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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 18:32


Colloque oecuménique
"Responsabilités chrétiennes dans la crise écologique"
du lundi 22 au mercredi 24 février

Les inscriptions sont ouvertes pour ce grand colloque qui permettra de se former sur la capacité du christianisme à changer lui-même, lorsqu’il est interpellé par les défis de la crise écologique. Il est organisé en partenariat entre l’ISEO (Institut supérieur d’études œcuménisme), l’ISPC (Institut supérieur de pastorale catéchétique) de l’Institut Catholique de Paris et Église Verte, sur le thème “Responsabilité chrétiennes dans la crise écologique : quelles solidarités nouvelles ?”. Il se tiendra à Paris et des ateliers auront lieu (en chair et en os si possible) dans 20 villes où se trouvent des responsables de l'œcuménisme et des communautés Église verte. Il sera bien sûr possible de participer en ligne. L’objectif de ces rencontres sera la relecture théologique de pratiques de terrain, qui est une demande que vous formulez souvent. Le programme détaillé des interventions et des ateliers est disponible sur la page d’inscription. L’équipe d’organisation cherche des animateurs bénévoles pour 2 sessions d’ateliers, mardi 23 et mercredi 24 après-midi, pour lesquels elle fournira les fiches pédagogiques. Pas besoin d’être expert en théologie ou en catéchisme, simplement d’avoir déjà animé un groupe : si cela vous tente, rapprochez-vous de l’équipe de votre ville (contacts disponibles sur la page d’inscription).


500 communautés labellisées...

En 2020 nous avons eu la joie d’accueillir 136 nouvelles communautés et ce malgré les mois de confinement qui nous ont tous désorganisés. Chaque nouvelle communauté inscrite a accès au niveau initial (Graine de Sénevé) puis progresse dans des niveaux de labellisations supérieurs. Les pourcentages des niveaux supérieurs sont en hausse (+8% en moyenne) démontrant l’engagement croissant dans des actions concrètes mises en évidence dans les éco-diagnostics. 18% d’entre vous ont commencé par Graine de sénevé (ce qui est préférable pour bien démarrer), 44% sont Lis des champs, 23% Cep de Vigne, 14% Figuier. Une communauté a atteint le niveau le plus haut : Cèdre du Liban ! Bravo à toute l’équipe de la maison Nicodème de Lens. 



...et un premier Cèdre du Liban !
 
Sans moyens spectaculaires mais avec patience et inventivité, la petite équipe de cette maison d'accueil diocésaine a avancé dans chacun des 5 domaines : un jardin partagé, un accueil de vélos fabriqué par les scouts, un compost, des temps de prière pour la création, l’impulsion d'événements, un lieu de recueillement dans son espace vert, l'accompagnement de communautés Église verte voisines…
Et surtout un soin de chaque instant à veiller à limiter les déchets partout et auprès de tous les groupes accueillis dans ce lieu où la chaleur humaine est palpable. Un tableau des dons et des besoins, la vaisselle durable utilisée en chaque occasion, un espace jeux pour enfants 100% récup et l’accueil de personnes en difficulté, femmes de prisonniers ou personnes sans domicile.

Carême : 3 outils proposés par le CCFD
en coopération avec Église verte 

 

Cette année le carême commence le 17 février. Le CCFD-Terre solidaire a élaboré un guide de carême centré sur l’écologie. On y retrouve des contributions de divers animateurs Église verte tant sur la réflexion de fond, la spiritualité que sur des propositions concrètes, notamment avec la balade éco-spirituelle  en nature que plusieurs paroisses ont testée lors de la Saison de la création. Vous trouverez ici des éléments de préparation : un cahier liturgique et un cahier d'animation, et ici un guide pour le chemin de croix, le tout en lien avec Laudato Si et Fratelli tutti. Ce carême est vécu comme un parcours de 4 étapes allant de “aimer la création” à “comprendre la création”, “changer de regard”, sans oublier  “s’engager”.

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12 janvier 2021 2 12 /01 /janvier /2021 21:34

Le pape incite à « se faire vacciner » et fustige un « négationnisme suicidaire »

 

François a indiqué, dans un entretien à la chaîne italienne de télévision Canale 5, que la campagne de vaccination allait démarrer au Vatican et qu’il se ferait lui-même vacciner « la semaine prochaine ».

  • La Croix avec AFP,

Lecture en 2 min.

Le pape incite à « se faire vacciner » et fustige un « négationnisme suicidaire »
 
Le pape, le 6 janvier 2021, depuis la bibliothèque du palais apostolique du Vatican HANDOUT/AFP

Le pape François a annoncé, samedi 9 janvier, dans un entretien à la chaîne italienne de télévision Canale 5, qu’il se ferait vacciner « la semaine prochaine ». « La semaine prochaine, nous commencerons à le faire ici (au Vatican, NDLR) et j’ai pris rendez-vous, il faut le faire », dit-il dans cet entretien qui doit être diffusé dimanche 10 janvier, mais dont des extraits ont été publiés par la chaîne.

Face au vaccin, « il y a un négationnisme suicidaire que je ne saurais pas expliquer, mais aujourd’hui il faut se faire vacciner », martèle François. « Je crois que d’un point de vie éthique tout le monde doit se faire vacciner, c’est un choix éthique, parce ce qu’on met à risque sa santé, sa vie, mais aussi la vie des autres », explique-t-il dans cet entretien.

Une mesure jugée indispensable pour protéger François

Le Vatican avait annoncé, début janvier, le lancement de son plan de vaccination contre le Covid-19 à la mi-janvier. « Il est prévu que les vaccins arrivent dans l’État dans la seconde semaine de janvier, en quantité suffisante pour couvrir les besoins du Saint-Siège et de la Cité de l’État du Vatican », pouvait-on lire dans un texte publié par la direction de la santé du plus petit État du monde. Le Vatican avait indiqué donner la priorité « au personnel sanitaire et de sécurité, aux personnes les plus âgées et au personnel se trouvant le plus fréquemment en contact avec le public ».

À cette occasion, La Croix avait indiqué avoir appris que l’entourage proche du pape et le pape lui-même seront vaccinés très rapidement. Une mesure jugée indispensable pour protéger François, 84 ans et ayant subi, dans sa jeunesse, l’ablation d’un lobe du poumon à la suite d’une infection.

« Nous avons grandi à l’ombre des vaccins »

« Quand j’étais enfant, je me souviens qu’il y a eu l’épidémie de poliomyélite, à cause de laquelle beaucoup d’enfants sont restés paralysés et on attendait désespérément un vaccin (…) Quand le vaccin est sorti on le donnait avec du sucre », se remémore le pape argentin dans l’entretien à Canale 5. « Puis nous avons grandi à l’ombre des vaccins, contre la rougeole, contre ceci, contre cela, des vaccins qu’on faisait aux enfants ».

« Je ne sais pas pourquoi quelqu’un dit : « Non, le vaccin est dangereux », mais si les médecins le présentent comme une chose qui peut être bien, qui ne présente pas de risques particuliers, pourquoi ne pas le faire ? » s’interroge le pape François.

Un égal accès au vaccin contre le Covid19

Sur le plan international, le Vatican est particulièrement actif, depuis plusieurs semaines, pour promouvoir un égal accès au vaccin contre le Covid-19, en particulier dans les pays les plus pauvres. Depuis l’été, le pape a alerté à plusieurs reprises pour que le produit ne soit pas la proie des « égoïsmes » nationaux.

Dans une note publiée mardi 29 décembre, le Saint-Siège considère également que la vaccination relève de la « responsabilité morale » de chacun : « Il est nécessaire de rappeler comment cette question implique une relation entre la santé personnelle et la santé publique, en montrant leur étroite interdépendance. »

« Stupéfié » par les violences survenues au Capitole

Dans ce même entretien, le pape François s’est dit « stupéfié » par les violences survenues au Capitole, à Washington. Même dans « les environnements plus évolués il y a toujours quelque chose qui ne va pas », il y a des gens « qui empruntent un chemin contre la communauté, contre la démocratie, contre le bien commun », dit-il, estimant que « ce mouvement doit être condamné ».

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2 janvier 2021 6 02 /01 /janvier /2021 16:54
NEUVAINE contre l'EXPULSION

SOS PRIÈRE

Je vous invite à vous joindre à cette initiative, en y ajoutant les amis de notre paroisse (Philippe)

Neuvaine initiée par la Paroisse saint Pierre des Rivières à Tonneins (PJ à imprimer)

Depuis environ 2 ans les personnes qui viennent à la messe ont pris l’habitude de voir, de rencontrer et de parler avec une maman et ses deux fillettes qui ont fui un pays de l’Afrique de l’Ouest pour échapper à une mutilation.

L’Administration les invite à quitter le territoire français malgré les risques encourus par les enfants.

Nous avons lancé en vain plusieurs procédures qui se sont soldées par un échec.

Nous vous demandons à présent d’agir à votre tour en nous rejoignant dans la PRIÈRE.

Utiliser les 4 textes ci-après, chaque jour, pendant au moins 9 jours.

On pourra prolonger jusqu’au résultat :

1 - Je vous salue, Joseph,

Vous que la grâce divine a comblé, le Sauveur a reposé dans vos bras et grandi sous vos yeux,

Vous êtes béni entre tous les hommes, Et Jésus, l’Enfant divin de votre virginale épouse est béni.

Saint Joseph, donné pour père au Fils de Dieu,

Priez pour nous dans nos soucis de famille, de santé et de travail,

Jusqu’à nos derniers jours,

Et daignez nous secourir à l’heure de notre mort.  Amen.

 

2 – Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié,
que ton règne vienne,
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.
Et ne nous laisse pas entrer en tentation
mais délivre-nous du Mal.  Amen

3 – Je vous salue Marie, pleine de grâce ;
Le Seigneur est avec vous.
Vous êtes bénie entre toutes les femmes
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Sainte Marie, Mère de Dieu,
Priez pour nous pauvres pécheurs,
Maintenant et à l’heure de notre mort.

Amen

 

 

4- Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit.
Comme il était au commencement, maintenant et toujours,
Et dans les siècles des siècles.  Amen

 

Le père Michel Olivié accompagne nos prières avec une neuvaine de messes

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4 décembre 2020 5 04 /12 /décembre /2020 18:39
Découvrez le nouveau webzine de la CEF « Tout est lié », consacré à l'écologie intégrale. Questionnements, débats, initiatives, actions engagées durablement, expérimentations, le magazine relatera tous les mois ce qui se vit à différents niveaux de l'Eglise et dans la société, à travers quatre rubriques, reprenant les grands axes de Laudato Si : constater, enraciner, comprendre et agir.

L'écologie intégrale est un chemin pour « faire Eglise » : ce magazine en sera le reflet.

4ème numéro

Thème : la sobrété de Noël. L'Avent, un temps privilégié pour vivre Laudato Si'

3ème numéro

Écouter le fichier audio : assemblée plénière, novembre 2020 : « Cultiver la terre et se nourrir »

2ème numéro

Écouter le fichier audio d'Elena LASIDA : un temps de rupture et de recommencement

Lancement du 1er numéro : dimanche 24 mai

Télécharger  le communiqué de presse de la CEF

Voir la vidéo de présentation

-

image 1 pour tous les supports de communication

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29 novembre 2020 7 29 /11 /novembre /2020 21:21

Communiqué de presse - CEF - dimanche 29 novembre

Communiqué de presse - CEF - dimanche 29 novembre

 

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26 novembre 2020 4 26 /11 /novembre /2020 18:58
COMMUNIQUE DE PRESSE

COMMUNIQUE DE PRESSE

Paris, le 26 novembre 2020

 

JAUGE À 30 PERSONNES CE DIMANCHE : UNE MESURE QUI DEMEURE IRRÉALISTE ET INAPPLICABLE

 

C’est avec regret que la Conférence des évêques de France (CEF) apprend que la jauge de 30 personnes par lieu de culte pour les célébrations est maintenue pour ce dimanche. Après l’appel du Président de la République à l’issue de son discours du mardi 24 novembre, elle attendait une rectification de cette mesure et la mise en place d’une «jauge réaliste» dès ce 28 novembre. Il n’en est rien! Le Premier ministre explique sa fermeté par la situation épidémiologique; néanmoins les protocoles présentés par les différentes religions auraient pu permettre des décisions plus facilement applicables et équitables. La CEF s’interroge sur les véritables critères utilisés par le gouvernement pour fixer les conditions de ce confinement. Certes les cultes ne sont pas des commerces mais traiter ainsi les religions, c’est considérer comme accessoire la foi de millions de croyants. C’est une grave erreur pour notre société tout entière. Le Premier ministre s’est engagé à ouvrir la discussion sans attendre pour permettre dès que possible une jauge proportionnée à la taille des édifices. La Conférence des évêques de France réclame une véritable concertation plus efficace pour aboutir à un accord. Dans ce contexte elle se réserve toujours la possibilité d’utiliser les moyens de droit appropriés. La Conférence des évêques de France réaffirme l’engagement plein et entier des catholiques dans la lutte contre cette épidémie et leur volonté de servir au plus grand bien de notre société.

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24 novembre 2020 2 24 /11 /novembre /2020 08:27
Un temps pour changer @ éditions Flammarion

Un temps pour changer @ éditions Flammarion

« Un temps pour changer » : le traité du pape pour se relever après la pandémie

« Laisse-toi entraîner, secouer, défier… Ouvre-toi »

Le pape François livre un véritable traité pour se relever après la pandémie de Covid-19, et construire un « monde meilleur », dans un ouvrage d’entretien réalisé par le journaliste britannique Austen Ivereigh : « Un temps pour changer » sortira aux éditions Flammarion le 2 décembre 2020. Les sociétés ont « désespérément besoin » d’être sauvées du bien-être, assène-t-il notamment, en fustigeant l’individualisme.

Ce livre de 223 pages est rédigé en trois parties suivant un « processus de conversion », explique le rédacteur : « voir-choisir-agir ». Dans ce texte au nom du pape, qui est le fruit de divers échanges au Vatican, mais aussi de documents compilés et travaillés à sa demande, il se confie de façon très personnelle sur les « trois covid » de sa vie, ces « temps d’arrêt » ou crises qui révèlent « ce que nous avons dans le cœur ».

Comme il l’avait fait en avril dernier, dans un contexte économique critique, il plaide pour un revenu de base universel assurant « la sécurité de base à tous » et reconnaissant « la valeur du travail des personnes non salariées ». Il suggère aussi « une réduction du temps de travail avec des salaires adaptés », qui pourrait augmenter la productivité et permettre à plus de personnes d’accéder à l’emploi.

« Il y a toujours un moyen d’échapper à la destruction »

Le « génie de l’histoire humaine », souligne le pape, c’est qu’il « y a toujours un moyen d’échapper à la destruction ». Et d’exhorter : « Osons rêver. Dieu nous demande d’oser créer quelque chose de nouveau. Nous ne pouvons pas revenir aux fausses sécurités de l’organisation politique et économique d’avant la crise. »

Le pape confie sa peine en ce temps de pandémie mondiale où son esprit et son cœur « ont débordé de personnes ». Evoquant d’autres virus sociaux aussi « graves » que le coronavirus (guerres, destruction de la nature), il rend hommage à « ceux qui ont cherché par tous les moyens à sauver la vie des autres ».

Comment le monde est-il devenu si dur ? « Ce qui nous a tourné la tête, estime le pape, c’est le mythe de l’autosuffisance, qui a murmuré à notre oreille que la terre existe pour être pillée ; que les autres sont là pour répondre à nos besoins ; que ce que nous avons gagné ou ce dont nous manquons, c’est ce que chacun mérite ; que ma récompense, c’est la richesse, même si cela signifie que le destin inéluctable des autres sera la pauvreté. »

« Nous ne devons pas laisser passer ce moment de clarification »

Or, poursuit-il, « le fruit du bien-être égoïste est la stérilité. L’hiver démographique que vivent actuellement de nombreux pays occidentaux est le fruit de cette culture complaisante du bien-être. Il est difficile pour les gens de comprendre comment le benessere, qui semble être une chose souhaitable, devrait être l’état dont nous avons désespérément besoin d’être sauvés ».

« On nous avait dit que la société n’était qu’un agrégat d’individus poursuivant chacun son propre intérêt, que l’unité du peuple n’était qu’une simple fable, que nous étions sans recours devant la puissance du marché et de l’État, et que le but de la vie était le profit et le pouvoir. Mais maintenant, avec la tempête, nous voyons qu’il n’en est rien », souligne le pape en martelant : « Nous ne devons pas laisser passer ce moment de clarification. Qu’on ne dise pas, dans les années à venir, qu’en réponse à la crise du coronavirus, nous n’avons pas su agir. »

Pour s’en sortir, il s’agit d’impliquer les personnes qui sont aux périphéries, de travailler à « la restauration de la dignité de nos peuples au cœur du monde post-Covid », d’apprendre à dépasser la division en ayant « le courage d’incorporer d’autres points de vue que le nôtre qui contiennent des éléments de vérité ».

Le pape François met en garde contre « trois manières désastreuses de fuir la réalité » : le narcissisme, le découragement et le pessimisme. Au passage, il épingle la politisation de la situation sanitaire : « Ceux qui prétendent, par exemple, que le fait d’être obligé de porter un masque est un abus de pouvoir de l’État, mais qui oublient ou ne se soucient pas de ceux qui ne peuvent pas compter, par exemple, sur la sécurité sociale, ou qui ont perdu leur emploi. C’est comme si l’autre ne comptait pas. » Certains prêtres et laïcs, regrette-t-il, « ont transformé en une bataille culturelle ce qui était en réalité un effort pour assurer la protection de la vie ».

Discernement, vérités objectives et principes solides

Au fil des pages, il témoigne de la vision du prêtre théologien Romano Guardini – sur lequel portait sa thèse inachevée : « Avec Guardini, j’ai appris à ne pas exiger des certitudes absolues en toute chose, signe d’un esprit inquiet. Sa sagesse m’a permis d’affronter des problèmes complexes qui ne peuvent pas être résolus en appliquant simplement des normes, mais en utilisant plutôt un mode de pensée qui te permet de naviguer dans les conflits sans se faire prendre au piège. »

Il prône à nouveau le discernement et il confirme son « allergie aux moralismes et autres ‘-ismes’ qui essaient de résoudre tous les problèmes par des prescriptions, des équations et des règles » : « Je sais que certains catholiques blêmissent quand je parle comme cela, en particulier ceux qui, fuyant une société où la vérité est considérée comme inconnaissable, ‘personnelle’ dans un sens individuel, cherchent dans l’Église catholique une forteresse de certitude, semblable à un rocher, imperméable au changement. »

Mais le pape affirme qu’il « abhorre également le relativisme, qui est le camouflage intellectuel de l’égoïsme » : « Je crois aux vérités objectives et aux principes solides, déclare-t-il. Je suis reconnaissant de la solidité de la Tradition de l’Église, fruit de siècles de conduite pastorale et de la fides quaerens intellectum, la foi qui cherche la raison et la compréhension. »

Pour le pape François, « l’étape du discernement nous permet de demander : qu’est-ce que l’Esprit nous dit ? … Qu’est-ce qui humanise, qu’est-ce qui déshumanise ? Où est cachée la bonne nouvelle dans la sombre, et où est le mauvais esprit habillé en ange de lumière ? »

La conscience isolée du « moi arc-bouté » et son antidote

Le pape épingle aussi « les catholiques à la conscience isolée », pour qui « les raisons de critiquer l’Église, les évêques ou le pape ne manquent jamais » : « soit nous sommes en retard sur notre temps, soit nous nous sommes abandonnés à la modernité ; nous ne sommes pas ce que nous devrions être ou ce que nous étions censés être. » Mais cette attitude n’est que « retraite » et « scission », prévient-il.

Au lieu de se lancer « dans la grande tâche d’évangéliser », fait-il observer, ils se blottissent « dans ‘leur’ groupe de puristes, gardiens de la vérité » et finalement, ils restent « au balcon tandis que la vie réelle passe en dessous ».

Contre cette conscience isolée du « moi arc-bouté, anxieux, dominant, prompt à s’offenser, se justifiant lui-même », le pape donne un antidote qui est « disponible gratuitement et ne coûte rien si ce n’est notre fierté » : « l’accusation de soi », c’est-à-dire « l’humilité de confesser nos fautes, non pas pour nous punir… mais pour reconnaître notre dépendance à Dieu et notre besoin de Sa grâce. Plutôt que d’accuser les autres de leurs échecs et de leurs limites, je reconnais en moi une faute ou un comportement ».

La plus grande déviation du christianisme ? Je n’hésiterais pas

« Si tu me demandais quelle est la plus grande déviation du christianisme, ajoute le pape par ailleurs, je n’hésiterais pas : c’est d’oublier que nous appartenons au peuple. (…) Se placer au-dessus du peuple conduit au moralisme, au légalisme, au cléricalisme, au pharisaïsme et à d’autres idéologies élitistes, qui ne connaissent rien de ta joie de te savoir membre du peuple de Dieu. »

Aujourd’hui, assure-t-il, « si l’Église a un rôle particulier à jouer en temps de crise, c’est précisément pour rappeler au peuple son âme », car être chrétien c’est « appartenir à un peuple dont Dieu s’est approché, un peuple organisé en différentes nations et cultures, mais qui dépasse toutes les frontières de race et de langue », pour le « bien commun ».

Le pape François s’arrête longuement sur cette notion de peuple, qui se forme autour d’un « sens puissant de la solidarité, de la justice et de l’importance du travail ». Au contraire, « l’indifférence, l’égoïsme, la culture du bien-être et les divisions profondes au sein de la société, qui se traduisent par la violence, sont autant de signes qu’un peuple a perdu la conscience de sa dignité. Il a cessé de croire en lui-même ».

Et maintenant, que dois-je faire ?

« Et maintenant, que dois-je faire ? Quelle pourrait être ma place dans cet avenir, et que puis-je faire pour le rendre possible ? » Le pape répond par deux mots : « décentrement et transcendance ». « Laisse-toi entraîner, secouer, défier… Ouvre-toi… décentre… transcende, encourage-t-il. Et ensuite, agis. Appelle, rends visite, offre tes services. Dis que tu n’as pas la moindre idée de ce qu’ils font, mais que tu peux peut-être les aider. Dis que tu aimerais faire partie d’un monde nouveau, et que tu penses que c’est un bon point de départ. »

Parmi les autres thèmes évoqués dans l’ouvrage : la solitude des personnes âgées ; la critique de l’économie néo-libérale qui prive « des millions de personnes » d’espérance ; l’avortement qui est « une grave injustice » car « si notre autonomie exige la mort d’un autre, ce n’est rien d’autre qu’une cage de fer » ; le rôle des mouvements populaires pour sortir de la « déshumanisation » ; les travaux des différents synodes de son pontificat – avec notamment la question des divorcés-remariés en détails.

Basilique Santa Maria La Antigua, Panama © Vatican Media

Basilique Santa Maria La Antigua, Panama © Vatican Media

« Un temps pour changer » : 15 perles du pape François

« La vraie religion n’est pas un congélateur »

La Covid-19 est notre « moment de Noé »… la vraie religion n’est pas un congélateur… comment il vaut mieux mourir… la pauvreté se cache sous la honte… voici 15 perles trouvées au fil des pages du livre d’entretien avec le pape François écrit par le journaliste Austen Ivereigh, « Un temps pour changer », publié le 2 novembre 2020 aux éditions Flammarion.

« Il vaut mieux mourir après une courte vie au service des autres, qu’après une longue vie passée à résister à cet appel. »

« La Covid-19 est notre ‘moment de Noé’, à condition que nous puissions trouver notre chemin vers l’Arche des liens qui nous unissent : l’arche de l’amour et d’une appartenance commune. »

« La myopie existentielle consiste toujours à s’accrocher à quelque chose que nous avons peur de lâcher. »

« Chaque fois que, dans le monde, tu trouves une réponse claire, immédiate, personnelle et consolante, qui propose une solution, Dieu est là. »

« Nous devons prendre conscience de notre je-m’en-foutisme, et nous ouvrir aux bourrasques qui nous parviennent maintenant de tous les coins du monde. »

« Il n’y a pas de honte à trembler un peu. La peur de la mission peut, de fait, être un signe de l’Esprit-Saint. »

« Aujourd’hui, nos peuples manquent de joie : il est une tristesse qu’aucun plaisir ni distraction ne peuvent soulager. Tant qu’une partie de l’humanité souffre de la misère la plus abjecte, comment un seul d’entre nous peut-il être dans la joie ? »

« Quiconque se réfugie dans le fondamentalisme a peur de s’engager sur le chemin de la vérité. »

« La Tradition n’est pas un musée, la vraie religion n’est pas un congélateur, et la doctrine n’est pas statique mais elle grandit et se développe. »

« Jésus n’a pas fondé l’Église comme une citadelle de pureté ni comme un défilé constant de héros et de saints… C’est quelque chose de beaucoup plus dynamique : une école de conversion, un lieu de combat spirituel et de discernement, où la grâce abonde en même temps que le péché et la tentation. »

« Partout où l’Esprit de Dieu est présent, les tentations de le faire taire ou de le distraire sont aussi présentes. »

« La pauvreté se cache sous la honte. Pour la voir, la comprendre et la ressentir, tu dois t’en approcher. On ne peut pas connaître la pauvreté de loin, il faut la toucher. »

« La santé d’une société peut être jugée à sa périphérie. Une périphérie qui est abandonnée, mise à l’écart, méprisée et négligée montre une société instable et malsaine qui ne peut pas survivre longtemps sans réformes majeures. »

« La technologie a cessé pour nous d’être un moyen pour devenir un maître. Elle a changé notre mentalité. Comment ? Nous devenons plus intolérants face aux limites : si c’est possible et rentable, nous ne voyons aucune raison de ne pas le faire. »

« Pour sortir du labyrinthe, nous devons laisser derrière nous la culture du ‘selfie’ pour aller à la rencontre des autres : pour regarder les yeux, les visages, les mains et les besoins de ceux qui nous entourent. »

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23 novembre 2020 1 23 /11 /novembre /2020 21:17
Plate-forme de soutien psychologique

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23 novembre 2020 1 23 /11 /novembre /2020 00:38
 
 
 
 
Message du pape aux jeunes économistes, 21 novembre 2020

Message du pape aux jeunes économistes, 21 novembre 2020

« Economie de François » : « Soit vous êtes impliqués, soit l’histoire vous passera par-dessus », dit le pape aux jeunes

« Une transformation de nos priorités »

En conclusion de l’évènement qu’il a lui-même convoqué, le pape a invité à « une transformation de nos priorités » : « Il faut accepter structurellement que les pauvres ont la dignité suffisante pour s’asseoir à nos rencontres, participer à nos discussions et ramener le pain dans leurs maisons. Et cela c’est beaucoup plus que de l’assistance. »

Il a cité à ce propos « l’héritage des Lumières, des élites éclairées » : « Tout pour le peuple, rien avec le peuple. Et ceci n’est pas bien. Ne pensons pas pour (les pauvres, les exclus), pensons avec eux. Et apprenons d’eux à faire progresser des modèles économiques qui profiterons à tous. »

Dans son long message vidéo, il a exhorté les jeunes à « avoir concrètement de l’influence dans vos villes et universités, dans le travail et dans le syndicat, dans les entreprises et dans les mouvements, dans les services publics et privés, avec intelligence, engagement et conviction, pour arriver au centre et au cœur où s’élaborent et se décident les thèmes et les paradigmes ».

L’actuel système mondial est en effet « insoutenable », a martelé le pape, appelant à « changer les styles de vie, les modèles de production et de consommation, les structures de pouvoir établies qui régissent aujourd’hui les sociétés » : « Sans faire cela, vous ne ferez rien. » Il a aussi invité à une remise en question personnelle : « ton cœur est-il comme un quartier fermé ? »

Le pape a aussi cité son prédécesseur Benoît XVI : « La faim ne dépend pas tant d’une carence de ressources matérielles, que d’une carence de ressources sociales, la plus importante d’entre elles étant de nature institutionnelle. » Et d’assurer aux jeunes : « Si vous êtes capables de résoudre cela, vous aurez la voie ouverte pour l’avenir. »

Enfin, il a mis en garde contre « les systèmes de crédits qui sont « à eux seuls sont une voie pour la pauvreté et la dépendance ». Il a souhaité des « mécanismes de contrôle capables d’éviter toute forme de soumission ».

« Lorsque la crise sanitaire que nous sommes en train de traverser sera passée, la pire réaction serait de tomber encore plus dans un consumérisme fébrile et dans de nouvelles formes d’autoprotection égoïste », a conclu le pape, encourageant à ne plus penser « les autres », mais « nous ».

Message du pape François

Chers jeunes, bon après-midi !

Merci d’être là, pour tout le travail que vous avez fait, pour l’engagement de ces mois, malgré les changements de programme. Vous ne vous êtes pas découragés, au contraire, j’ai su le niveau de réflexion, la qualité, le sérieux et la responsabilité avec lesquels vous avez travaillé : vous n’avez rien négligé de ce qui vous donne la joie, de ce qui vous préoccupe, de ce qui vous indigne et de ce qui vous pousse à changer.

L’idée initiale était de nous rencontrer à Assise pour nous inspirer sur les pas de saint François. Depuis le Crucifix de saint Damien et d’autres visages – comme celui du lépreux – le Seigneur est allé à sa rencontre, l’a appelé et lui a confié une mission ; il l’a dépouillé des idoles qui l’isolaient, des perplexités qui le paralysaient et le renfermaient dans la faiblesse habituelle du “on a toujours fait comme ça” – c’est une faiblesse ! – ou de la tristesse douceâtre et insatisfaite de ceux qui vivent seulement pour eux-mêmes, et il lui a donné la capacité d’entonner un chant de louange, expression de joie, de liberté et de don de soi. C’est pourquoi cette rencontre virtuelle à Assise n’est pas pour moi un point d’arrivée mais l’impulsion initiale d’un processus que nous sommes invités à vivre comme vocation, comme culture et comme pacte.

La vocation d’Assise

“François, va, répare ma maison qui, comme tu vois, est en ruine”. Ce furent les paroles qui firent agir le jeune François et qui deviennent un appel spécial pour chacun de nous. Lorsque vous vous sentez appelés, impliqués et protagonistes de la “normalité” à construire, vous savez dire “oui”, et cela donne de l’espérance. Je sais que vous avez accepté immédiatement cette invitation, parce que vous êtes capables de voir, d’analyser et d’expérimenter que nous ne pouvons pas aller de l’avant de cette façon : le niveau d’adhésion, d’inscription et de participation à ce pacte, qui est allé au-delà des capacités, l’a clairement montré. Vous manifestez une sensibilité et une préoccupation spéciales pour identifier les questions cruciales qui nous interpellent. Vous l’avez fait dans une perspective particulière : l’économie, qui est votre domaine de recherche, d’étude et de travail. Vous savez qu’un récit économique différent est urgent, qu’il est urgent de prendre acte de manière responsable du fait que « l’actuel système mondial est insoutenable de divers points de vue »[1] et frappe notre sœur terre, si gravement maltraitée et dépouillée, ainsi que les pauvres et les exclus. Ils vont ensemble : tu dépouilles la terre et il y a de nombreux pauvres exclus. Ils sont les premiers à subir les dommages… et aussi les premiers oubliés.

Attention cependant à ne pas se laisser convaincre que ce serait seulement un lieu commun récurent. Vous êtes beaucoup plus qu’un “bruit” superficiel et passager qu’on peut endormir et anesthésier avec le temps. Si nous ne voulons pas que cela arrive, vous êtes appelés à avoir concrètement de l’influence dans vos villes et universités, dans le travail et dans le syndicat, dans les entreprises et dans les mouvements, dans les services publics et privés, avec intelligence, engagement et conviction, pour arriver au centre et au cœur où s’élaborent et se décident les thèmes et les paradigmes.[2] Tout cela m’a poussé à vous inviter à réaliser ce pacte. La gravité de la situation actuelle, que la pandémie de la Covid a encore plus mise en évidence, exige une prise de conscience responsable de tous les acteurs sociaux, de nous tous, parmi lesquels vous avez un rôle fondamental : les conséquences de nos actions et décisions vous toucheront personnellement, vous ne pouvez donc pas rester hors des endroits où on produit, je ne dis pas votre avenir, mais votre présent. Vous ne pouvez pas rester en dehors de là où on produit le présent et le futur. Soit vous êtes impliqués, soit l’histoire vous passera par-dessus.

Une nouvelle culture

Nous avons besoin d’un changement, nous voulons un changement, nous cherchons un changement.[3] Le problème naît quand nous nous apercevons que, pour la plupart des difficultés qui nous assaillent, nous ne possédons pas de réponses adéquates et inclusives ; pire, nous souffrons d’une fragmentation d’analyses et de diagnostics qui finit par bloquer toute solution possible. Au fond, il nous manque la culture nécessaire pour permettre et stimuler l’ouverture de visions différentes, empreintes d’un type de pensée, de politique, de programmes éducatifs, et même de spiritualité qui ne se laisse pas renfermer dans une seule logique dominante.[4] S’il est urgent de trouver des réponses, il est indispensable de faire grandir et de soutenir des groupes dirigeants capables d’élaborer une culture, de lancer des processus – n’oubliez pas cette parole : lancer des processus – tracer des parcours, élargir des horizons, créer des appartenances… Tout effort pour administrer, soigner et améliorer notre maison commune, s’il veut être significatif, demande de changer « les styles de vie, les modèles de production et de consommation, les structures de pouvoir établies qui régissent aujourd’hui les sociétés ».[5] Sans faire cela, vous ne ferez rien.

Nous avons besoin de groupes dirigeants communautaires et institutionnels qui puissent assumer des problèmes sans rester prisonniers d’eux-mêmes et de leurs insatisfactions, et ainsi défier la soumission – souvent inconsciente – à certaines logiques (idéologiques) qui finissent par justifier et paralyser toute action devant les injustices. Rappelons-nous, par exemple, comme l’a bien observé Benoît XVI, que la faim « ne dépend pas tant d’une carence de ressources matérielles, que d’une carence de ressources sociales, la plus importante d’entre elles étant de nature institutionnelle ».[6] Si vous êtes capables de résoudre cela, vous aurez la voie ouverte pour l’avenir. Je répète la pensée du Pape Benoît : la faim ne dépend pas tant d’une carence de ressources matérielles, que d’une carence de ressources sociales, la plus importante d’entre elles étant de nature institutionnelle.

La crise sociale et économique, dont beaucoup souffrent dans leur chair et qui hypothèque le présent et l’avenir dans l’abandon et dans l’exclusion de nombreux enfants et adolescents et de familles entières, ne tolère pas que nous privilégions les intérêts sectoriels aux dépens du bien commun. Nous devons retourner un peu à la mystique [à l’esprit] du bien commun. Dans ce sens, permettez-moi de relever un exercice que vous avez expérimenté comme méthodologie pour une résolution des conflits saine et révolutionnaire. Durant ces mois vous avez partagé diverses réflexions et d’importants cadres théoriques. Vous avez été capables de vous rencontrer sur 12 thématiques (vous les avez appelées les “villages”) : 12 thématiques pour débattre, discuter et identifier des voies praticables. Vous avez vécu la culture de la rencontre si nécessaire qui est le contraire de la culture du rejet qui est à la mode. Et cette culture de la rencontre permet à beaucoup de voix d’être autour d’une même table pour dialoguer, penser, discuter et créer, selon une perspective polyédrique, les différentes dimensions et réponses aux problèmes globaux qui regardent nos peuples et nos démocraties.[7] Comme c’est difficile de progresser vers des solutions réelles quand on discrédite, calomnie et décontextualise l’interlocuteur qui ne pense pas comme nous ! Cette façon de discréditer, calomnier ou décontextualiser l’interlocuteur qui ne pense pas comme nous est une façon de se défendre lâchement contre les décisions que je devrais assumer pour résoudre beaucoup de problèmes. N’oublions jamais que « le tout est plus que la partie, et plus aussi que la simple somme de celles-ci »[8], et que « la simple somme des intérêts individuels n’est pas capable de créer un monde meilleur pour toute l’humanité ».[9]

Cet exercice de se rencontrer au-delà de toutes les différences légitimes est l’étape fondamentale pour n’importe quelle transformation qui aide à donner vie à une nouvelle mentalité culturelle et, donc, économique, politique et sociale ; parce qu’il ne sera pas possible de s’engager dans de grandes choses seulement selon une perspective théorique ou individuelle sans un esprit qui vous anime, sans quelques motivations intérieures qui donnent sens, sans une appartenance et un enracinement qui donnent du souffle à l’action personnelle et communautaire.[10]

Ainsi l’avenir sera un temps spécial, où nous nous sentons appelés à reconnaître l’urgence et la beauté du défi qui se présente à nous. Un temps qui nous rappelle que nous ne sommes pas condamnés à des modèles économiques qui concentrent leur intérêt immédiat sur les profits comme unité de mesure, et sur la recherche de politiques publiques semblables qui ignorent leur coût humain, social et environnemental.[11] Comme si nous pouvions compter sur une disponibilité absolue, illimitée ou neutre des ressources. Non, nous ne sommes pas contraints à continuer d’admettre et de tolérer en silence, dans nos comportements « que les uns se sentent plus humains que les autres, comme s’ils étaient nés avec de plus grands droits »[12] ou privilèges pour la jouissance garantie de biens déterminés ou de services essentiels.[13] Il ne suffit pas non plus de se concentrer sur la recherche des palliatifs dans le secteur tertiaire ou dans des modèles philanthropiques. Bien que leur œuvre soit cruciale, ils ne sont pas toujours capables d’affronter structurellement les déséquilibres actuels qui frappent les plus exclus et, sans le vouloir, perpétuent les injustices qu’ils souhaitent combattre. En effet, il ne s’agit pas seulement ou exclusivement de subvenir aux nécessités les plus essentielles de nos frères. Il faut accepter structurellement que les pauvres ont la dignité suffisante pour s’asseoir à nos rencontres, participer à nos discussions et ramener le pain dans leurs maisons. Et cela c’est beaucoup plus que de l’assistance : nous parlons d’une conversion et d’une transformation de nos priorités et de la place de l’autre dans nos politiques et dans l’ordre social.

En plein XXIe siècle, « il ne s’agit plus simplement du phénomène de l’exploitation et de l’oppression, mais de quelque chose de nouveau : avec l’exclusion est touchée, dans sa racine même, l’appartenance à la société dans laquelle on vit, du moment qu’en elle on ne se situe plus dans les bas-fonds, dans la périphérie, ou sans pouvoir, mais on est dehors ».[14] Soyez attentifs à cela : avec l’exclusion est frappée, dans sa propre racine, l’appartenance à la société dans laquelle on vit, du moment qu’en elle on n’est pas dans les bas-fonds, dans les périphéries, ou sans pouvoir, mais on est dehors. C’est la culture du rejet, qui non seulement rejette, mais oblige à vivre dans son propre rejet, rendus invisibles au-delà du mur de l’indifférence et du confort.

Je me souviens de la première fois que j’ai vu un quartier fermé : je ne savais pas qu’ils existaient. C’était en 1970. J’ai dû aller visiter des novices de la Compagnie, et je suis arrivé dans un pays, et ensuite, en me promenant dans la ville, on m’a dit : “Non, on ne peut pas aller dans cette direction, parce que c’est un quartier fermé”. A l’intérieur il y avait des murs, et à l’intérieur il y avait les maisons, les routes, mais fermé : c’est-à-dire un quartier qui vivait dans l’indifférence. J’ai été très frappé de voir cela. Mais ensuite cela a grandi, grandi, grandi…, et c’était partout. Mais je te demande : ton cœur est-il comme un quartier fermé ?

Le Pacte d’Assise

Nous ne pouvons pas nous permettre de continuer à remettre à plus tard certaines questions. Ce devoir énorme et urgent exige un engagement généreux dans le domaine culturel, dans la formation académique et dans la recherche scientifique, sans se perdre dans des modes intellectuels ou dans des attitudes idéologiques – qui sont des îles -, qui nous isolent de la vie et de la souffrance concrète des gens.[15] Il est temps, chers jeunes économistes, entrepreneurs, travailleurs et chefs d’entreprise, il est temps d’oser le risque de favoriser et de stimuler des modèles de développement, de progrès et de durabilité dans lesquels les personnes, et spécialement les exclus (et parmi ceux-ci aussi la sœur terre), cessent d’être – dans le meilleur des cas – une présence purement nominale, technique ou fonctionnelle pour devenir des protagonistes de leur vie ainsi que du tissu social tout entier.

Que ceci ne soit pas quelque chose de nominal ; les pauvres, les exclus…existent. Non, non, que cette présence ne soit pas nominale, qu’elle ne soit pas technique, non plus fonctionnelle. Il est temps qu’ils deviennent des protagonistes de leur vie ainsi que du tissu social tout entier. Ne pensons pas pour eux, pensons avec eux. Rappelez-vous l’héritage des Lumières, des élites éclairées. Tout pour le peuple, rien avec le peuple. Et ceci n’est pas bien. Ne pensons pas pour eux, pensons avec eux. Et apprenons d’eux à faire progresser des modèles économiques qui profiteront à tous, parce que l’organisation structurelle et décisionnelle sera déterminée par le développement humain intégral, si bien élaboré par la doctrine sociale de l’Eglise. La politique et l’économie ne doivent pas « se soumettre aux diktats ni au paradigme d’efficacité de la technocratie. Aujourd’hui, en pensant au bien commun, nous avons impérieusement besoin que la politique et l’économie, en dialogue, se mettent résolument au service de la vie, spécialement de la vie humaine ».[16] Sans cette centralité et cette orientation, nous resterons prisonniers d’une circularité aliénante qui perpétue seulement des dynamiques de dégradation, d’exclusion, de violence et de polarisation : « Tout programme, fait pour augmenter la production, n’a en définitive de raison d’être qu’au service de la personne. Il est là pour réduire les inégalités, combattre les discriminations, libérer l’homme de ses servitudes. […] Il ne suffit pas d’accroître la richesse commune pour qu’elle se répartisse équitablement – non, cela ne suffit pas –. Il ne suffit pas de promouvoir la technique pour que la terre soit plus humaine à habiter ».[17] Même cela ne suffit pas.

La perspective du développement humain intégral est une bonne nouvelle qu’il faut prophétiser et réaliser – et ce ne sont pas des rêves : c’est le chemin –, une bonne nouvelle qu’il faut prophétiser et réaliser, parce qu’elle nous propose de nous retrouver comme humanité sur la base du meilleur de nous-mêmes : le rêve de Dieu que nous apprenions à être responsables du frère, et du frère le plus vulnérable (cf. Gen 4, 9). « La mesure de l’humanité se détermine essentiellement dans son rapport à la souffrance et à celui qui souffre – la mesure de l’humanité –. Cela vaut pour chacun comme pour la société » ;[18] une mesure qui doit aussi s’incarner dans nos décisions et dans nos modèles économiques.

Comme cela fait du bien de laisser résonner les paroles de saint Paul VI, quand, en désirant que le message évangélique imprègne et guide toutes les réalités humaines, il écrivait : « Le développement ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme. […] – tout homme et tout l’homme – Nous n’acceptons pas de séparer l’économique de l’humain, le développement des civilisations où il s’inscrit. Ce qui compte pour nous, c’est l’homme, chaque homme, chaque groupement d’hommes, jusqu’à l’humanité tout entière ».[19]

En ce sens, beaucoup d’entre vous auront la possibilité d’agir et de peser sur des décisions macroéconomiques, où se joue le destin de plusieurs nations. Ces scénarios ont aussi besoin de personnes préparées, « prudentes comme les serpents, et candides comme les colombes » (Mt 10, 16), capables de « veiller au développement durable des pays, et à ce qu’ils ne soient pas soumis, de façon asphyxiante, à des systèmes de crédits qui, loin de promouvoir le progrès, assujettissent les populations à des mécanismes de plus grande pauvreté, d’exclusion et de dépendance ».[20] Les systèmes de crédits à eux seuls sont une voie pour la pauvreté et la dépendance. Cette protestation légitime demande de susciter et d’accompagner un modèle de solidarité internationale qui reconnaisse et respecte l’interdépendance entre les nations et favorise les mécanismes de contrôle capables d’éviter toute forme de soumission, ainsi que de veiller à la promotion des pays plus désavantagés et en voie de développement ; chaque peuple est appelé à être artisan de son propre destin et de celui du monde entier.[21] ***

Chers jeunes, « aujourd’hui, nous nous trouvons face à la grande opportunité de montrer que, par essence, nous sommes frères, l’opportunité d’être d’autres bons samaritains qui prennent sur eux-mêmes la douleur des échecs, au lieu d’accentuer les haines et les ressentiments ».[22] Un avenir imprévisible est déjà en gestation ; chacun d’entre vous, à partir de la place où il opère et décide, peut faire beaucoup ; ne choisissez pas les raccourcis qui séduisent et vous empêchent de vous mélanger pour être du levain là où vous vous trouvez (cf. Lc 13, 20-21). Pas de raccourcis, du levain, se salir les mains. Lorsque la crise sanitaire que nous sommes en train de traverser sera passée, la pire réaction serait de tomber encore plus dans un consumérisme fébrile et dans de nouvelles formes d’autoprotection égoïste. Ne l’oubliez pas, on ne sort jamais indemnes d’une crise : on en sort meilleurs ou pires. Faisons croître ce qui est bon, cueillons l’opportunité et mettons-nous tous au service du bien commun. Plaise au Ciel qu’en fin de compte il n’y ait plus « les autres », mais que nous apprenions à mûrir un style de vie dans lequel nous savons dire « nous ».[23] Mais un grand « nous », non pas un petit « nous » et puis « les autres », non, cela ne va pas.

L’histoire nous enseigne qu’il n’y a pas de systèmes ni de crises qui soient en mesure d’annuler complètement la capacité, l’ingéniosité et la créativité que Dieu ne cesse de susciter dans les cœurs. Avec dévouement et fidélité à vos peuples, à votre présent et à votre avenir, vous pouvez vous unir à d’autres pour tisser une nouvelle manière de faire l’histoire. N’ayez pas peur de vous impliquer et de toucher l’âme des cités avec le regard de Jésus ; n’ayez pas peur d’habiter courageusement les conflits et les carrefours de l’histoire pour les oindre avec l’arôme des Béatitudes. N’ayez pas peur, parce que personne ne se sauve tout seul. Personne ne se sauve tout seul. A vous, jeunes, provenant de 115 Pays, j’adresse l’invitation à reconnaître que nous avons besoin les uns des autres pour donner vie à cette culture économique, capable de « faire germer des rêves, susciter des prophéties et des visions, faire fleurir des espérances, stimuler la confiance, bander les blessures, tisser des relations, ressusciter une aube d’espérance, apprendre l’un de l’autre, et créer un imaginaire positif qui éclaire les esprits, réchauffe les cœurs, redonne des forces aux mains, et inspire aux jeunes – à tous les jeunes, personne n’est exclu – la vision d’un avenir rempli de la joie de l’Evangile ».[24] Merci.
__________________
[1] Lett. enc. Laudato si’ (24 mai 2015), n. 61. Dorénavant LS.
[2] Cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium (24 novembre 2013), n. 74. Dorénavant EG.
[3] Cf. Discours durant la Rencontre mondiale des mouvements populaires, Santa Cruz de la Sierra, 9 juillet 2015.
[4] Cf. LS, n. 111.
[5] S. Jean-Paul II, Lett. enc. Centesimus annus (1er mai 1991), n. 58.
[6] Lett. enc. Caritas in veritate (29 juin 2009), n. 27.
[7] Cf. Discours aux participants à un Séminaire sur les “nouvelles formes de fraternité solidaire” organisé par l’Académie Pontificale des Sciences Sociales (5 février 2020). Rappelons-nous que « la vraie sagesse, fruit de la réflexion, du dialogue et de la rencontre généreuse entre les personnes, ne s’obtient pas par une pure accumulation de données qui finissent par saturer et obnubiler, comme une espèce de pollution mentale » (LS, n. 47).
[8] EG, n. 235.
[9] Lett. enc. Fratelli tutti (3 octobre 2020), n. 105. Dorénavant FT.
[10] Cf. LS, n. 216.
[11] En favorisant, au besoin, l’évasion fiscale, le non-respect des droits des travailleurs, comme aussi « la possibilité de corruption de la part de certaines des entreprises les plus grandes du monde, souvent en accord avec le secteur politique gouvernant » (Discours aux participants à un Séminaire sur les “nouvelles formes de fraternité solidaire”, cit.).
[12] LS, n. 90. Par exemple « accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes. On prétend légitimer ainsi le modèle de distribution actuel où une minorité se croit le droit de consommer dans une proportion qu’il serait impossible de généraliser, parce que la planète ne pourrait même pas contenir les déchets d’une telle consommation » (LS, n. 50).
[13] Bien que nous soyons tous dotés de la même dignité, tout le monde ne part pas de la même position et avec les mêmes possibilités lorsqu’on considère l’ordre social. Cela nous interroge et nous demande de penser des chemins afin que la liberté et l’égalité ne soient pas un donné simplement nominal de nature à développer l’injustice (cf. FT, nn. 21- 23). On devrait se demander : « Que se passe-t-il sans une fraternité cultivée consciemment, sans une volonté politique de fraternité, traduite en éducation à la fraternité, au dialogue, à la découverte de la réciprocité et de l’enrichissement mutuel comme valeurs ? » (FT, n. 103).
[14] EG, n. 53. Dans un monde de virtualité, de changements et de fragmentation, les droits sociaux ne peuvent pas être seulement des exhortations ou des appels nominalistes, mais ils doivent être le phare du chemin, parce que « l’état des institutions d’une société a aussi des conséquences sur l’environnement et sur la qualité de vie humaine » (LS, n. 142).
[15] Cf. Const. ap. Veritatis gaudium (8 décembre 2017), n. 3.
[16] LS, n. 189.
[17] S. Paul VI, Lett. enc. Populorum progressio (26 mars 1967), n. 34.
[18] Benoît VI, Lett. enc. Spe salvi (30 novembre 2007), n. 38.
[19] PP, n. 14.
[20] Discours à l’Assemblée Générale de l’ONU (25 septembre 2015).
[21] Cf. PP, n. 65.
[22] FT, n. 77.
[23] Cf. ibid., n. 35.
[24] Discours à l’ouverture du Synode dédié aux jeunes (3 octobre 2018).

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14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 21:31
Dimanche 15 novembre : journée mondiale des pauvres
Dimanche 15 novembre : journée mondiale des pauvres
 
 

Dimanche 15 novembre, l'Église catholique célèbre sur tous les continents la 4e Journée mondiale des pauvres instituée par le pape François.

Ce dimanche est aussi, en France, la journée nationale du Secours Catholique.

Plus que jamais, la pauvreté gagne du terrain dans notre pays ; soutenons le Secours Catholique en cette journée nationale. Merci pour votre générosité.

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