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28 juillet 2020 2 28 /07 /juillet /2020 17:26
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°1 : SAINT-DENIS EN FRANCE
L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°1 : SAINT-DENIS EN FRANCE

 

Saint-Denis, c’est l’abbaye des rois, qui y sont inhumés dès les Mérovingiens. En 1135, le visionnaire abbé Suger, qui rêve d’architecture et de lumière, commence à ériger la toute première cathédrale gothique. Les voûtes s’élèvent, les murs s’ouvrent, rien n’est trop beau pour Dieu.

L’ÉTÉ DES CATHÉDRALES, n°1 : SAINT-DENIS EN FRANCE

On raconte que c’est à la demande de sainte Geneviève que fut érigée au Ve siècle une première église sur le mémorial plus ancien de la tombe de saint Denis, premier évêque de Paris, martyr victime des persécutions romaines vers 250. Après avoir été décapité sur le mont des Martyrs (Montmartre), Denis, selon la légende, aurait pris sa tête sous son bras et, guidé par un ange, aurait parcouru une dizaine de kilomètres vers le nord jusqu’au Vicus Catulliacus où il aurait été enterré.

 

On édifie très tôt un sanctuaire sur la tombe du saint. Les fouilles archéologiques ont retrouvé au XXe siècle quantité de sarcophages mérovingiens sur le site, certains remontant au IVe siècle. Dagobert Ier y est inhumé avec d’autres rois mérovingiens.

 

Un très grand pouvoir politique

Avec les rois carolingiens, capétiens, puis les Valois et les Bourbon, la tradition se perpétue et se consolide. Car être enterré à Saint-Denis, c’est légitimer son pouvoir en s’inscrivant pour l’éternité dans la ligné royale. Dès l’âge de 27 ans, Charles V le Sage, au XIVe siècle, passe commande de son gisant. À quelques exceptions près, tous les rois de France seront inhumés dans l’église du Ve siècle, puis dans l’abbatiale carolingienne, et enfin dans la première église gothique de l’histoire, élevée par l’abbé Suger et ses successeurs. Une tradition qui confère à l’abbaye, fondée au VIIe siècle sous le règne de Dagobert Ier, un grand pouvoir politique.

 

Car l’abbaye devient très vite une des plus riches et des plus puissantes d’Europe. Au début du second millénaire, c’est là que sont éduqués les futurs rois capétiens. Les abbés comptent parmi les principaux conseillers des rois, ils en sont aussi les ambassadeurs. Certains seront même régents du royaume. Quant au trésor de l’abbaye, il est d’une richesse incalculable.

 

L’abbé Suger (1080-1151) : rien n’est trop cher pour la gloire de Dieu

Issu d’une famille pauvre, Suger, dont l’histoire a oublié le prénom, perd sa mère à l’âge de 10 ans. Son père, qui n’a pas les moyens de nourrir ses trois fils, le fait entrer comme oblat à l’abbaye de Saint-Denis. À l’époque, c’est l’abbé Adam qui en est le directeur. Administrateur de ses biens, principal conseiller du roi Philippe Ier, il veille aussi à l’éducation des jeunes moines et repère vite Suger, dont l’intelligence est exceptionnelle. Pendant ces années d’études, Suger se lie d’amitié avec le jeune Louis, fils du roi, dont l’éducation a été confiée aux moines.

 

L’abbé Adam, impressionné par les talents de persuasion et de négociation de Suger, et voyant en lui son successeur, lui confie des missions diplomatiques de plus en plus importantes, en France et ailleurs en Europe, auprès des têtes couronnées. En 1122, quand l’abbé Adam décède, c’est tout naturellement Suger qui est élu à la tête de l’abbaye. Et devient à son tour le principal conseiller du roi Louis VI le Gros, son ami d’enfance.

 

Passionné par l’architecture, il rêve depuis longtemps de rénover l’abbatiale. Il la voudrait beaucoup plus haute, et surtout beaucoup plus lumineuse. Car la lumière est son obsession. Elle est selon lui le premier vecteur du message divin. Cependant, les techniques de l’époque sont encore incapables d’élever et d’ouvrir les murs sans que l’édifice ne s’écroule. C’est au cours d’un voyage diplomatique en Italie que Suger découvre une nouvelle technique, utilisée depuis peu pour bâtir les palais vénitiens : la croisée d’ogives. Avec ses maîtres d’œuvre, le voilà prêt à se lancer.

 

En 1135 commence la rénovation de l’abbatiale par la façade, qui comportera la toute première rosace de verre. En 1140, il démarre le chantier du chœur. Le chevet sera surélevé, pour accueillir et présenter à la vue de tous les reliques de saint Denis. Suger tient particulièrement à la qualité des vitraux. Il fait produire des verres aux couleurs très coûteuses, d’un bleu notamment qui portera son nom, mais que l’on appelle aujourd’hui le bleu de Chartres, dont la future Notre-Dame de Chartres usera sans compter. L’ensemble sera somptueux, et les vitraux seront entre trois et quatre fois plus onéreux que l’ouvrage de pierre. Rien n’est trop cher pour Dieu.

 

Mais même si le trésor de l’abbaye est immense, il n’est pas inépuisable. Certains voient dans ces dépenses somptuaires la marque de l’orgueil de Suger. Son détracteur le plus virulent est Bernard de Clairvaux, un abbé puissant lui aussi, qui est de surcroît un proche du pape. Pour ces deux-là, les plus grandes valeurs de la vie monastique sont la simplicité et l’austérité, y compris dans l’architecture. Bernard dénonce publiquement les projets coûteux et fastueux de Suger, voyant dans Saint-Denis « la synagogue du diable ». Pour désamorcer ses attaques, Suger impose aux moines de Saint-Denis la même austérité que les cisterciens. Le stratagème fonctionne, et l’abbé peut poursuivre son œuvre.

 

À sa mort, les travaux s’arrêtent. Ils seront repris 80 ans plus tard de la manière qu’il avait prévue, dictés par la nécessité d’agrandir la nécropole royale. Ils dureront cinquante ans pour élever la nef à 30 m de haut et parachever le rêve de ce visionnaire audacieux et infatigable que fut l’abbé Suger.

 

Vidéo  : la cathédrale en images

Musique  : « In splendoribus sanctorum », extrait de Méditations médiévales par l'ensemble Obsidienne (Bayard Musique)

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