture. « Les besoins du temps exigeaient de nouveaux engagements au service de la charité chrétienne. Les chroniques historiques rapportent d’innombrables exemples d’œuvres de miséricorde. De ces efforts concertés, de nombreuses institutions pour le soulagement de tous les besoins humains sont apparues : hôpitaux, logements pour les pauvres, orphelinats, accueil pour les enfants, refuges pour les gens de passage, et ainsi de suite ».[7]

6. Les principes de la doctrine sociale de l’Église comme base de la culture du soin

La diakonia des origines, enrichie par la réflexion des Pères et animée au cours des siècles par la charité agissante de si nombreux témoins lumineux de la foi, est devenue le cœur battant de la doctrine sociale de l’Église qui s’offre à toutes les personnes de bonne volonté comme un précieux patrimoine de principes, critères et indications desquels tirer la “grammaire” du soin : la promotion de la dignité de toute personne humaine, la solidarité avec les pauvres et les sans défense, la sollicitude pour le bien commun, la sauvegarde de la création.

*Le soin comme promotion de la dignité et des droits de la personne.

« Le concept même de personne, né et mûri dans le christianisme, aide à poursuivre un développement pleinement humain. Parce que qui dit personne dit toujours relation et non individualisme, affirme l’inclusion et non l’exclusion, la dignité unique et inviolable et non l’exploitation ».[8] Toute personne humaine est une fin en soi, jamais un simple instrument à évaluer seulement en fonction de son utilité. Elle est créée pour vivre ensemble dans la famille, dans la communauté, dans la société où tous les membres sont égaux en dignité. C’est de cette dignité que dérivent les droits humains, et aussi les devoirs, qui rappellent, par exemple, la responsabilité d’accueillir et de soutenir les pauvres, les malades, les marginaux, chacun étant notre « prochain, proche ou éloigné dans l’espace et dans le temps ».[9]

*Le soin de la maison commune.

Tout aspect de la vie sociale, politique et économique trouve son accomplissement quand il se met au service du bien commun, c’est-à-dire de « cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée ».[10] Par conséquent, nos plans et nos efforts doivent toujours prendre en compte les effets sur l’ensemble de la famille humaine, en pondérant les conséquences pour le moment présent et pour les générations futures. La pandémie de la Covid-19 montre combien cela est vrai et actuel, pandémie devant laquelle « nous nous rendons compte que nous nous trouvons dans la même barque, tous fragiles et désorientés, mais en même temps tous importants et nécessaires, tous appelés à ramer ensemble »,[11] parce que « personne ne se sauve tout seul »[12] et aucun État national isolé ne peut assurer le bien commun de sa propre population.[13]

*Le soin au moyen de la solidarité.

La solidarité exprime concrètement l’amour pour l’autre, non pas comme un vague sentiment mais comme « la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun, c’est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous ».[14] La solidarité nous aide à regarder l’autre – que ce soit comme personne ou que ce soit, au sens large, comme peuple ou comme nation – non pas comme une donnée statistique ou un moyen à exploiter et ensuite à écarter lorsqu’il n’est plus utile, mais comme notre prochain, compagnon de route, appelé à participer comme nous au banquet de la vie auquel tous sont également invités par Dieu.

*Le soin et la sauvegarde de la création.

L’Encyclique Laudato si’ prend pleinement acte de l’interconnexion de toute la réalité créée et met en relief l’exigence d’écouter en même temps le cri des nécessiteux et celui de la création.
De cette écoute attentive et constante peut naître un soin efficace de la terre, notre maison commune, et des pauvres. À ce sujet, je désire répéter que « le sentiment d’union intime avec les autres êtres de la nature ne peut pas être réel s’il n’y a pas en même temps dans le cœur de la tendresse, de la compassion et de la préoccupation pour les autres êtres humains ».[15] « Paix, justice et sauvegarde de la création sont trois questions entièrement connexes qui ne peuvent pas être séparées pour être traitées individuellement, sous peine de retomber dans le réductionnisme ».[16]

7 La boussole pour un cap commun

À une époque dominée par la culture du rejet, devant l’aggravation des inégalités dans les nations et entre elles,[17] je voudrais donc inviter les responsables des Organisations internationales et des gouvernements, du monde économique et du monde scientifique, de la communication sociale et des institutions éducatives, à prendre en main cette “boussole” des principes rappelés ci-dessus pour imprimer un cap commun au processus de globalisation, « un cap réellement humain ».[18] En effet, cela permettrait d’apprécier la valeur et la dignité de chaque personne, d’agir ensemble et dans la solidarité pour le bien commun, en soulageant ceux qui souffrent de la pauvreté, de la maladie, de l’esclavage, de la discrimination et des conflits. J’encourage par cette boussole chacun à devenir prophète et témoin de la culture du soin afin de combler de nombreuses inégalités sociales. Et cela sera possible seulement avec une participation forte et généralisée des femmes, dans la famille et dans chaque environnement social, politique et institutionnel.

La boussole des principes sociaux, nécessaire pour promouvoir la culture du soin, est indicative même pour les relations entre les nations qui devraient être inspirées par la fraternité, le respect réciproque, la solidarité et l’observance du droit international. À ce sujet, la protection et la promotion des droits humains fondamentaux, qui sont inaliénables, universels et indivisibles, doivent être réaffirmées.[19]

Le respect du droit humanitaire doit être aussi rappelé, surtout en ce moment où les conflits et les guerres se succèdent sans interruption. Malheureusement, beaucoup de régions et de communautés ne se rappellent plus le temps où elles vivaient en paix et en sécurité. De nombreuses villes sont devenues comme des épicentres de l’insécurité : leurs habitants luttent pour maintenir leurs rythmes normaux parce qu’ils sont attaqués et bombardés sans discrimination par des explosifs, de l’artillerie et des armes légères. Les enfants ne peuvent pas étudier. Les hommes et les femmes ne peuvent pas travailler pour nourrir les familles. La famine s’enracine là où elle était inconnue autrefois. Les personnes sont contraintes de fuir, laissant derrière elles non seulement leurs maisons, mais aussi l’histoire familiale et les racines culturelles.

Les causes de conflit sont nombreuses, mais le résultat est toujours le même : destructions et crise humanitaire. Nous devons nous arrêter et nous demander : qu’est-ce qui a conduit à la normalisation du conflit dans le monde ? Et, surtout, comment convertir notre cœur et changer notre mentalité pour chercher vraiment la paix dans la solidarité et dans la fraternité ?

Que de ressources sont gaspillées en faveur des armes, en particulier les armes nucléaires,[20] des ressources qui pourraient être utilisées à des priorités plus significatives pour garantir la sécurité des personnes, telles que la promotion de la paix et du développement humain intégral, la lutte contre la pauvreté, la garantie des besoins sanitaires. Certains problèmes mondiaux comme la pandémie actuelle de la Covid-19 et les changements climatiques le mettent aussi en lumière. Quelle décision courageuse serait celle de « constituer avec l’argent que l’on emploie pour les armes et pour les autres dépenses militaires, un “Fonds mondial” pour pouvoir éliminer définitivement la faim et contribuer au développement des pays les plus pauvres » ![21]

8. Pour éduquer à la culture du soin

La promotion de la culture du soin demande un processus éducatif. Pour cela, la boussole des principes sociaux constitue un instrument fiable pour divers contextes interdépendants. Je voudrais donner à ce sujet quelques exemples.

– L’éducation au soin naît dans la famille, élément naturel et fondamental de la société, où l’on apprend à vivre en relation et dans le respect réciproque. Cependant, la famille a besoin d’être mise dans des conditions qui lui permettent d’accomplir ce devoir vital et indispensable.
– Toujours en collaboration avec la famille, d’autres acteurs importants de l’éducation sont l’école et l’université et, de façon analogue par certains aspects, les acteurs de la communication sociale.[22] Ils sont appelés à véhiculer un système de valeurs fondé sur la reconnaissance de la dignité de chaque personne, de chaque communauté linguistique, ethnique et religieuse, de chaque peuple et des droits fondamentaux qui en dérivent. L’éducation constitue l’un des piliers les plus justes et solidaires de la société.
– Les religions en général, et les leaders religieux en particulier, peuvent jouer un rôle irremplaçable en transmettant aux fidèles et à la société les valeurs de la solidarité, du respect des différences, de l’accueil et du soin des frères les plus fragiles. Je rappelle à ce sujet les paroles du Pape Paul VI adressées au Parlement ougandais en 1969 : « Ne craignez pas l’Église : elle vous honore, vous éduque des citoyens honnêtes et loyaux, elle ne fomente pas de rivalités ni de divisions, elle cherche à promouvoir la saine liberté, la justice sociale, la paix. Si elle a quelque préférence, celle-ci va aux pauvres, à l’éducation des petits et du peuple, au soin de ceux qui souffrent ou sont délaissés ».[23] – À ceux qui sont engagés au service des populations dans les organisations internationales, gouvernementales et non gouvernementales, à ceux qui ont une mission éducative, et à tous ceux qui, à divers titres, œuvrent dans le domaine de l’éducation et de la recherche, je renouvelle mon encouragement afin que l’on puisse atteindre l’objectif d’une éducation « plus ouverte et plus inclusive, capable d’une écoute patiente, d’un dialogue constructif et d’une compréhension mutuelle » [24]. Je souhaite que cette invitation, adressée dans le cadre du Pacte éducatif global, trouve une adhésion large et variée.

9. Il n’y a pas de paix sans la culture du soin

La culture du soin, cet engagement commun, solidaire et participatif pour protéger et promouvoir la dignité et le bien de tous, cette disposition à s’intéresser, à prêter attention, à la compassion, à la réconciliation et à la guérison, au respect mutuel et à l’accueil réciproque, constitue une voie privilégiée pour la construction de la paix. « En bien des endroits dans le monde, des parcours de paix qui conduisent à la cicatrisation des blessures sont nécessaires. Il faut des artisans de paix disposés à élaborer, avec intelligence et audace, des processus pour guérir et pour se retrouver ».[25]

En ce temps où la barque de l’humanité, secouée par la tempête de la crise, avance péniblement à la recherche d’un horizon plus calme et serein, le gouvernail de la dignité de la personne humaine et la “boussole” des principes sociaux fondamentaux peuvent nous permettre de naviguer avec un cap sûr et commun. Comme chrétiens, nous tenons le regard tourné vers la Vierge Marie, Étoile de la mer et Mère de l’espérance. Tous ensemble, collaborons pour avancer vers un nouvel horizon d’amour et de paix, de fraternité et de solidarité, de soutien mutuel et d’accueil réciproque. Ne cédons pas à la tentation de nous désintéresser des autres, spécialement des plus faibles, ne nous habituons pas à détourner le regard,[26] mais engageons-nous chaque jour concrètement pour « former une communauté composée de frères qui s’accueillent réciproquement, en prenant soin les uns des autres ».[27]

Du Vatican, le 8 décembre 2020
FRANÇOIS

© Librairie éditrice du Vatican

________________________
[1] Cf. Vidéomessage à l’occasion de la 75ème Session de l’Assemblée Générale des Nations Unies, 25 septembre 2020.
[2] Cf. Lett. enc. Laudato si’ (24 mai 2015), n. 67.
[3] Cf. “Fraternité, fondement et route pour la paix”, Message pour la 47ème Journée Mondiale de la Paix 1er janvier 2014 (8 décembre 2013), n. 2.
[4] Lett. enc. Laudato si’ (24 mai 2015), n. 70.
[5] Conseil Pontifical Justice et Paix, Compendium de la Doctrine sociale de l’Église, n. 488.
[6] De officiis, 1, 28, 132 : PL 16, 67.
[7] K. Bihlmeyer-H. Tüchle, Church History vol. 1, Westminster, The Newman Press, 1958, pp. 373, 374.
[8] Discours aux participants au Congrès organisé par le Dicastère pour le Service du Développement humain Intégral à l’occasion du 50ème anniversaire de l’Encyclique “Populorum progressio” (4 avril 2017).
[9] Message à la 22ème Session de la Conférence des États Parties à la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (COP 22), (10 novembre 2016). Cf. Table Ronde Interdicastérielle du Saint Siège sur l’Écologie Intégrale, En chemin pour le soin de la maison commune. Cinq ans après Laudato si’, LEV, 31 mai 2020.
[10] Conc. Oecum. Vat II, Const. past. Gaudium et spes, n. 26.
[11] Moment extraordinaire de prière en temps d’épidémie, 27 mars 2020.
[12] Ibid.
[13] Cf. Lett. Enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), nn. 8.153.
[14] S. Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis (30 décembre 1987), n. 38.
[15] Lett. enc. Laudato si’ (24 mai 2015), n. 91.
[16] Conférence de l’Episcopat Dominicain, Lett. past. Sobre la relación del hombre con la naturaleza (21 janvier 1987) ; cf. Lett. enc. Laudato si’ (24 mai 2015), n. 92.
[17] Cf. Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 125.
[18] Ibid., n. 29.
[19] Cf. Message aux participants à la Conférence internationale “Les droits humains dans le monde contemporain : conquêtes, omissions, négations”, Rome, 10-11 décembre 2018.
[20] Cf. Message à la Conférence des Nations Unies pour la négociation d’un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires en vue de leur élimination complète, 23 mars 2017.
[21] Message vidéo à l’occasion de la Journée Mondiale de l’Alimentation 2020, 16 octobre 2020.
[22] Cf. Benoît XVI, “Éduquer les jeunes à la justice et à la paix”, Message pour la 45ème Journée Mondiale de la Paix 1er janvier 2012 (8 décembre 2011), n. 2 ; “Gagne sur l’indifférence et remporte la paix”, Message pour la 49ème Journée Mondiale de la Paix 1er janvier 2016 (8 décembre 2015), n. 6.
[23] Discours aux Députés et aux Sénateurs de l’Ouganda, Kampala, 1er août 1969.
[24] Message à l’occasion du lancement du Pacte Éducatif, 12 septembre 2019.
[25] Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 225.
[26] Cf. Ibid., n. 64.
[27] Ibid., n. 96 ; cf. “Fraternité, fondement et route pour la paix”, Message pour la 47e Journée Mondiale de la Paix 1er janvier 2014 (8 décembre 2013), n. 1.

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30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 18:48
Audience, 30 déc. 2020 © Vatican Media Vatican Media

Audience, 30 déc. 2020 © Vatican Media Vatican Media

Catéchèse : la gratitude rend le monde meilleur (traduction complète)

« Ne pas éteindre l’Esprit qui conduit à la gratitude »

Le pape a évoqué les « dettes de reconnaissance » que l’on peut contracter au cours de la vie:  « Plus d’une personne nous a regardés avec des yeux purs, gratuitement. Souvent, il s’agit d’éducateurs, de catéchistes, de personnes qui ont accompli leur rôle au-delà de la mesure demandée par le devoir. Et ils ont fait naître en nous la gratitude. Même l’amitié est un don dont il faut toujours être reconnaissants. »

Et cette gratitude, a insisté le pape rendu aussi le monde « meilleur »: « Ne négligeons surtout pas de rendre grâce: si nous sommes porteurs de gratitude, le monde devient lui aussi meilleur, peut-être seulement un peu plus, mais c’est ce qui suffit à lui transmettre un peu d’espérance. Le monde a besoin d’espérance et avec la gratitude, en ayant cette attitude de dire « merci », nous transmettons un peu d’espérance. Tout est uni, tout est lié, et chacun peut faire sa part là où il se trouve. La voie du bonheur est celle que saint Paul a décrite à la fin de l’une de ses lettres: «En toute condition soyez dans l’action de grâces. C’est la volonté de Dieu sur vous dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit ». Ne pas éteindre l’Esprit, un beau programme de vie! Ne pas éteindre l’Esprit qui est en nous, nous conduit à la gratitude.

Voici la traduction officielle de la catéchèse donnée par le pape François en italien.

AB

Catéchèse du pape François sur la prière de remerciement

Chers frères et sœurs, bonjour!

Je voudrais m’arrêter aujourd’hui sur la prière d’action de grâce. Et je tire mon inspiration d’un épisode rapporté par l’évangéliste Luc. Alors que Jésus est en chemin, dix lépreux viennent à sa rencontre, en implorant: «Jésus, Maître, aie pitié de nous!” (17,13). Nous savons que, pour les malades de la lèpre, l’exclusion sociale et l’exclusion religieuse s’ajoutait à la souffrance physique. Ils étaient exclus. Jésus ne refuse pas de les rencontrer. Parfois, il va au-delà des limites imposées par les lois et il touche le malade – ce qu’on ne pouvait pas faire –, il l’embrasse, il le guérit. Dans ce cas, il n’y a pas de contact. A distance, Jésus les invite à se présenter aux prêtres (v. 14), qui étaient chargés, selon la loi, de certifier la guérison qui avait eu lieu. Jésus ne dit rien d’autre. Il a écouté leur prière, il a écouté leur cri de pitié, et il les envoie immédiatement auprès des prêtres.

Ces dix lépreux ont confiance, ils ne restent pas là jusqu’au moment où ils sont guéris, non : ils ont confiance et ils y vont immédiatement, et pendant qu’ils y vont, ils guérissent, tous les dix. Les prêtres auraient donc pu constater leur guérison et les réadmettre à la vie normale. Mais c’est là que se trouve le point le plus important: de ce groupe, seulement un, avant d’aller chez les prêtres, revient en arrière pour remercier Jésus et louer Dieu pour la grâce reçue. Seulement un, les neuf autres continuent leur chemin. Et Jésus remarque que cet homme était un samaritain, une sorte d’ “hérétique” pour les juifs de ce temps. Jésus commente: «Il ne s’est trouvé, pour revenir rendre gloire à Dieu, que cet étranger!» (17,18). C’est un récit touchant !

Ce récit, pour ainsi dire, divise le monde en deux: ceux qui ne remercient pas et ceux qui remercient; ceux qui prennent tout comme si cela leur était dû, et ceux qui accueillent tout comme un don, comme une grâce. Le Catéchisme écrit: «Tout événement et tout besoin peuvent devenir offrande d’action de grâces » (n. 2638). La prière d’action de grâce commence toujours par-là: se reconnaître précédés par la grâce. Nous avons été pensés avant que nous apprenions à penser; nous avons été aimés avant que nous apprenions à aimer; nous avons été désirés avant que dans notre cœur ne naisse un désir. Si nous regardons la vie ainsi, alors l’ “action de grâce” devient le fil directeur de nos journées. Très souvent, nous oublions même de dire «merci»

Pour nous chrétiens, l’action de grâce a donné son nom au sacrement le plus essentiels qui soit: l’Eucharistie. En effet, le mot grec signifie précisément cela: remerciement. Les chrétiens, comme tous les croyants, bénissent Dieu pour le don de la vie. Vivre est tout d’abord avoir reçu la vie. Nous naissons tous parce que quelqu’un a désiré la vie pour nous. Et c’est seulement la première d’une longue série de dettes que nous contractant en vivant. Des dettes de reconnaissance. Au cours de notre existence, plus d’une personne nous a regardés avec des yeux purs, gratuitement. Souvent, il s’agit d’éducateurs, de catéchistes, de personnes qui ont accompli leur rôle au-delà de la mesure demandée par le devoir. Et ils ont fait naître en nous la gratitude. Même l’amitié est un don dont il faut toujours être reconnaissants.

Ce “merci” que nous devons dire sans cesse, ce merci que le chrétien partage avec tous, s’ouvre plus encore dans la rencontre avec Jésus. Les Évangiles attestent que le passage de Jésus suscitait souvent la joie et la louange à Dieu chez ceux qui le rencontraient. Les récits de Noël sont peuplés d’orants qui ont le cœur dilaté par la venue du Sauveur. Et nous aussi avons été appelés à participer à cette immense joie. C’est ce que suggère également l’épisode des dix lépreux guéris. Naturellement, ils étaient tous heureux d’avoir retrouvé la santé, pouvant ainsi sortir de cette interminable quarantaine forcée qui les excluait de la communauté. Mais parmi eux, il y en a un qui ajoute la joie à la joie: au-delà de la guérison, il se réjouit pour la rencontre qui a eu lieu avec Jésus. Non seulement il est libéré du mal, mais il possède à présent également la certitude d’être aimé. C’est le centre: quand tu remercies, tu exprimes la certitude d’être aimé. Et c’est un grand pas: avoir la certitude d’être aimés. C’est la découverte de l’amour comme force qui gouverne le monde. Dante dirait: l’Amour «qui meut le soleil et les autres étoiles” (Paradis, XXXIII, 145). Nous ne sommes plus des voyageurs errants qui vagabondent ici et là, non: nous avons une maison, nous demeurons dans le Christ, et de cette “demeure” nous contemplons tout le reste du monde, et celui-ci nous apparaît infiniment plus beau. Nous sommes des enfants de l’amour, nous sommes des frères de l’amour. Nous sommes des hommes et des femmes de grâce.

Frères et sœurs; cherchons donc à être toujours dans la joie de la rencontre avec Jésus. Cultivons l’allégresse. Le démon, en revanche, après nous avoir trompé – avec n’importe quelle tentation –, nous laisse toujours tristes et seuls. Si nous sommes dans le Christ, aucun péché et aucune menace ne pourrons jamais nous empêcher de continuer le chemin avec joie, avec de nombreux compagnons de route.

Ne négligeons surtout pas de rendre grâce: si nous sommes porteurs de gratitude, le monde devient lui aussi meilleur, peut-être seulement un peu plus, mais c’est ce qui suffit à lui transmettre un peu d’espérance. Le monde a besoin d’espérance et avec la gratitude, en ayant cette attitude de dire « merci », nous transmettons un peu d’espérance. Tout est uni, tout est lié, et chacun peut faire sa part là où il se trouve. La voie du bonheur est celle que saint Paul a décrite à la fin de l’une de ses lettres: «En toute condition soyez dans l’action de grâces. C’est la volonté de Dieu sur vous dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit » (1 Th 5,17-19). Ne pas éteindre l’Esprit, un beau programme de vie! Ne pas éteindre l’Esprit qui est en nous, nous conduit à la gratitude.

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30 décembre 2020 3 30 /12 /décembre /2020 18:20

La sobriété heureuse

 

      Face à l’urgence, l’Église est porteuse d’un message pour l’humanité en recherche de nouvelles voies. Le Bible, la tradition des Pères, l’Évangile, les ordres religieux ont promu une manière de vivre et d’être qui préserve la création comme don de Dieu et qui protège les hommes des dérives de la possession avide des richesses et de l’exploitation du frère.

       La sobriété heureuse est partout présente chez les peuples de l’Ancien Testament. Le plus souvent nomades, ils devaient régulièrement quitter la terre où ils s’étaient installés pour nourrir leurs troupeaux . Ils étaient bergers comme Moïse faisant paître le troupeau de son beau-père Jéthro (Ex 3). Puis les nomades se sont sédentarisés avant que l’exil ne les jette à nouveau sur les chemins de la traversée du désert. Le peuple de Dieu a gardé mémoire de l’importance de l’eau et de la nourriture. A chaque repas une prière viendra rappeler cela car l’humilité est ce qui nous préserve de l’oubli de notre condition de créature, même quand le peuple, devenu agriculteur, sera capable de produire lui-même sa nourriture. Jésus et ses disciples verront dans la dépendance aux don de Dieu un signe de la liberté des hommes.

        Cela est paradoxal pour l’homme du XXIe siècle. La liberté, nous la situons du côté de l’autonomie, de l’affranchissement, de l’autosuffisance, quitte à ruiner la terre, à l’épuiser, pour nous enrichir toujours davantage. Or, Jésus nous prévient: « Gardez-vous bien de toute avidité car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède » (Lc 12,15). 

       Face à l’amour de l’argent et à l’esclavage dans lequel il nous tient, il y a la liberté du cœur, de l’esprit et de l’âme que nous donne la pratique de la vie sobre. La sobriété chrétienne a ceci de particulier qu’elle n’est jamais une fin en soi. Elle est toute entière ordonnée, c’est à dire tournée vers Dieu, la création et les frères. Pour le chrétien, vivre sobrement ne signifie pas vivre moins. Cela signifie avant tout vivre mieux en respectant la loi naturelle, celle que Dieu a mise au cœur du monde et de ses créatures, en apprenant à savourer pleinement ce qui nous est donné et en privilégiant toujours le bien commun.

       Privilégier l’être à l’avoir, le « assez » au « toujours plus », l’équité entre tous les hommes de tous les continents, voilà le nouveau paradigme auquel il nous faut consentir si nous voulons garantir la paix sur cette terre et préparer un avenir aux générations à venir.
S’il est urgent de protéger la création, il est urgent de protéger l’homme qui devient une espèce dénaturée, privée de sa culture et de sa dimension spirituelle.
L’humanité est à un tournant. Et soudain, du plus profond de son histoire, l’oreille attentive de l’homme peut entendre ceci : « Vois ! Je mets aujourd’hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. Ce que je te commande aujourd’hui, c’est d’aimer le Seigneur ton Dieu, de marcher dans ses chemin, de garder ses commandements. Alors tu vivras et le Seigneur ton Dieu te bénira »(Dt 30,15) C’est une très ancienne Parole qui vient nous rejoindre aujourd’hui.

      La sobriété, pour être heureuse, appelle aussi la recherche de la paix, de la fraternité, du partage. Elle est fille de l’émerveillement, de la disponibilité, d’un cœur grand ouvert. Elle se fonde, pour les croyants, sur l’histoire de l’Alliance voulue par Dieu pour le salut des hommes. Nous pouvons nous mettre à l’écoute des communautés monastiques qui ont promu un art de vivre harmonieux alliant travail intellectuel et travail manuel, vie de prière et vie fraternelle. Elles sont nos maîtres sur le chemin de la sobriété heureuse !

 

P.S. privé d'internet, de téléphone, de courriel, plusieurs jours, en ce temps de Noël, cela se rétablit!  Il n'est pas trop tard pour vous souhaiter un Joyeux Noël dans une sobriété heureuse et une Nouvelle Année dans la PAIX, la Sérénité et la FRATERNITE ("Fratelli Tutti"), dans le respect de la Nature, notre Maison Commune ("Laudato Si"), telle que nous y invite François en cette année St Joseph ("Patris corde")

Philippe

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21 décembre 2020 1 21 /12 /décembre /2020 22:58
Voeux aux employés du Vatican, 21 déc. 2020 © Vatican Media

Voeux aux employés du Vatican, 21 déc. 2020 © Vatican Media

Célébrer Noël comme les bergers : «Redécouvrir, contempler et annoncer» (traduction complète)

Vœux de Noël du pape François aux employés du Vatican

Pour sortir de « la torpeur » et de « la peur, surtout en cette période d’urgence sanitaire, où l’on fatigue à retrouver l’enthousiasme de la vie et de la foi » le pape François invite à imiter les bergers, en adoptant « trois attitudes, trois verbes : redécouvrir, contempler et annoncer. » Il a proposé ces points pour un examen de conscience: « Que chacun de nous voit dans sa vie comme il peut redécouvrir, comment il peut contempler et comment il peut annoncer. »

Le pape s’est aussi engagé à ce qu’il n’y ait pas de licenciements ni de baisses de salaires: « Vous êtes ce qu’il y a de plus important », s’est exclamé le pape.

Le pape François a présenté ses vœux de Noël aux employés du Vatican, réunis dans la Salle Paul VI, ce lundi 21 décembre 2020. Il les a remerciés pour leur travail « accompli avec passion » au service du Saint-Siège et leur a assuré que, malgré les difficultés économiques qui affectent aussi le petit État, personne ne serait licencié.

Le pape a d’abord invité ses auditeurs à « redécouvrir la naissance du Fils de Dieu comme le plus grand événement de l’histoire », « dont on parle encore aujourd’hui », vingt siècles plus tard. La seconde attitude est de contempler, dans l’Enfant Jésus, « la bonté de Dieu » : « nous savons que nous avons besoin de miséricorde dans la vie. Chacun le sait et peut donner un prénom et un nom à ce qu’il a dans son cœur et qui a besoin de la miséricorde de Dieu ».

Enfin, le pape François a exhorté les employés du Vatican à « apporter la joyeuse annonce au monde », à annoncer, « par la parole » et par « le témoignage de vie » que « Jésus est notre Sauveur ». « C’est un devoir », a-t-il souligné, avant de conclure : « Soyez joyeux, soyez des témoins de la joie ! ».

Voici notre traduction des paroles du pape François prononcées en italien.

HG

Vœux du pape François

Chers frères et sœurs,

C’est pour moi une joie de vous rencontrer, vous tous employés du Vatican ainsi que vos familles, à l’approche des fêtes de Noël. Je remercie votre collègue médecin qui a pris la parole en votre nom à tous : ses mots nous ont fait du bien et nous donnent de l’espoir. Je suis reconnaissant envers chacun de vous pour le travail que vous accomplissez avec passion au service de la Curie romaine et de la Cité du Vatican. La pandémie a provoqué non seulement une crise sanitaire mais également bon nombre de difficultés économiques à beaucoup de familles et d’institutions. Le Saint-Siège aussi en a souffert et s’efforce d’affronter le mieux possible cette situation précaire. Il s’agit de répondre aux besoins légitimes de vous, qui êtes employés, et à ceux du Saint-Siège : nous devons mutuellement nous soutenir et avancer dans notre travail commun, mais toujours.

Nos collaborateurs – vous, qui travaillez au Saint-Siège – vous êtes ce qu’il y a de plus important : personne ne doit être laissé de côté, personne ne doit quitter son travail ; les supérieurs du Gouvernorat et également de la Secrétairerie d’Etat, cherchent tous les moyens de ne pas baisser vos salaires et de ne rien diminuer, rien en cette période difficile pour le fruit de votre travail. On cherche tous les moyens, mais les principes restent les mêmes : ne pas quitter son travail ; que personne ne soit licencié, que personne ne souffre du grave impact économique de cette pandémie. Mais nous devons tous ensemble travailler davantage pour nous aider mutuellement à résoudre ce problème qui n’est pas facile, parce que vous le savez : ici, au Gouvernorat comme à la Secrétairerie d’Etat, il n’y a pas de Mandrake ! il n’y a pas de baguette magique et nous devons chercher les voies pour résoudre cela et avec bonne volonté, tous ensemble, nous le résoudrons. Aidez-moi pour cela et je vous aide aussi : tous ensemble, nous nous aidons à avancer comme une même famille. Merci.

Noël est une fête de la joie, « parce que Jésus nous est né » (cf. Is 9, 5) et nous sommes tous appelés à aller à lui. Les bergers nous donnent l’exemple. Nous devons nous aussi aller voir Jésus : nous secouer de notre torpeur, de l’ennui, de l’apathie, du désintérêt et de la peur, surtout en cette période d’urgence sanitaire, où l’on fatigue à retrouver l’enthousiasme de la vie et de la foi. C’est fatigant : c’est une période qui fatigue. En imitant les bergers, nous sommes appelés à adopter trois attitudes, trois verbes : redécouvrir, contempler et annoncer. Que chacun de nous voie dans sa vie comme il peut redécouvrir, comment il peut contempler et comment il peut annoncer.

Il est important de redécouvrir la naissance du Fils de Dieu comme le plus grand événement de l’histoire. C’est l’événement annoncé par les prophètes des siècles auparavant. C’est l’événement dont on parle encore aujourd’hui : quel est le personnage historique dont on parle comme on le fait de Jésus ? Vingt siècles ont passés et Jésus est plus vivant que jamais – et également plus persécuté, tellement souvent ; et aussi plus sali par le manque de témoignage de tant de chrétiens. Vingt siècles ont passés. Et ceux qui s’éloignent de lui, par leur comportement, rendent encore témoignage à Jésus : sans lui, l’homme tombe dans le mal : dans le péché, le vice, l’égoïsme, la violence, la haine. Le Verbe s’est fait chair et a fait sa demeure parmi nous : voilà l’événement que nous devons redécouvrir.

La deuxième attitude est la contemplation. La première était redécouvrir ; la deuxième : contempler. Les bergers se disent : « Allons voir l’événement que le Seigneur nous a fait connaître » (Lc 2, 15) : c’est-à-dire méditons, contemplons, prions. Et ici, le plus bel exemple nous est donné par la maman de Jésus, par Marie : elle conservait dans son cœur, elle méditait… Et en méditant, que découvrons-nous ? Saint Paul nous le dit : « lorsque Dieu, notre Sauveur, a manifesté sa bonté et son amour pour les hommes, il nous a sauvés, non pas à cause de la justice de nos propres actes, mais par sa miséricorde. Par le bain du baptême, il nous a fait renaître et nous a renouvelés dans l’Esprit Saint » (Tt 3, 4-5).

Nous découvrons que Dieu manifeste sa bonté dans l’enfant Jésus. Il manifeste sa miséricorde pour chacun de nous, nous savons que nous avons besoin de miséricorde dans la vie. Chacun le sait et peut donner un prénom et un nom à ce qu’il a dans son cœur et qui a besoin de la miséricorde de Dieu. Qui ne se sent pas attendri devant un petit enfant ? En l’enfant Jésus, Dieu se montre aimable, plein de bonté, de douceur. Vraiment, un Dieu comme cela, nous pouvons l’aimer de tout notre cœur. Dieu manifeste sa bonté pour nous sauver. Et que signifie être sauvés ? Cela signifie entrer dans la vie même de Dieu, devenir enfants adoptifs de Dieu par le baptême. C’est cela, la grande signification de Noël : Dieu se fait homme pour que nous puissions devenir enfants de Dieu.

La deuxième Personne de la Trinité s’est faite homme, pour devenir le frère ainé, le premier-né d’une multitude de frères. Et Dieu nous sauve donc par le baptême et nous fait tous entrer comme des frères : contempler ce mystère, contempler le Petit Enfant. Et c’est pourquoi la catéchèse que nous offre la crèche est si belle, parce qu’elle nous montre l’Enfant tendre qui nous annonce la miséricorde de Dieu. Contempler les crèches. Et quand, l’autre jour, j’ai béni les « Bambinelli » (les « enfants Jésus » des crèches, apportés à l’Angelus pour être bénis par le pape, ndr), cela a été une contemplation. Le petit enfant Jésus de la crèche est une représentation, mais c’est une représentation qui nous fait réfléchir à cette grande miséricorde de Dieu qui s’est fait Petit enfant.

Et devant cette réalité, la troisième attitude est d’annoncer. C’est l’attitude qui nous aide à avancer. Les trois attitudes qui nous aident en ce moment, et avant comme cela. Comment devons-nous faire ? Regardons encore une fois les bergers : « Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé » (Lc 2, 20). Ils retournèrent à leur vie de tous les jours. Nous aussi, nous devons retourner à notre vie de tous les jours : Noël passe.

Mais nous devons retourner à la vie en famille, au travail, transformer, nous devons repartir en glorifiant et en louant Dieu pour tout ce que nous avons entendu et vu. Nous devons apporter la joyeuse annonce au monde : Jésus est notre Sauveur. Et c’est un devoir. Pourquoi ai-je l’espérance ? Parce que le Seigneur m’a sauvé. Nous souvenir de ce que nous contemplons et avancer pour l’annoncer. L’annoncer par la parole, par le témoignage de notre vie. Et ni les difficultés ni les souffrances ne peuvent assombrir la lumière de Noël qui suscite une joie intime que personne ne peut nous enlever.

Avançons ainsi, avec ces trois attitudes : redécouvrir, contempler et annoncer.

Chers frères et sœurs, je vous redis ma gratitude, je vous redis mon estime pour votre travail. Beaucoup parmi vous sont un exemple pour les autres : ils travaillent pour leur famille, avec un esprit de service pour l’Église et toujours avec la joie qui vient de savoir que Dieu est toujours parmi nous, il est le Dieu-avec-nous. Et n’oubliez pas : la joie est contagieuse et elle fait du bien à toute la communauté de travail. De même, par exemple, la tristesse qui vient des ragots n’est pas bonne et tire vers le bas. La joie est contagieuse et fait grandir. Soyez joyeux, soyez des témoins de la joie ! Et de tout cœur, Bon Noël à tous !

© Traduction de Zenit, Hélène Ginabat

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 22:26
Angélus du 20 décembre 2020 © Vatican Media

Angélus du 20 décembre 2020 © Vatican Media

Angélus : prier, agir, sans reporter à demain

Paroles du pape François (Traduction intégrale)

 

« “Je dois prier ?”, “oui, et je prie”. “Je dois aider les autres ? Oui” Comment faire ? Je le fais. Sans reporter », a insisté le pape François à l’angélus de ce dimanche 20 décembre 2020, exhortant à dire oui sans remettre à plus tard.

Depuis la fenêtre du bureau apostolique donnant place Saint-Pierre, le pape a mis en garde contre la « chaîne des demains ». « Si la naissance de Jésus ne touche pas notre vie – la mienne, la tienne, toutes – elle est en vain », a-t-il aussi prévenu.

Voici notre traduction de ses paroles prononcées avant la prière mariale.

Méditation du pape François

Chers frères et sœurs, bonjour !

En ce quatrième et dernier dimanche de l’Avent, l’Evangile nous repropose le récit de l’Annonciation. «Réjouis-toi», dit l’ange à Marie, « voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus » (Lc 1,28.31). Cela semble une annonce de pure joie, destinée à rendre la Vierge heureuse : qui parmi les femmes de ce temps ne rêvait pas de devenir la mère du Messie ? Mais, avec la joie, ces paroles annoncent à Marie une grande épreuve. Pourquoi ? Parce qu’à ce moment là elle était «fiancée»… (v. 27) à Joseph. Dans cette situation, la Loi de Moïse établissait qu’il ne devait pas y avoir de rapports et de cohabitation. Donc, en ayant un fils, Marie aurait enfreint la Loi, et la peine était terrible pour les femmes : la lapidation était prévue (cf. Dt 22,20-21).

Le message divin aura certainement rempli le cœur de Marie de lumière et de force ; cependant, elle se retrouvait devant un choix crucial : dire “oui” à Dieu en risquant tout, y compris sa vie, ou décliner l’invitation et poursuivre son chemin ordinaire.

Que fait-elle ? Elle répond ainsi : « Que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1,38). Advienne: c’est le fameux fiat de Marie. Mais dans la langue d’origine de l’Evangile il y a quelque chose de plus. L’expression verbale indique un désir fort, la volonté ferme que quelque chose se réalise. En d’autres termes, Marie ne dit pas : “Si cela doit advenir, que cela advienne… si on ne peut pas faire autrement…”. Non, elle n’exprime pas une acceptation faible et soumise, mais un désir fort et vif. Elle n’est pas passive, mais active. Elle ne subit pas Dieu, elle adhère à Dieu. C’est une amoureuse disposée à servir son Seigneur en tout et tout de suite. Elle aurait pu demander un peu plus de temps pour y penser, ou plus d’explications sur ce qui allait se passer ; peut-être poser quelque condition… Au contraire elle ne prend pas de temps, elle ne fait pas attendre Dieu, elle ne diffère pas.

Pensons à nous à présent : si souvent notre vie est faite de reports, y compris notre vie spirituelle ! Par exemple je sais que cela me fait du bien de prier, mais aujourd’hui je n’ai pas le temps… “demain, demain, demain, demain…” Nous reportons les choses : je le ferai demain. Je sais qu’il est important d’aider telle personne – oui je dois le faire : je le ferai demain. C’est la chaîne des demains. Reporter les choses. Aujourd’hui, au seuil de Noël, Marie nous invite à ne pas remettre à plus tard, à dire “oui”. “Je dois prier ?”, “oui, et je prie”. “Je dois aider les autres ? Oui” Comment faire ? Je le fais. Sans reporter. Chaque “oui” coûte. Chaque “oui” coûte mais toujours moins que ce qu’a coûté à Marie ce “oui” courageux, ce “oui” prêt, ce « que tout m’advienne selon ta parole » qui nous a apporté le salut.

Et nous, quel “oui” pourrions-nous dire? En ces temps difficiles, au lieu de nous plaindre de ce que la pandémie nous empêche de faire, faisons quelque chose pour ceux qui ont moins: non pas un énième cadeau pour nous et nos amis, mais pour une personne dans le besoin à laquelle personne ne pense ! Et un autre conseil : pour que Jésus naisse en nous, préparons notre cœur, allons prier. Ne nous laissons pas “conduire” par le consumérisme : “je dois acheter les cadeaux, je dois faire ceci et cela…”. Cette frénésie de faire tant de choses… l’important est Jésus. Le consumérisme, frères et sœurs, nous a séquestré Noël. Le consumérisme n’est pas dans la mangeoire de Bethléem : c’est la réalité, la pauvreté, l’amour, qui y sont. Préparons notre cœur comme l’a fait Marie : libéré du mal, accueillant, prêt à accueillir Dieu.

« Que tout m’advienne selon ta parole ». C’est l’ultime phrase de la Vierge en ce dernier dimanche de l’Avent, et c’est l’invitation à faire un pas concret vers Noël. Car si la naissance de Jésus ne touche pas notre vie – la mienne, la tienne, toutes – elle est en vain. Dans l’Angélus maintenant nous allons dire nous aussi “que tout m’advienne selon ta parole ”: que la Vierge Marie nous aide à le dire par notre vie, par notre attitude de ces derniers jours, pour bien nous préparer à Noël.

Traduction de Zenit, Anne Kurian-Montabone

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20 décembre 2020 7 20 /12 /décembre /2020 22:22
Angélus du 20 décembre 2020 © Vatican Media

Angélus du 20 décembre 2020 © Vatican Media

Le consumérisme « a sequestré Noël », dénonce le pape

Invitation à retrouver le plus important

Le consumérisme « nous a séquestré Noël » : c’est la charge du pape François lors de l’angélus qu’il présidait ce 20 décembre 2020 en milieu de journée.

Depuis la Place Saint-Pierre, le pape a invité à préparer son coeur : « Allons prier. Ne nous laissons pas “conduire” par le consumérisme… “je dois acheter les cadeaux, je dois faire ceci et cela…”. Cette frénésie de faire tant de choses… l’important est Jésus. »

« Le consumérisme, frères et soeurs, a alors asséné le pape, sortant de sa méditation préparée à l’avance, nous a séquestré Noël. Le consumérisme n’est pas dans la mangeoire de Bethléem : c’est la réalité, la pauvreté, l’amour, qui y sont. »

« En ces temps difficiles, a-t-il recommandé, au lieu de nous plaindre de ce que la pandémie nous empêche de faire, faisons quelque chose pour ceux qui ont moins: non pas un énième cadeau pour nous et nos amis, mais pour une personne dans le besoin à laquelle personne ne pense ! »

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18 décembre 2020 5 18 /12 /décembre /2020 11:59
Couronne de l'Avent, 16 déc. 2020, capture @ Vatican Media

Couronne de l'Avent, 16 déc. 2020, capture @ Vatican Media

Audience: pour un Noël 2020 « plus vrai »

Au milieu des restrictions, moins de consommation

 

Le pape François a souhaité que ce Noël 2020, au milieu des restrictions, n’en soit que plus « vrai », loin de la « consommation », en quelque sorte « purifié ».

En s’adressant aux personnes de langue italienne au terme de l’audience de ce mercredi 16 décembre 2020, depuis la bibliothèque privée du Vatican, le pape a voulu « exhorter chacun à « se hâter » vers Noël, le vrai, c’est-à-dire la naissance de Jésus-Christ ».

Le pape a fait remarquer les circonstances de la naissance de Jésus à Bethléem: « Cette année, des restrictions et des inconvénients nous attendent; mais pensons au Noël de la Vierge Marie et de Saint Joseph: ce n’étaient pas des roses et des fleurs! Combien de difficultés! Combien de soucis! Pourtant, la foi, l’espérance et l’amour les ont guidés et soutenus. Qu’il en soit ainsi pour nous aussi! »

Et le pape a ajouté le souhait que ce que « difficultés » actuelles aident les chrétiens « à purifier un peu notre façon de vivre Noël », qu’il soit « plus vrai », avec moins de « consommation ».

Le pape a aussi salué en italien « les personnes âgées, les jeunes, les malades et les nouveaux mariés » en disant: « Je souhaite à chacun d’accueillir la grâce de ces jours: qu’elle devienne pour vous, les personnes âgées, consolation, pour vous jeunes, la force, pour vous, malades, réconfort, et pour vous, nouveaux mariés, confiance en la Providence divine ».

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15 décembre 2020 2 15 /12 /décembre /2020 19:02

Le courage créatif de saint Joseph

Saint Joseph

© Pascal Deloche / GODONG     Saint Joseph

Père Christian Venard - Publié le 14/12/20

En confirmant la place centrale de saint Joseph dans l’histoire du Salut, le pape François montre comment Dieu a choisi le pouvoir créatif des plus humbles pour renverser la logique écrasante de la force et de la puissance.

Le pape François n’a pas fini de nous surprendre. Souvent présenté, dans l’Église comme dans les grands médias internationaux, comme le chantre du progressisme, ne voilà-t-il pas, que ce Pape publie, en la solennité de l’Immaculée conception, une lettre apostolique — Patris corde — « à l’occasion du 150e anniversaire de la déclaration de saint Joseph comme patron de l’Église universelle », mettant à l’honneur une des dévotions les plus « vieillottes » en apparence de la foi catholique, marquée par l’esprit sulpicien fin XIXe !

Avouons-le, depuis le dernier concile du Vatican, on ne peut pas dire que la dévotion à saint Joseph ait été beaucoup illustrée dans le catholicisme français. Le pape François rappelle néanmoins qu’il s’inscrit dans la démarche et la foi de ses prédécesseurs qui « ont approfondi le message contenu dans les quelques données transmises par les Évangiles pour mettre davantage en évidence son rôle central dans l’histoire du salut : le bienheureux Pie IX l’a déclaré Patron de l’Église catholique, le vénérable Pie XII l’a présenté comme Patron des travailleurs, et saint Jean Paul II comme Gardien du Rédempteur. Le peuple l’invoque comme Patron de la bonne mort ».

Le souci des humbles

La réflexion du Saint-Père « a mûri au cours de ces mois de pandémie durant lesquels nous pouvons expérimenter, en pleine crise qui nous frappe, que nos vies sont tissées et soutenues par des personnes ordinaires, souvent oubliées… ». Le pape François souhaite rendre hommage à tous ceux qui, au quotidien, s’engagent au service de leurs frères et de la société, loin des caméras, du cirque politico médiatique. Il a voulu leur faire part de « réflexions personnelles », pour les encourager et les soutenir : « Nous pouvons tous trouver en saint Joseph l’homme qui passe inaperçu, l’homme de la présence quotidienne, discrète et cachée, un intercesseur, un soutien et un guide dans les moments de difficultés. Saint Joseph nous rappelle que tous ceux qui, apparemment, sont cachés ou en “deuxième ligne” jouent un rôle inégalé dans l’histoire du Salut. À eux tous, une parole de reconnaissance et de gratitude est adressée ».

Ne serait-ce que pour cela, que notre Pape trouve ici notre gratitude pour son souci des humbles, des cachés de l’histoire officielle, de ceux qui, en vérité par un engagement humain personnel, tissent, malgré tout, les liens dont nos sociétés individualistes ont tant besoin.

Accueillir sa propre faiblesse

Dans un passage d’une grande finesse psychologique et spirituelle, le Saint-Père explique : « Le Malin nous pousse à regarder notre fragilité avec un jugement négatif. Au contraire, l’Esprit la met en lumière avec tendresse. La tendresse est la meilleure manière de toucher ce qui est fragile en nous. Le fait de montrer du doigt et le jugement que nous utilisons à l’encontre des autres sont souvent un signe de l’incapacité à accueillir en nous notre propre faiblesse, notre propre fragilité. Seule la tendresse nous sauvera de l’œuvre de l’Accusateur (cf. Ap 12, 10). C’est pourquoi il est important de rencontrer la Miséricorde de Dieu, notamment dans le Sacrement de la Réconciliation, en faisant une expérience de vérité et de tendresse. »

En quelques lignes, le Pape confond l’esprit du monde — dont nous connaissons le prince —, esprit qui voudrait que la force seule permette de vaincre. L’accueil en nous de nos propres fragilités et faiblesses, sous le tendre regard de Jésus, est condition sine qua non pour la charité envers notre prochain. Cette expérience se vit en particulier dans le sacrement de la pénitence. Évoquer le risque de la tendresse est ainsi d’une particulière intensité.

Transformer un  problème en solution

Le pape François entend bien à travers ce texte redonner courage aux simples fidèles que nous sommes : « Une lecture superficielle de ces récits donne toujours l’impression que le monde est à la merci des forts et des puissants. Mais la « bonne nouvelle » de l’Évangile est de montrer comment, malgré l’arrogance et la violence des dominateurs terrestres, Dieu trouve toujours un moyen pour réaliser son plan de Salut. Même notre vie semble parfois à la merci des pouvoirs forts. Mais l’Évangile nous dit que, ce qui compte, Dieu réussit toujours à le sauver à condition que nous ayons le courage créatif du charpentier de Nazareth qui sait transformer un problème en opportunité, faisant toujours confiance à la Providence. » Quelle espérance en ces lignes, pour nous qui, en effet, avons trop souvent le sentiment que nos vies sont désormais à la merci de forces qui nous écrasent. Le Saint-Père nous invite au courage « créatif » (comme les amis du paralytique qui finissent par passer par le toit de la maison !).

Avec ce texte très fort, le pape François se place bien au-dessus des querelles habituelles dans lesquelles, trop souvent, les commentateurs analysent son pontificat, sa politique, ses gestes et ses déclarations. Comme pour tous les papes, c’est bien là que nous l’attendons, comme un Père qui « ouvre toujours tout grand des espaces à l’inédit ».

En images : les plus belles représentations de saint Joseph
 

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